La politique c'est fun, et l'histoire aussi
Publié le 13/10/2008 à 12:00 par alsacedownunder
En ces temps de crise financière généralisée, je me suis dit qu'il serait utile de vous poster un petit billet pour vous parler de la manière dont l'Australie est affectée et surtout, de la façon dont elle réagit. Que fait notre cher Kevin Rudd face à la situation ?
D'abord, une bonne nouvelle pour lui : le sénateur Fielding, dont je vous parlais la dernière fois, a finalement changé d'avis : il accepte de voter les mesures auxquelles il s'était opposé pendant des semaines, à savoir une taxe sur les alcopops (boissons alcoolisées colorées et sucrées destinées aux jeunes), ainsi que l'augmentation du seuil de revenu à partir duquel une taxe supplémentaire (un peu comme la CSG) est exigée pour le système de santé. Monsieur Fielding a justifié cette volte-face en expliquant qu'en temps de crise, il ne fallait pas jouer l'obstruction systématique. Alors, l'heure est-elle à l'union sacrée en Australie ?
Eh bien, pas tout à fait. Evidemment, le Premier ministre et le leader de l'opposition se disent tous les deux en faveur d'une approche bi-partisane (bipartisanship) pour faire face aux problèmes économiques qui attendent le pays (hausse du chômage, croissance molle). Mais en pratique, cela est plus difficile à mettre en oeuvre...en effet, l'opposition ne cesse d'attaquer la politique du gouvernement dans les séances parlementaires, tandis que le Premier ministre a refusé de faire passer une motion appelant à une approche bilatérale de la crise, motion proposée par Malcolm Turnbull, nouveau chef du Parti libéral. Rudd lui a répondu qu'avant de proposer une telle motion, il ferait mieux d'arrêter de faire de l'obstruction au Sénat (et pan dans ta gueule). Visiblement, d'après la photo que je vous ai postée, Turnbull n'a pas vraiment apprécié...
Pour le reste, l'Australie n'a pas autant de soucis à se faire que nous, car leur économie continuera à être tirée par l'exportation de matières premières en Chine et en Inde, qui ont toujours d'énormes besoins. D'autre part, le système bancaire semble plus solide qu'aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, aucune banque n'étant (pour l'instant) en difficulté. Nevertheless, ce n'est pas parce qu'elle est au bout du monde que l'Australie est à l'abri...eh oui, le nuage de Tchernobyl qui s'arrête à la frontière, ça ne marche qu'en France...
Publié le 27/09/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Souvenez-vous, il y a quelques années, au bon vieux temps de la cohabitation, notre Premier ministre Lionel Jospin qualifiait cette auguste institution qu'est le Sénat d'anomalie démocratique (le cuistre !). Cette qualification est en effet toute indiquée pour cette maison de retraite pour ratés de la politique (Raffarin, Hue, Pasqua), éternellement conservatrice en raison d'un mode de scrutin d'un autre âge.
En Australie, il y a aussi un Sénat, mais celui-ci est élu par le peuple et il n'est pas systématiquement à droite. Nevertheless, l'institution souffre elle aussi d'un manque de légitimité.
Déjà, le système fait que chaque Etat a le même nombre de sénateurs, quelle que soit sa population (comme aux USA, mais pas comme en Allemagne). La Tasmanie, peuplée de quelques centaines de milliers d'habitants, a donc le même nombre de sénateurs que l'Etat de Victoria, peuplé de plusieurs millions de victoriens. Bon, ce n'est pas le plus grave. Ce qui pose plus de problèmes, c'est que le Sénat a exactement le même poids que la chambre des députés (contrairement à la France, où la chambre peut avoir le dernier mot). Là où ça coince, c'est quand le gouvernement (soutenu par la chambre) n'a pas la majorité au Sénat. Cela peut arriver assez souvent, étant donné que le Sénat Australien n'est renouvelé que par moitié à chaque élection (ce qui veut dire que la moitié des sénateurs reste en place alors que tous les députés remettent leur siège en jeu à chaque législative). Or, dans ce cas-là, le Sénat peut s'amuser à bloquer les projets du gouvernement, voire même le budget, comme cela a été le cas en 1975. Et si les sénateurs refusent de négocier et persistent dans leur blocage, il n'y a que deux solutions : dissolution des DEUX chambres, ou renvoi du Premier ministre par un personnage non-élu (le gouverneur-général). Ce cas extrême s'est rencontré en 1975, comme vous le savez déjà si vous avez lu mes articles sur le sujet.
Actuellement, le gouvernement de Kevin Rudd n'a pas la majorité au Sénat. Il semble être à l'abri d'un refus de voter le budget, mais cela n'empêche pas le Sénat de lui mettre des bâtons dans les roues. En effet, pour faire passer ses textes, le gouvernement doit à chaque fois négocier avec les Sénateurs qui ne sont ni dans son camp, ni dans l'opposition (Parti libéral-Parti national). Or, contenter tous ces sénateurs en même temps relève de la gageure, étant donné que leur appartenance politique va de la gauche écologique à la droite dure. Parmi ces sénateurs, on trouve en effet 5 membres du parti des Verts, un indépendant, et un membre du parti ultra-conservateur "Family First" (la famille d'abord). Ce dernier, du nom de Steve Fielding (vous le voyez sur la photo), a été élu en 2004 avec à peine 1% des voix grâce au scrutin à la proportionnelle et au système de préférences à l'Australienne. Et en ce moment, c'est ce monsieur Fielding qui bloque systématiquement les projets du gouvernement. Par exemple, lorsque Rudd a voulu introduire une nouvelle taxe sur les grosses bagnoles, Fielding a fait un lobbying forcené pour que les fermiers et les agences de tourisme en soient exemptés, sous peine de bloquer la loi. Son accord étant indispensable, il a obtenu gain de cause. Même scénario il y a peu : le gouvernement voulait augmenter le seuil de ressources à partir duquel était exigé une cotisation supplémentaire pour le système Medicare (la Sécu Australienne) : Rudd tenait à ce que la classe moyenne soit exemptée de cette taxe, dans le but de ramener les gens vers le système Medicare au détriment des assurances privées (souscrire à Medicare n'est pas obligatoire en Australie, on peut choisir une assurance privée). Un projet qui semble à priori honnête. Mais monsieur Fielding s'est ému du sort de ces pauvres assurances privées qui allaient perdre des milliers de clients attirés par la possibilité de payer moins pour bénéficier du système public. Et voilà donc que ce monsieur, qui représente 1% des électeurs de son Etat et qui a été élu en 2004, a décidé de bloquer le projet d'un gouvernement démocratiquement élu par une majorité d'Australiens en 2007. Evidemment, monsieur Fielding refuse de discuter ou d'amender sa position, à tel point que l'on parle déjà d'une double dissolution pour régler le problème.
Voilà qui fait beaucoup de pouvoir pour un seul homme, n'est-il pas ?
Pour lire l'article original sur le sujet, c'est par
ici, comme d'habitude sur le site de l'excellent quotidien "The Age".
Publié le 05/07/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Comme vous le savez sans doute si vous êtes comme moi fan de South Park, cette phrase est la devise de notre petit gros préféré, Eric Cartman. Mais elle a certainement été prononcée à un moment ou à un autre de sa vie par William Bligh, une "grande" figure de l'histoire Australienne et l'un des plus grands losers qui ait jamais posé le pied sur le sol Australien (et vous savez que les losers sont tenus en haute estime ici). Vous allez comprendre pourquoi j'utilise ce qualificatif pour désigner William Bligh...
William Bligh est né en 1754 en Angleterre, dans les Cornouailles plus précisément (je sais, on s'en fout). Très vite intéressé par la mer, Bligh s'engagera comme mousse à 7 ans et connaîtra une longue carrière qui sera remplie de hauts et de bas (surtout de bas, comme vous allez le constater). Il voyagera avec le grand James Cook (autre grande figure locale) et sera membre de son équipage lors de son dernier voyage, qui se termina par la mort du capitaine à Tahiti. Fort de cette expérience et malgré ce dénouement tragique, Bligh finira par grimper les échelons de la marine, jusqu'à l'apothéose, lorsqu'il sera désigné commandant d'un navire de guerre, le HMAV Bounty en 1787. Ce nom ne vous dit rien ? Si vous avez un peu de culture générale, les rouages de votre cerveau se sont certainement enclenchés à la vue de ce nom, associé dans la culture populaire à une des plus célèbres mutineries de l'histoire de la marine. Oui, William Bligh était le capitaine du Bounty, LE Bounty sur lequel une mutinerie a eu lieu dans la nuit du 28 au 29 avril 1789 alors que le bateau faisait route vers Tahiti (et que les Français se plaignaient de leur bon roi à des milliers de kilomètres de là). De nombreux livres, films et pièces de théâtre s'inspireront de cette fameuse mutinerie et la racontent certainement mieux que je ne saurais le faire, je ne vais donc pas m'attarder plus loin sur cet épisode bien connu de la vie de Bligh.
Car ce n'est pas la mutinerie du Bounty dont je veux vous parler. Elle ne sert en effet qu'à introduire un deuxième épisode tragi-comique de la vie de Bligh. C'est là que l'histoire de l'Australie entre en jeu. Car Bligh, après l'épisode du Bounty et une autre mutinerie sur un de ses navires en 1797 (mutinerie de la Nore), sera nommé gouverneur de Nouvelle-Galles-du-Sud en 1805, dans les premières années de la nouvelle colonie Anglaise en terre Australe. A ce poste, il tentera de mettre un peu d'ordre dans une colonie à la population pour le moins turbulente (forcément, d'anciens bagnards, c'est voyous et compagnie). Il gouvernera donc de manière assez autoritaire, ce qui ne le rend pas populaire, bien au contraire. Il s'attaquera notamment au système de troc qui prévalait dans la colonie, qui était à l'époque encore dépourvue de monnaie. Les gens avaient donc recours au troc, et l'une des monnaies d'échange les plus prisées était...le rhum ! Je ne sais pas si ça explique l'amour des Australiens pour l'alcool, mais en ce temps là, le rhum était donc très prisé (il l'est toujours aujourd'hui, mais pour des raisons différentes, à savoir évidemment boire plus que de raison). Le combat de Bligh contre le rhum lui attirera les foudres de la population, et surtout des négociants en rhum, qui redoutaient de perdre leur manne si Bligh parvenait à ses fins. Et malheureusement pour le gouverneur, la liste de ses ennemis ne s'arrêtait pas là, puisque le régiment d'infanterie local, le New South Wales Corps (un embryon d'armée), profitait également du commerce du rhum, et ne voyait donc pas d'un très bon oeil l'interventionnisme de Bligh en la matière. C'est vrai quoi, de quoi il se mêle à la fin, en plus il s'attaquait aussi aux filles de joie (indispensable gâterie occasionnelle dans la vie d'un militaire).
Bref, l'armée locale n'était clairement pas du côté de Bligh dans son entreprise de salubrité publique. Et évidemment, quand le pouvoir n'a plus le soutien de l'armée, il est un peu dans la merde (demandez à Allende). Et ce qui devait arriver arriva : l'autorité de Bligh fut une nouvelle fois contestée. C'est ainsi que Bligh sera déposé par le chef du New South Wales Corps, le major Johnston, qui va arrêter le gouverneur le 26 janvier 1808 (20 ans jour pour jour après la fondation de la colonie) et prendre le contrôle de la Nouvelle-Galles-du-Sud. Une illustration célèbre montre Bligh en train de se cacher sous son lit lors de son arrestation, une image de propagande évidemment destinée à le dépeindre comme un lâche indigne de gouverner (en plus, il paraît qu'il avait une petite bite).
Le major Johnston détiendra la réalité du pouvoir pendant presque 2 ans, jusqu'à l'arrivée du remplaçant de Bligh nommé par le gouvernement britannique, Lachlan Macquarie. Johnston passera en cour martiale, et Bligh sera délivré de sa prison en 1810. Il sera même promu contre-amiral de la flotte britannique, malgré ses "légers" problèmes de leadership (deux mutineries et un coup d'Etat quand même, faut le faire). Il finira même sa carrière comme vice-amiral, mais il ne retournera jamais en Australie et mourra en Angleterre en 1817. Il reste aujourd'hui connu comme le seul dirigeant à avoir été victime d'un coup d'Etat dans l'histoire de l'Australie. Comme quoi, aussi incroyable que cela puisse paraître, ça arrive aussi (parfois) dans les pays anglo-saxons, et pas seulement en France...
Une anecdote pour finir : sachez que l'arrière-arrière-arrière-arrière petite-fille de Bligh, Anna Bligh, est aujourd'hui la seule femme à être à la tête d'un Etat Australien, le Queensland en l'occurence. Bon, logiquement, il n'y a pas de raison qu'elle subisse le même sort que son arrière-arrière-arrière-arrière grand-père, mais à sa place, je ferais quand même attention, peut-être que les gènes de la lose lui ont été transmis par son "glorieux" aïeul...
Publié le 01/07/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Cette phrase n'est pas dans les 10 commandements, mais elle s'appliquera néanmoins aux habitants et visiteurs de Sydney pendant les prochaines Journées mondiales de la jeunesse (World Youth Day), le grand rassemblement de propagande catholique, où tous les jeunes cons (pardon, cathos) de la terre pourront venir louer notre très cher pape Benoît et faire sa fête à Jésus sans aucun risque d'être embêtés par des incroyants, hérétiques et autres pédés-sexuels dont on sait que la ville de Sydney est remplie. En effet, alors que le jour J approche (les JMJ se dérouleront à Sydney du 15 au 20 juillet),
un article du journal "The Age" m'apprend que l'Etat de Nouvelle-Galles-du-Sud vient d'accorder des pouvoirs extraordinaires à la police : en effet, les policiers pourront filer une amende, voire arrêter, toute personne qui "ennuiera" les participants à ce grand évènement (en anglais, any person which will cause "annoyance or inconvenience to the participants"). Evidemment, les termes utilisés sont très vagues : que faut-il faire pour "embêter" un catho ? Lui chiper son jus d'orange ? Lui offrir une capote ? Lui proposer une bière ? Vous le voyez, les possibilités sont infinies, et les pouvoirs de la police d'autant plus grands qu'ils sont mal définis. Ce qui veut dire que pendant 5 jours, la ville de Sydney sera un no-heathen's land, où Dieu et l'influence bénéfique de l'esprit-saint pourront s'étaler à leur aise. Il y aura bien une petite marche de protestation de l'organisation "NoToPope" (Non au pape) qui regroupera des associations athées, pro-avortement et pro-gay, mais que les croyants se rassurent, la police est avec eux, et de toutes façons, Dieu reconnaîtra les siens...
Alléluia !
Publié le 03/06/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Dans ma série "politique", il y a un gros vide. Même si j'ai déjà parlé de lui à plusieurs occasions, je n'ai pas encore fait un billet spécialement consacré à Paul Keating, Premier ministre de 1991 à 1996. Pourtant, quand on s'intéresse à la politique Australienne, ce type est incontournable.
Commençons par son côté sérieux (ou chiant, ça dépend du point de vue). Paul Keating a commencé sa carrière politique de premier plan en devenant le plus jeune ministre du gouvernement Whitlam en 1975 (quelque jours avant que ledit gouvernement ne soit renvoyé, voir les articles que j'ai fait à ce sujet). Il sera ensuite, au poste de ministre de l'économie, le principal architecte de la réforme de l'économie Australienne dans les années 1980, sous le gouvernement de Bob Hawke (celui qui aime la bière). Après 8 ans comme ministre, l'ambitieux Keating contestera le leadership de son mentor et prendra la tête du parti travailliste (et donc du pays) en 1991. Une fois premier ministre, il continuera son oeuvre réformatrice en lançant son "grand dessein" : relance de l'immigration, liens renforcés avec l'Asie, réconciliation avec les Aborigènes (il fera sur ce sujet un discours historique à Redfern, en 1992), et avancée vers la République. Il sera malheureusement battu par John Howard en 1996, l'électorat n'en ayant pas grand-chose à foutre de ses grandes idées perçues comme élitistes.
Néanmoins, Keating n'a pas pour autant complètement disparu des tablettes. Il continue à donner de temps en temps son avis sur la politique de son pays. Et croyez-moi, ses interventions valent de l'or : Keating est en effet connu pour ses diatribes enflammées et son talent pour dégommer ses adversaires politiques (et parfois ses amis) à coup de remarques "caustiques" (le mot est faible). Voici un florilège de ses meilleures insultes :
-The little desiccated coconut is under pressure and he is attacking anything he can get his hands on ("La petite noix de coco desséchée est sous pression, et elle attaque tout ce qu'elle peut toucher", à propos de John Howard)
-John Howard is a pre-Copernican obscurantist and an old, antediluvian, 19th century person ("John Howard est un obscurantiste pré-copernicien, un vieillard d'avant le déluge coincé dans le 19è siècle")
-John Howard is the greatest job and investment destroyer since the bubonic plague ("John Howard est le pire fléau pour l'emploi et l'investissement depuis la peste bubonique")
-I was implying that the Honorable Member for Wentworth was like a lizard on a rock - alive, but looking dead ("J'étais en train de suggérer que l'honorable député de Wentworth était comme un lézard sur un rocher : il est vivant, mais il a l'air mort", à propos de John Hewson, leader du Parti libéral en 1993)
-Mate, I want to do you slowly. There has to be a bit of sport in this for all of us. I want to see you squirm out of this load of rubbish over a number of months. There will be no easy execution for you ("Mon pote, je veux te niquer lentement. Il doit y avoir un peu de suspense dans tout ça, pour nous tous. Je veux te voir patauger dans ta merde pendant plusieurs mois. Il n'y aura pas d'exécution sommaire pour toi", réponse à John Hewson qui lui demandait pourquoi il n'avait pas encore dissous le parlement s'il était certain de gagner les prochaines élections)
-To debate with him is like being flogged with a warm lettuce ("Débattre avec lui, c'est comme être fouetté avec une salade tiède", toujours à propos de John Hewson)
-Costello is all tip and no iceberg ("Costello, c'est le sommet sans l'iceberg", sur Peter Costello, ministre de John Howard)
-From this day onwards, Howard will wear his leadership like a crown of thorns, and in the parliament I'll do everything to crucify him ("A partir de ce jour, Howard portera son leadership comme une couronne d'épines, et je vais faire tout ce que je peux pour le crucifier", quand John Howard est devenu leader du Parti libéral en 1986)
-The Leader of the Opposition hurls all sorts of abuse at me, and all through question time those pansies over there want retractions of the things we've said about them. They are a bunch of nobodies going nowhere ("Le leader de l'opposition passe son temps à m'insulter, et pendant ce temps, toutes ces femelettes nous demandent de retirer ce que nous avons pu dire sur eux. Ce sont des riens-du-tout qui ne vont nulle part", à propos des députés de l'opposition)
-Mr Speaker, can I have some protection from the clowns on the front bench ? ("M. le Président (de la chambre), puis-je avoir une protection contre ces clowns ?" en parlant des députés de l'opposition)
-They insist on being mugs, Mr Speaker ("Ils tiennent absolument à passer pour des couillons, M. le Président", toujours à propos des députés libéraux).
-The Labor Party is not going to profit from having these proven unsuccessful people around who are frightened of their own shadow and won't get out of bed in the morning unless they've had a focus group report to tell them which side of bed to get out ("Le parti travailliste ne va tirer aucun bénéfice de ces losers patentés qui ont peur de leur propre ombre et qui ne se lèveront pas du lit le matin s'ils n'ont pas reçu un rapport d'une commission pour leur dire de quel côté du lit ils doivent se lever", à propos d'une partie du staff de Kevin Rudd pendant les dernières élections)
Et ceci n'est qu'un petit échantillon. En lisant ça, on se dit qu'il vaut mieux ne pas être son ennemi, à ce cher Monsieur Keating...
Quelle classe quand même...
Publié le 02/06/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Alors que les troupes de combat Australiennes quittent aujourd'hui l'Irak après plus de 5 ans d'une guerre absurde qui est aujourd'hui condamnée par presque tout le monde (on a tout de même trouvé deux personnes qui continuent à la soutenir, l'un s'appelle George et l'autre John), le moment est peut-être venu d'évaluer le bilan de Kevin Rudd lors de ses 6 premiers mois au pouvoir.
Si vous êtes observateur, vous avez dû remarquer en lisant mon blog que j'étais un fan du nouveau Premier ministre. Oui, Kevin Rudd me botte. Est-il besoin de rappeler qu'il a, lors d'un discours appelé à entrer dans l'histoire, émis des excuses officielles aux Aborigènes, excuses très attendues et saluées comme il se doit par les premiers habitants de l'Australie ? Est-il besoin de rappeler qu'il a fait du changement climatique une priorité et enfin ratifié le protocole de Kyoto, faisant ainsi des Etats-Unis le dernier pays industrialisé à ne pas l'avoir fait ? A côté de ces mesures très importantes, d'autres points positifs à noter : la suppression du système "Workchoice" (une sorte de CNE/CPE à l'Australienne) et la mise en place d'un système plus protecteur des travailleurs, la relance de l'immigration (triplement du programme d'accueil du précédent gouvernement), la suppression des camps d'internement d'immigrés dans les îles du Pacifique, l'augmentation des taxes sur les grosses bagnoles, la création de nouveaux droits pour les couples homosexuels (sans pour autant reconnaître l'union civile, malheureusement), la nomination d'une femme au poste de gouverneur-général, et enfin, des investissements majeurs pour l'éducation et contre la pauvreté. Tout cela le fait bénéficier d'une popularité jamais atteinte précédemment : dans un récent sondage, 70% des sondés estiment que Rudd est le meilleur Premier ministre pour le pays, contre seulement 7% (10 fois moins si vous savez compter) qui estiment que le leader de l'opposition (Brendan Nelson) ferait un meilleur travail à sa place !
Bref, Kevin Rudd n'a pas chômé pendant ces 6 mois. Il admet lui-même être un "workaholic" (drogué au travail) et impose des cadences infernales à son staff et ses ministres. A tel point qu'une révolte se dessine parmi ses collaborateurs, lesquels estiment qu'il leur en demande trop et qu'il ferait bien de s'asseoir et de réfléchir un peu de temps en temps. Analyse partagée par le journaliste Ross Gittins, spécialiste de l'économie du Sydney Morning Herald, qui estime que Rudd en fait trop et qu'il ferait mieux de faire une pause pour définir un cap pour le pays. Tout en saluant les efforts accomplis jusqu'ici, Ross Gittins estime que Rudd doit commencer à réfléchir sur le long terme, et qu'il doit apprendre à sélectionner les problèmes pour pouvoir s'en occuper à fond plutôt que de les survoler de manière superficielle, ce qui risque d'arriver quand on veut s'occuper de tout en même temps.
Bref, c'est dans ce contexte que le gouvernement a affronté sa première grosse crise avec l'augmentation des prix de l'essence, au point qu'on peut se demander si l'état de grâce n'est pas terminé. L'opposition libérale, complètement à côté de la plaque, a demandé au gouvernement de baisser autoritairement les prix de 5 à 10 centimes par litres (ils seraient pas un peu cocos les libéraux ?). Rudd, de son côté, a préféré mettre en place une commission dont on ne sait pas trop l'utilité, mais qui devrait amener à une baisse des prix de 2 à 3 centimes par litres grâce à des mesures incitatives. Une solution légèrement moins stupide, mais critiquée par Ross Gittins, qui voit là un manque de courage politique : il appelle au contraire Rudd à reconnaître que l'ère du pétrole pas cher est finie et qu'il faut maintenant admettre, à l'heure du changement climatique (priorité affichée de Rudd), que l'utilisation du pétrole doit diminuer : dans une telle optique, il ne faut surtout pas baisser les prix. Une position qui demande beaucoup de courage politique, mais que Rudd a du mal à adopter, sachant que beaucoup de familles des classes populaires n'ont pas le choix et sont les premières touchées par l'augmentation. Bref, un sacré casse-tête à venir pour le gouvernement.
Mais plus globalement, il serait bon que Rudd écoute les conseils de Ross Gittins sur son activisme effréné : à vouloir trop bien faire, il risque de devenir une caricature de notre mini-président, exemple typique du politicien qui s'agite sans trop savoir pourquoi, et surtout sans régler les problèmes. Il n'en est heureusement pas encore là, mais il est temps de se calmer un moment et de redéfinir le cap. Après tout, les Australiens n'aiment pas trop les gens qui ne font que bosser sans jamais se prendre le temps d'aller boire une bière (ou une tasse de thé, c'est bien aussi).
Publié le 14/05/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Vous voyez ce monsieur sur la photo ? Son nom est Troy Buswell, et il occupe le poste de leader du Parti libéral de l'Etat d'Australie-Occidentale (Western Australia, la région où se trouve Perth et pas grand-chose d'autre). Ce monsieur se retrouverait Premier ministre de l'Etat si son Parti gagnait les élections...mais on peut se demander si les gens seraient prêts à voter pour lui après de récentes révélations, résumées dans
cet article.
Les gens d'Australie-Occidentale sont souvent vus comme des gens un peu bizarres, un peu marginaux par rapport au reste du pays, un peu ploucs quoi. L'Australie-Occidentale est en effet l'Etat le plus isolé et le moins densément peuplé du continent. L'essentiel de sa population est extrêmement éloignée des principaux grands axes du pays (Sydney, Melbourne, Adelaide, Brisbane). En effet, la capitale, Perth, qui regroupe 75% de la population de l'Etat, est la capitale la plus excentrée d'Australie, la plus éloignée de la capitale fédérale (Canberra), et elle est même plus proche de Djakarta (Indonésie) que de Melbourne ou Sydney ! L'Australie-Occidentale est également le tout dernier Etat à avoir rejoint la fédération Australienne (à reculons) et il y a toujours existé un fort mouvement autonomiste et une forte identité régionale tournée autour de la bière locale et de l'extraction minière (une identité très forte, comme vous pouvez le constater). Lors de la dernière élection fédérale, l'Etat est également le seul à avoir vu les libéraux de John Howard gagner des sièges alors qu'ils se faisaient botter le cul partout ailleurs. Bref, les gens d'Australie-Occidentale sont à l'Ouest, dans tous les sens du terme.
Et autant dire que les derniers scandales entourant Troy Buswell, qui est donc le leader de la droite locale, ne vont pas améliorer l'image de l'Etat. Jugez plutôt : au cours des derniers mois, Troy Buswell a été accusé d'avoir tenté d'arracher le soutien-gorge d'une parlementaire du Labor lors d'une soirée arrosée à la buvette du parlement, ainsi que d'avoir harcelé sexuellement une autre députée et de s'être mis à renifler (!) avidement sa chaise une fois que la demoiselle s'était levée (ce qu'il a fini par avouer). Et là, alors que sa position est déjà bien fragilisée, une autre allégation vient couronner le tout, telle une cerise sur un gâteau déjà bien dégoulinant de crème : l'honorable Troy Buswell aurait été surpris en train de faire des choses pas très catholiques à...un quokka ! Oui, un quokka ! Un quokka, c'est ce petit marsupial ressemblant à un croisement entre un rat et un kangourou dont j'avais déjà posté la photo. Ils sont endémiques de certaines régions d'Australie-Occidentale, et apparemment, certains essaient d'en tirer avantage...
Evidemment, Troy Buswell a nié ces allégations, assurant qu'il n'avait jamais offensé un quokka en quelque manière que ce soit. N'empêche qu'il a déjà prouvé qu'il avait de drôles de manières...et le pire, c'est que l'un de ses collègues a confié que d'autres histoires pourraient sortir au grand jour...je suis curieux de savoir à quoi il fait référence...peut-être que Troy Buswell a eu un enfant caché avec un Drop Bear, ou peut-être qu'il utilise de la Vegemite comme lubrifiant quand il s'amuse avec un quokka ? Qui sait de quoi cet homme est capable...
Quand je vous disais que la politique, c'est fun...surtout en Australie...
Publié le 09/05/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Vous avez peut-être remarqué dans un commentaire récent une suggestion d'un camarade de l'URS m'invitant à poster un article sur Peter Garrett, le ministre de l'environnement de Kevin Rudd et ancienne star du rock (dans le groupe "Midnight Oil"). Bien que l'idée soit séduisante, l'article du monde vers lequel renvoie le commentaire me semble suffisamment complet. Et surtout, j'ai trouvé un autre sujet tout aussi insolite qui concerne également la politique, mais aussi un aspect essentiel de la culture Australienne pour lequel vous connaissez mon intérêt, à savoir l'amour de la bière.
Je vais donc vous parler de Bob Hawke. Vous avez déjà pu apercevoir ce nom sur mon blog. Bob Hawke est l'ancien Premier ministre travailliste de l'Australie, au pouvoir entre 1983 et 1991. Né en 1929, étudiant à la prestigieuse et vénérable université d'Oxford en Angleterre, il passera plusieurs années à la tête de l'ACTU, la puissante fédération syndicale Australienne, avant de devenir le leader du Parti travailliste et de gagner les élections contre Malcolm Fraser en 1983. Sous son gouvernement a été instauré une sécurité sociale moderne, un impôt sur le capital, mais également de profondes réformes de l'économie Australienne, qui est passée d'un système très centralisé à un système plus libéral et décentralisé. Hawke passera 8 ans au pouvoir avant d'être poussé vers la porte par son ambitieux ministre des finances, Paul Keating. Il reste à ce jour le Premier ministre travailliste ayant été en poste le plus longtemps.
Et là, vous devez vous dire "Mais qu'est-ce que ça a à voir avec la bière, il nous gonfle encore avec de la politique, c'est pas croyable ça !". Ne vous impatientez pas, le fil conducteur arrive. Car si le bilan politique de Hawke est conséquent, ce n'est pas uniquement ce qu'il a accompli en tant que Premier ministre qui lui vaut une certaine notoriété. Non, l'exploit pour lequel il reste le plus connu est un exploit qu'il a accompli lors de son séjour dans cette noble institution qu'est l'université d'Oxford. En effet, lors d'un beau jour de 1963, Hawke va réussir à ingurgiter 1,7 litres de bière (un yard en anglais) en seulement 11 secondes, établissant ainsi un nouveau record du monde dans cette noble discipline ! Cet exploit lui vaudra en effet de figurer dans le Guinness des records, comme le rappelle la plaque que vous voyez sur la photo.
L'ancien Premier ministre Australien est donc surtout connu non pas pour avoir instauré une sécurité sociale, mais pour être un buveur de binouze hors pair, ce qui lui a beaucoup servi à se forger une image de "good bloke", proche des gens, avec qui on a envie de prendre un verre (ou plusieurs, puisqu'apparemment, un seul, ça lui suffit pas).
C'est pas notre mini-président qui serait capable d'une telle performance, lui qui se vante de ne jamais boire une seule goutte d'alcool...pauvre France !
Publié le 07/05/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Les uniformes sont-ils un bon moyen de repérer les écoliers qui sèchent les cours ? C'est la question que je me suis posé à la lecture de
cet article, paru dans le Sydney Morning Herald. L'article parle d'une décision prise par le gérant du centre commercial Westpoint de Blacktown (une banlieue de Sydney). Quelle est cette décision qui fait couler tant d'encre ? Il s'agit d'une interdiction d'accès au centre susnommé frappant les écoliers en uniforme pendant les heures de cours (c'est-à-dire de 9h à 12h et de 13h à 15h30). Donc, pendant ces heures, pas d'uniformes dans les magasins ! La raison ? Lutter contre l'école buissonnière, puisque de nombreux écoliers qui sèchent passeraient leur temps dans les centres commerciaux...
Cette politique a été qualifiée élégamment de "discriminatoire et stupide". En effet, pourquoi un écolier qui fait l'école buissonnière garderait-il son uniforme, puisque c'est le meilleur moyen de se faire coincer ? En outre, cette interdiction ne fait que déplacer le problème : les petits écoliers (de lu ?) n'iront plus au centre commercial, mais ils continueront à sécher et se baladeront tout simplement dans la nature. Déplacer le problème sans s'attaquer à sa source (à savoir que l'école c'est chiant et ça sert à rien du point de vue d'un gamin), ça me rappelle quelque chose, mais quoi ? Je me demande si ça n'a pas quelque chose à voir avec notre mini-président...
Moi je dis, ils auraient mieux fait d'envoyer Donald, il est bien plus efficace :
Publié le 20/04/2008 à 12:00 par alsacedownunder
Comment sera l'Australie dans 20 ans ? Comment doit être l'Australie du futur ? C'est la question à laquelle des centaines de débatteurs, professeurs, experts, scientifiques mais aussi Australiens ordinaires, ont tenté de répondre lors d'un grand sommet ouvert à tous et organisé par le Premier ministre Kevin Rudd à Canberra. Même l'actrice Cate Blanchett était de la partie, pour ajouter un peu de glamour, mais surtout pour parler de culture.
Alors, que s'est-il passé lors de ce sommet ? Un grand moment de démocratie participative ? Juste de la parlotte ? De l'esbrouffe ? Ou bien quelque chose de vraiment intéressant ? Eh bien, il en est sorti une vision assez intéressante de la vision qu'ont les Australiens de leur pays. Ils semblent en effet être plus progressistes que je ne le croyais. Une série de recommandations est sortie de ce sommet. L'idée de transformer l'Australie en République est une de celles qui a été le plus souvent proposée. L'environnement et l'amélioration des conditions de vie des aborigènes ont également été au menu. De même, l'approfondissement des liens avec l'Asie a été évoquée. Le Premier ministre s'est en tout cas félicité du succès du sommet et y voit la preuve que l'Australie est un pays dynamique et tourné vers l'avenir (il était temps, après 11 ans de conservatisme à la sauce Howard). Dans quel pays un tel sommet serait-il possible, s'est demandé Mister Rudd ? Sans doute pas en France...en France, on fait des "Grenelle", pas des sommets. C'est pareil, me direz-vous. Non, vous répondrai-je, car en France, il suffit de dire qu'on va faire un Grenelle pour dire qu'on a résolu la question, alors qu'en Australie, on juge le sommet sur le fond, sur ce qui a été dit, et surtout, sur le service après-vente : que va-t-il advenir des belles paroles prononcées lors du sommet ? Seul l'avenir le dira...
Ceci dit, même s'il était ouvert à tous, il reste à savoir si les idées émises lors de ce sommet sont réellement représentatives de ce que pensent les Australiens moyens...quant à savoir ce que "pensent" (s'ils sont capables de penser) les beaufs de base (ou "homo sapiens boganus"), lisez mon article sur le sujet et vous serez très vite renseignés...