Nom du blog :
alsacedownunder Description du blog :
L'Alsace au 36ème dessous : bienvenue sur le blog d'un étudiant strasbourgeois parti un an à Sydney. Catégorie : Blog Journal intime Date de création :
22.07.2007 Dernière mise à jour :
09.05.2008
Vous avez peut-être remarqué dans un commentaire récent une suggestion d'un camarade de l'URS m'invitant à poster un article sur Peter Garrett, le ministre de l'environnement de Kevin Rudd et ancienne star du rock (dans le groupe "Midnight Oil"). Bien que l'idée soit séduisante, l'article du monde vers lequel renvoie le commentaire me semble suffisamment complet. Et surtout, j'ai trouvé un autre sujet tout aussi insolite qui concerne également la politique, mais aussi un aspect essentiel de la culture Australienne pour lequel vous connaissez mon intérêt, à savoir l'amour de la bière.
Je vais donc vous parler de Bob Hawke. Vous avez déjà pu apercevoir ce nom sur mon blog. Bob Hawke est l'ancien Premier ministre travailliste de l'Australie, au pouvoir entre 1983 et 1991. Né en 1929, étudiant à la prestigieuse et vénérable université d'Oxford en Angleterre, il passera plusieurs années à la tête de l'ACTU, la puissante fédération syndicale Australienne, avant de devenir le leader du Parti travailliste et de gagner les élections contre Malcolm Fraser en 1983. Sous son gouvernement a été instauré une sécurité sociale moderne, un impôt sur le capital, mais également de profondes réformes de l'économie Australienne, qui est passée d'un système très centralisé à un système plus libéral et décentralisé. Hawke passera 8 ans au pouvoir avant d'être poussé vers la porte par son ambitieux ministre des finances, Paul Keating. Il reste à ce jour le Premier ministre travailliste ayant été en poste le plus longtemps.
Et là, vous devez vous dire "Mais qu'est-ce que ça a à voir avec la bière, il nous gonfle encore avec de la politique, c'est pas croyable ça !". Ne vous impatientez pas, le fil conducteur arrive. Car si le bilan politique de Hawke est conséquent, ce n'est pas uniquement ce qu'il a accompli en tant que Premier ministre qui lui vaut une certaine notoriété. Non, l'exploit pour lequel il reste le plus connu est un exploit qu'il a accompli lors de son séjour dans cette noble institution qu'est l'université d'Oxford. En effet, lors d'un beau jour de 1963, Hawke va réussir à ingurgiter 1,7 litres de bière (un yard en anglais) en seulement 11 secondes, établissant ainsi un nouveau record du monde dans cette noble discipline ! Cet exploit lui vaudra en effet de figurer dans le Guinness des records, comme le rappelle la plaque que vous voyez sur la photo.
L'ancien Premier ministre Australien est donc surtout connu non pas pour avoir instauré une sécurité sociale, mais pour être un buveur de binouze hors pair, ce qui lui a beaucoup servi à se forger une image de "good bloke", proche des gens, avec qui on a envie de prendre un verre (ou plusieurs, puisqu'apparemment, un seul, ça lui suffit pas).
C'est pas notre mini-président qui serait capable d'une telle performance, lui qui se vante de ne jamais boire une seule goutte d'alcool...pauvre France !
Les uniformes sont-ils un bon moyen de repérer les écoliers qui sèchent les cours ? C'est la question que je me suis posé à la lecture de cet article, paru dans le Sydney Morning Herald. L'article parle d'une décision prise par le gérant du centre commercial Westpoint de Blacktown (une banlieue de Sydney). Quelle est cette décision qui fait couler tant d'encre ? Il s'agit d'une interdiction d'accès au centre susnommé frappant les écoliers en uniforme pendant les heures de cours (c'est-à-dire de 9h à 12h et de 13h à 15h30). Donc, pendant ces heures, pas d'uniformes dans les magasins ! La raison ? Lutter contre l'école buissonnière, puisque de nombreux écoliers qui sèchent passeraient leur temps dans les centres commerciaux...
Cette politique a été qualifiée élégamment de "discriminatoire et stupide". En effet, pourquoi un écolier qui fait l'école buissonnière garderait-il son uniforme, puisque c'est le meilleur moyen de se faire coincer ? En outre, cette interdiction ne fait que déplacer le problème : les petits écoliers (de lu ?) n'iront plus au centre commercial, mais ils continueront à sécher et se baladeront tout simplement dans la nature. Déplacer le problème sans s'attaquer à sa source (à savoir que l'école c'est chiant et ça sert à rien du point de vue d'un gamin), ça me rappelle quelque chose, mais quoi ? Je me demande si ça n'a pas quelque chose à voir avec notre mini-président...
Moi je dis, ils auraient mieux fait d'envoyer Donald, il est bien plus efficace :
Comment sera l'Australie dans 20 ans ? Comment doit être l'Australie du futur ? C'est la question à laquelle des centaines de débatteurs, professeurs, experts, scientifiques mais aussi Australiens ordinaires, ont tenté de répondre lors d'un grand sommet ouvert à tous et organisé par le Premier ministre Kevin Rudd à Canberra. Même l'actrice Cate Blanchett était de la partie, pour ajouter un peu de glamour, mais surtout pour parler de culture.
Alors, que s'est-il passé lors de ce sommet ? Un grand moment de démocratie participative ? Juste de la parlotte ? De l'esbrouffe ? Ou bien quelque chose de vraiment intéressant ? Eh bien, il en est sorti une vision assez intéressante de la vision qu'ont les Australiens de leur pays. Ils semblent en effet être plus progressistes que je ne le croyais. Une série de recommandations est sortie de ce sommet. L'idée de transformer l'Australie en République est une de celles qui a été le plus souvent proposée. L'environnement et l'amélioration des conditions de vie des aborigènes ont également été au menu. De même, l'approfondissement des liens avec l'Asie a été évoquée. Le Premier ministre s'est en tout cas félicité du succès du sommet et y voit la preuve que l'Australie est un pays dynamique et tourné vers l'avenir (il était temps, après 11 ans de conservatisme à la sauce Howard). Dans quel pays un tel sommet serait-il possible, s'est demandé Mister Rudd ? Sans doute pas en France...en France, on fait des "Grenelle", pas des sommets. C'est pareil, me direz-vous. Non, vous répondrai-je, car en France, il suffit de dire qu'on va faire un Grenelle pour dire qu'on a résolu la question, alors qu'en Australie, on juge le sommet sur le fond, sur ce qui a été dit, et surtout, sur le service après-vente : que va-t-il advenir des belles paroles prononcées lors du sommet ? Seul l'avenir le dira...
Ceci dit, même s'il était ouvert à tous, il reste à savoir si les idées émises lors de ce sommet sont réellement représentatives de ce que pensent les Australiens moyens...quant à savoir ce que "pensent" (s'ils sont capables de penser) les beaufs de base (ou "homo sapiens boganus"), lisez mon article sur le sujet et vous serez très vite renseignés...
Nouvelle rupture historique opérée par le nouveau Premier ministre Kevin Rudd (décidément, il me plaît celui-là) : après les excuses aux Aborigènes et la signature du protocole de Kyoto, voici qu'on a droit à la nomination au poste de gouverneur-général d'une femme, pour la première fois depuis la naissance de l'Australie. Au passage, ce bon Kevin a dit que le débat sur la République devait être réouvert lors de sa dernière rencontre avec la reine. Au cas où vous vous poseriez la question, c'est bien lui sur la photo, ce n'est pas Tintin, malgré la houpette...
La nouvelle titulaire du poste se nomme Quentin Alice Louise Bryce (si si, c'est bien une femme, même si elle s'appelle Quentin), elle est née en 1942, a siégé à la commission des droits de l'homme du Queensland et au conseil d'administration de l'université de Sydney.
Ceci me donne l'occasion de vous parler un peu plus du gouverneur-général. Comme je vous l'avais déjà dit il y a très longtemps, le gouverneur-général est le représentant de la Reine en Australie. C'est un peu le chef d'Etat de facto du pays, il s'agit donc d'un poste très important. Le gouverneur-général est nommé par le Premier ministre en accord avec la Reine pour un mandat d'une durée indéterminée. Le fait qu'il n'est pas élu limite normalement ses pouvoirs : la pratique a fait que le gouverneur-général n'intervient jamais dans les affaires publiques, il a le même rôle que la reine en Angleterre.
Cependant, cette pratique ne doit pas masquer le fait qu'en théorie, le gouverneur-général dispose de très importants pouvoirs pour peu qu'il juge utile de les utiliser : outre les pouvoirs de nomination habituels à la plupart des chefs d'Etat, le gouverneur dispose de ce qu'on appelle les "pouvoirs de réserve", ou reserve powers. Ces pouvoirs de réserve peuvent aller jusqu'au renvoi du Premier ministre en cas de crise. Oui, vous avez bien lu : en Australie, un personnage non-élu peut renvoyer un Premier ministre même si celui-ci est soutenu par les représentants du peuple. Et le pire, c'est que c'est déjà arrivé...
Petit voyage dans le temps : nous sommes en 1975. Trois ans plus tôt, c'était l'arrivée au pouvoir du travailliste Gough Whitlam, après 23 années de pouvoir ininterrompu de la droite : 1972 en Australie, c'est un peu comme 1981 en France : le passage de l'ombre à la lumière (je plaisante...quoique...).
En trois ans, le gouvernement Whitlam a opéré des réformes majeures après 23 ans de conservatisme : suppression de la peine de mort au niveau fédéral, droit de vote à 18 ans, démocratisation de l'Université, suppression des dernières lois sur la White Australia policy, égalité hommes-femmes entre les employés gouvernementaux, suppression du service militaire obligatoire, mise en place de politiques pro-aborigènes et j'en passe. Un bilan qui fait toujours débat, mais une chose est indéniable : Whitlam a changé l'Australie, il ne s'est pas contenté de gérer les affaires courantes. Néanmoins, sa dernière grande réforme va capoter : alors qu'il tente d'introduire un système moderne de sécurité sociale (qui sera plus tard mis en place par les gouvernements travaillistes des années 1980), il s'oppose au Sénat conservateur : en effet, Whitlam n'a pas la majorité au Sénat, et il a besoin du soutien de sénateurs indépendants pour faire voter son budget, qui comprend la création de ce projet de sécu. Problème, l'un des sénateurs indépendants meurt en cours de mandat, et il est remplacé par un sénateur hostile au gouvernement. Or, un gouvernement qui ne peut pas faire voter son budget est un gouvernement qui ne peut pas gouverner. Et cela, Malcolm Fraser, le leader de l'opposition de droite, le sait. Il va donc en profiter pour tenter le tout pour le tout et essayer de provoquer la chute du gouvernement Whitlam : il fait pression sur les sénateurs indépendants. Conséquence, le Sénat refuse de voter le budget, ce qui provoque un blocage.
Normalement, dans un tel cas, on résout la crise par une dissolution de la chambre récalcitrante, ici le Sénat. Enters the governor general, John Kerr de son petit nom : celui-ci, qui doit avaliser tout projet de dissolution, demande à Whitlam de dissoudre les deux chambres et de provoquer de nouvelles élections. Problème, Whitlam refuse de dissoudre la Chambre des députés, puisqu'il y a eu des élections il y a à peine quelques mois, de plus, ce ne sont pas les députés qui posent problème, mais les sénateurs. Or, Kerr refuse tout net de dissoudre uniquement le Sénat. Et pendant ce temps, la crise s'enlise...
Whitlam décide de jouer la montre et espère que les sénateurs indépendants reviendront à la raison. En attendant, il envisage d'emprunter de l'argent pour gérer les affaires courantes. Malcolm Fraser a donc intérêt à précipiter sa chute, d'autant que les sénateurs indépendants ne sont pas prêts à laisser la situation s'enliser pendant des mois. Le temps presse pour le leader de l'opposition libérale. Il va donc passer un "deal" avec Kerr : si Kerr accepte de renvoyer Whitlam et de nommer Fraser à sa place, Fraser promet qu'il obtiendra le vote du budget et organisera immédiatement de nouvelles élections pour résoudre la crise. Le deal est accepté, et le matin du 11 novembre 1975, le gouverneur général John Kerr annonce le renvoi du Premier ministre Gough Whitlam et la nomination de son adversaire Malcolm Fraser pour gérer les affaires courantes (caretaker Prime minister en anglais) en attendant de nouvelles élections. Fraser présente immédiatement le budget au Sénat (le même que celui de Whitlam) et celui-ci est voté d'autant plus facilement que les sénateurs travaillistes n'ont pas encore été informés du renvoi de Whitlam ! La chambre des députés tentera bien de voter une motion de censure contre Fraser, mais le gouverneur-général répondra qu'il est déjà trop tard : le Parlement a été dissous en conséquence du renvoi. Tout cela s'est passé le même jour.
Whitlam, dégoûté, traite Fraser de "caniche de Kerr" et se permet même un trait d'humour : "We might as well say 'God save the Queen', because nothing will save the governor-general" ("On peut en effet dire 'Dieu sauve la reine', parce que rien ne sauvera le gouverneur-général"). Les partisans du Labor, qui avaient attendu un gouvernement de gauche pendant 20 ans, sont incrédules, manifestent, protestent, campent devant le siège du Parti libéral, mais rien n'y fait, le gouverneur-général a pris sa décision.
Fraser, de son côté, est en position de force pour aborder les élections. Intelligemment, il fait campagne sur l'économie tandis que Whitlam se contente de critiquer le renvoi et d'en appeler à la sauvegarde de la démocratie. Et ce qui devait arriver arriva : une fois la campagne démarrée et le choc du renvoi passé, les Australiens l'oublient très vite et donnent leurs suffrages à celui qui leur promet moins d'impôts et plus d'emplois. Fraser gagnera donc facilement, aidé par les médias, qui sont contrôlés en grande partie par un certain Rupert Murdoch...c'est la fin de l'expérience Whitlam, une expérience qui aura divisé mais également profondément marqué le pays. Jusqu'à ce jour, la controverse sur son renvoi fait toujours rage : le gouverneur-général avait-il le droit d'aller jusque là ? Un personnage non-élu peut-il renvoyer un Premier ministre soutenu par les représentants du peuple ? Peut-on critiquer le swing du gouverneur-général ?
La question n'est toujours pas résolue aujourd'hui, mais vue l'intensité de la controverse, il est peu probable qu'un gouverneur-général réitère l'exploit de Kerr à l'avenir...
Croyez-le ou non, Fraser et Whitlam sont aujourd'hui les meilleurs amis du monde. Ils sont tous les deux très critiques du bilan de John Howard (qui était le ministre des finances de Fraser) et ont même fait campagne ensemble pour la République en 1999 (on peut voir un spot sur youtube où on les voit tous les deux). Quant à Kerr, il finira sa vie en paria et sombrera dans l'alcoolisme...ça lui apprendra à appuyer sur le bouton sans discernement...
On dit généralement que les voyages forment la jeunesse et que quitter votre pays pour vivre ailleurs change votre regard sur votre terre natale. Depuis que je suis parti à Sydney, j'ai en effet constaté cela pour beaucoup de choses. L'une d'entre elles est l'anti-américanisme (un terme que je déteste et que l'on sort rarement à bon escient, mais je vais l'utiliser quand même à défaut de mieux) que l'on attribue très souvent à la France. En effet, à l'étranger, l'affaire est entendue : les Français sont les pires des anti-américains, ils sont indécrottables, il n'y a qu'eux qui vont aussi loin dans la critique de l'Oncle Sam.
Eh bien, paradoxalement, le fait que je sois parti ne m'a pas conforté dans cette idée, contrairement à ce qu'on pourrait croire. C'est même le contraire. En fait, et pour dire les choses franchement, je n'ai jamais entendu autant de critiques contre les Etats-Unis depuis que je suis ici. Parfois dans les médias, parfois dans la rue, mais surtout à la fac : il ne se passe pas un cours sans qu'il y ait une pique qui soit lancée contre les USA et ce cher W. Vous me direz, ça a sans doute quelque chose à voir avec les cours que j'ai pris : droit de l'environnement (bouh les méchants Etats-Unis qui veulent pas signer le protocole de Kyoto), droit international public (bouh les méchants Etats-Unis qui ont inventé la guerre préventive en Irak). Mais j'entends également les pires diatribes en droit international du business (là, c'est plus étonnant, mais ma prof est une vraie gauchiste, ceci expliquant cela). Que ce soit les profs ou les étudiants, tout le monde casse les Etats-Unis et leur vision étriquée du monde, et tout le monde casse l'ancien Premier ministre John Howard (ce nom vous dit quelque chose ?) et son attitude de caniche soumis aux Etats-Unis. Kevin Rudd a d'ailleurs été plébiscité pour avoir retiré les troupes Australiennes d'Irak, bien qu'il ait tenu à rappeler que son gouvernement resterait un allié fidèle des USA (close ally).
Bref, parmi toutes les critiques que j'ai entendues, 80% d'entre elles seraient taxées d'anti-américanisme en France tellement elles sont gonflées. Alors, l'Australie, terre d'anti-américanisme ? C'est un peu plus compliqué que ça. Premièrement, toutes les critiques que j'entends sont loin d'être injustifiées et s'adressent souvent plus à Bush et sa clique qu'au pays tout entier. Ici comme ailleurs, les gens regardent des séries américaines à la télé entre deux coupures de pubs et vont régulièrement bouffer au McDo ou au KFC (Kentucky Fried Chicken). En fait, l'anti-américanisme que l'on peut observer en Australie est grosso modo l'inverse de celui que l'on observe en France. Je m'explique : en France, l'anti-américanisme se retrouve surtout chez le Français moyen, l'homme de la rue, tandis que les "élites" (patrons, profs de fac, hommes politiques, journalistes) sont plus atlantistes (je schématise, mais en gros c'est ça). En Australie, c'est le contraire : tandis que l'Australien moyen est plutôt pro-américain (là encore, je schématise), les élites sont beaucoup plus critiques à l'égard des Etats-Unis que chez nous. Ainsi, pour ce qui est des milieux de la recherche et de l'éducation, les critiques contre les USA n'ont jamais été aussi virulentes, surtout depuis la prise de conscience du risque posé par le changement climatique dans un pays touché par la sécheresse. Les médias, même ceux contrôlés par Murdoch (!), leur ont d'ailleurs largement emboîté le pas, multipliant les reportages sur le danger posé par le réchauffement de la planète pour mieux souligner l'incongruité de la position américaine.
Pour ce qui est des politiques, je vous entends déjà me dire "mais les politiciens Australiens sont tous pro-américains alors que les Français sont anti-américains, donc l'Australie n'est pas une terre d'anti-américanisme". Là encore, il faut nuancer ce tableau simpliste : depuis 2007, le nouvel hôte de l'Elysée, notre cher mini-président, est un atlantiste déclaré et un des seuls leaders d'importance mondiale qui tient encore à faire ami-ami avec un Bush discrédité qui n'en a plus que pour quelques mois de mandat. Du côté Australien, s'il est vrai que John Howard était le modèle même du laquais des Etats-Unis, le nouveau Premier ministre est sur une position beaucoup plus équilibrée. La position de Howard a même été largement nuancée au sein du Parti libéral depuis la défaite électorale : il ne s'est trouvé personne en son sein pour critiquer la décision de Rudd de virer les troupes d'Irak.
D'accord, vous me direz, tout ça prouve que les choses sont compliquées, mais Chirac, lui, c'était un vrai anti-américain, pas vrai ? Eh bien, là encore, je vous répondrai qu'il ne faut pas se fier aux apparences. D'accord, il y a la guerre d'Irak. Mais à part ce différend (certes majeur), sur quel autre sujet Chirac s'est-il réellement différencié des Américains pendant son mandat ? Il a fait la guerre du Kosovo à leurs côtés, ainsi que la guerre en Afghanistan, et il avait la même position ferme qu'eux face à l'Iran et à la Syrie. Même dans le conflit israëlo-palestinien où la France est traditionnellement vue comme "pro-palestinienne", il n'a jamais vraiment levé la voix pour critiquer la position traditionnellement "pro-israëlienne" des USA, se contentant souvent de condamnations de pure forme...
Alors, Chirac, le roi des anti-américains ? La France, terre promise de l'anti-américanisme ? Think again...
PS : je précise juste que j'ai utilisé les termes "anti-américain", "atlantiste", "pro-palestinien" et "pro-israëlien" par pure commodité. Généralement, je réprouve l'usage de ces termes qui ne veulent pas dire grand-chose et qui sont souvent balancés comme des insultes pour délégitimer des positions qui peuvent pourtant tout à fait se justifier. Il n'y a donc aucune connotation péjorative ou méliorative à voir dans mon texte lorsque j'utilise ces termes, je ne porte pas de jugement (une fois n'est pas coutume).
Bon, à part ça, pas grand-chose de neuf, si ce n'est que Kevin Rudd a enfin osé critiquer la Chine et la répression au Tibet et au Xinjiang dans un speech fait à l'Université de Pékin (en mandarin, s'il vous plaît). Position courageuse dans un pays ultra-dépendant du géant chinois qui lui achète tout son charbon. Il a même interdit aux agents de sécurité chinois d'escorter la flamme lorsqu'elle arrivera en Australie (sans doute pour éviter les débordements qu'on a pu voir à Paris). Et pendant ce temps-là, en France, vous avez droit à une cacophonie générale (conditions à la participation, dit Rama Yade, pas de conditions dit-elle le lendemain) si bien qu'on n'a aucune idée de la position de la France par rapport à la Chine et aux JO. Et j'oubliais le pire, avec la même Rama Yade qui refuse de qualifier la Chine de "dictature"...pour une secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, elle connaît bien mal son sujet.
Bref, pour ce qui est des anti-américains, je ne sais pas où ils sont, mais les guignols, ils sont clairement en France...
"Advance Australia Fair" (qu'on peut traduire grossièrement par "Avance Australie vers la justice" ou "Avance, belle et juste Australie") est le titre de l'hymne national Australien, mais il ne correspond pas toujours à la réalité. "Fair" est en effet un mot qui ne peut en aucun cas désigner la politique d'immigration du pays dans la dernière décennie.
Dans un billet récent, je vous parlais des différences entre la culture politique Australienne et la culture Française, la première étant certainement plus libérale que la deuxième. Cependant, même une tradition libérale bien ancrée peut être ébranlée par un climat ponctuel délétère, comme le prouve l'exemple de la politique d'immigration en Australie. Notamment la fameuse pratique dite de la détention obligatoire ("mandatory detention"). Cette pratique consiste à enfermer de manière automatique et sans contrôle possible par un juge tout immigré illégal. Cela concerne notamment les demandeurs d'asile qui cherchent à entrer en Australie sans en avoir fait une demande préalable : ils seront mis automatiquement en détention en attendant que leur sort soit réglé. Violation claire de l'Habeas Corpus (non applicable cependant en Australie, mais qui reste une référence), texte qui impose que toute détention soit contrôlée par un tribunal pour être légale.
Cette pratique de la détention obligatoire a été introduite en 1992 par le gouvernement travailliste de Paul Keating (une tache dans son bilan par ailleurs très bon), avec cependant des limites strictes : la détention ne pouvait alors pas dépasser 273 jours et elle était limitée à des cas bien précis. Mais en 1994, débordé sur sa droite et à la suite d'une campagne médiatique sur une "déferlante" récente de réfugiés (notamment Vietnamiens et Chinois), Keating franchit le Rubicon et élargit les possibilités de détention automatique d'immigrés illégaux. La limitation de durée est notamment supprimée : la boîte de Pandore est ouverte, la détention infinie (ou au moins jusqu'à ce que la demande de visa soit traitée) devient possible. Cependant, la législation est alors présentée comme provisoire : une fois les flux d'immigration stabilisés, Keating promet de revenir au système antérieur, ou au moins de réévaluer le dispositif.
On ne saura jamais si Keating avait l'intention de respecter cette promesse, puisqu'il perdra les élections en 1996. Enters John Howard. Si Keating avait quelques scrupules avec la détention obligatoire (ce qui ne l'a cependant pas empêché de l'introduire), Howard, lui, n'en a aucun. Il trouve cela très bien pour protéger les frontières face aux invasions d'indésirables. Il résume son adhésion à cette politique par une phrase que ne renierait pas notre mini-président, à savoir : "Nous déciderons seuls de qui entre dans ce pays, et dans quelles circonstances ils le font". Sauf que ce n'est pas le problème : bien sûr que l'Australie a le droit de contrôler ses frontières, mais ça n'implique pas forcément de traiter les réfugiés comme de la merde.
Mais Howard n'en a cure. Il va renforcer un dispositif qui est de plus en plus critiqué par les juristes et les groupes de défense des droits de l'homme, mais qui reste populaire auprès de l'Australien de base. Notamment après le 11 septembre, dans le contexte que l'on connaît. Howard, qui se pose en "tough guy" partisan de la fermeté, va donc élargir encore les possibilités de détention obligatoire. Surtout, il crée la possibilité d'une détention infinie dans les cas où le réfugié est débouté de sa demande d'asile mais ne peut être renvoyé dans son pays : sous le système Keating, le réfugié était alors automatiquement régularisé pour raisons humanitaires. Sous le nouveau système Howard, le réfugié ne sera ni expulsé ni régularisé : il restera tout simplement indéfiniment en prison sur le territoire Australien. Un bien beau cadeau pour des gens qui fuient des régimes oppressifs : leur montrer que leur pays d'origine ne craint pas tant que ça, puisque les Australiens eux aussi peuvent les traiter comme des chiens. Ou alors, on les traite comme chez eux pour leur rappeler la maison et leur éviter le mal du pays...en fait, elle est humaniste cette politique ! Ou pas...
Enfin bref, tout ça c'est bien joli, mais ce n'est pas encore assez pour Howard. En 2001, un navire norvégien porte secours à un navire indonésien en détresse au large des côtes Australiennes. Or, il se trouve que les passagers de ce navire, recueillis par le bateau norvégien, sont pour la plupart des clandestins venus d'Irak ou d'Afghanistan et qui espèrent pouvoir trouver refuge en Australie. Le vaisseau norvégien demande alors à l'Australie la possibilité de poser l'ancre dans un port Australien, conformément au droit international qui impose à tout pays de recueillir quiconque fait naufrage près de ses côtes. Refus catégorique du gouvernement Howard, qui va même démarcher les gouvernements voisins pour leur proposer d'accueillir eux-mêmes les réfugiés, aux frais de l'Australie ! Ce n'était donc même pas une question d'argent, Howard voulait seulement éviter à tout prix de voir ces va-nu-pieds poser ne serait-ce qu'un orteil sur le sol de sa chère patrie. Le bateau norvégien sera donc arraisonné par la police Australienne et les réfugiés seront internés dans des camps sur l'île de Nauru. Pour justifier cette intervention musclée, Howard ira même jusqu'à prétendre que le naufrage du navire indonésien avait été simulé et que les passagers avaient jetés eux-mêmes leurs enfants à la mer pour obliger les gardes-côtes Australiens à les sauver et ainsi pouvoir entrer en Australie. Une enquête du parlement prouvera un peu tard (alors que l'opinion a oublié l'affaire) que les allégations d'Howard étaient fausses et qu'il le savait très bien.
Quoi qu'il en soit, Howard va se servir de cette affaire pour parachever le système : nous avons vu qu'il était primordial pour lui d'empêcher que les clandestins posent le moindre pied sur le sol Australien. Dans cet esprit, il va démarcher les gouvernements d'une dizaine d'îles du Pacifique pour y installer des centres de détention payés par le gouvernement Australien pour y enfermer les réfugiés. L'avantage de cette délocalisation est clair : endormir l'opinion publique en éloignant le problème. En effet, l'homme de la rue n'a que faire de s'occuper de gens qui sont entassés sur des îles isolées à des milliers de kilomètres de lui. Cachons donc ces réfugiés que le peuple ne saurait voir. Ce qui n'était qu'un cas d'espèce dans l'affaire du navire norvégien va donc devenir une politique globale que Howard va appeler "la solution du Pacifique" (The Pacific Solution). Avant même les prisons secrètes de la CIA en Europe, Howard inventait donc la délocalisation des pratiques gênantes et peu respectueuses des droits de l'homme...
Tout cela fait de l'Australie un pays aux pratiques douteuses en matière d'immigration, d'autant que la Haute Cour elle-même a validé le principe de la détention à durée indéterminée sans contrôle judiciare. Le pays a ainsi été régulièrement épinglé par Amnesty International et la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Malheureusement, vous l'avez vu, la gauche a elle aussi des responsabilités dans la mise en place d'un système qui n'a pas son équivalent dans le monde occidental (même en France...pour l'instant). Cependant, Kevin Rudd, lors du récent retour de la gauche au pouvoir, a immédiatement annoncé la fin de la "solution du Pacifique" : ainsi, en quelques semaines, tous les camps de détention situés dans les îles du Pacifique ont été fermés par le nouveau gouvernement et les réfugiés ont été rapatriés en Australie où ils attendent à présent la réponse de l'administration quant à leurs demandes d'asile. L'aspect le plus dégueulasse de la politique d'immigration Howardienne a donc été supprimé. Mais il reste maintenant à aller jusqu'au bout : abroger le principe même de la détention obligatoire sans contrôle judiciaire, ou au moins réinstaurer des limites strictes. Pour que l'Australie retrouve sa fierté morale...
Come on Mr. Rudd, one step further...can you do it ?
Suivant en cela plusieurs suggestions qui m'ont été faites (notamment par ma chère mère), je vais vous parler un peu de la culture politique et juridique de l'Australie, notamment pour vous montrer en quoi elle diffère fondamentalement de la France sur certains points (et non des moindres).
D'abord, vous le savez, ici le chef d'Etat n'est pas élu et n'a aucun pouvoir, puisqu'il s'agit de la reine d'Angleterre. Vous savez déjà ce que je pense de l'incongruité de cette situation ubuesque, mais elle a tout de même des avantages. Il n'y a en effet pas de conflits au sommet de l'exécutif, on sait clairement qui est détenteur du pouvoir (le premier ministre), tandis qu'en France, les conflits entre le premier ministre et le président sont permanents. Surtout, en France, comme le président est élu directement par le peuple, il en profite pour s'accaparer tout le pouvoir et se croire tout permis. On le voit bien actuellement chez nous, où la droite accuse l'opposition de remettre en cause la démocratie quand elle critique le président. Parce qu'il a été élu avec 53% des voix, on n'a plus le droit de rien dire sur lui pendant 5 ans : voilà ce qu'est la démocratie selon une partie de la classe politique française.
Ici, les Australiens ont beaucoup mieux compris ce qu'était la démocratie. La démocratie, c'est avant tout le débat, la confrontation des idées, la pluralité des opinions, la critique du pouvoir. Celle-ci n'est jamais considérée comme illégitime, elle fait partie intégrante de la vie politique, alors qu'elle est toujours vue comme suspecte en France. Chez nous, on accuse l'opposition de ne faire que critiquer, alors qu'ici, on s'étonne quand l'opposition ne s'oppose pas (car c'est là son premier rôle). Ici, on ne fait pas d'ouverture parce qu'on sait qu'une démocratie a besoin d'une majorité et d'une opposition clairement définies. Certes, il arrive que l'on fasse du bipartisanisme sur certains sujets fondamentaux (c'est-à-dire que le gouvernement associe l'opposition au règlement d'un problème donné) : par exemple, Rudd a proposé aux libéraux de participer à l'oeuvre de réconciliation avec les Aborigènes, mais ceci n'a rien d'étonnant puisque c'est un sujet qui concerne toute la nation. A l'inverse, pour les autres sujets, le gouvernement décide seul, avec sa majorité, et met en oeuvre ce qu'il a promis pendant la campagne. Il ne serait pas venu à l'idée de Rudd de débaucher individuellement des personnalités du Parti libéral après les avoir combattues avant les élections.
Autre différence fondamentale entre nos deux pays, le respect de l'Etat de droit ("rule of law" en anglais). En France, dans notre régime bonapartiste qui pue du slip, le président est au-dessus de tout et peut se permettre de dire publiquement qu'il veut contourner une décision du Conseil Constitutionnel sans être désavoué par la population. Le Conseil Constitutionnel est pourtant censé être l'organe de contrôle de notre texte fondamental, la Constitution de 1958, tandis que le président est censé en être le gardien. Je peux vous garantir qu'ici, si le premier ministre s'avisait de n'émettre ne serait-ce que l'idée de contourner une décision de la Haute Cour d'Australie (High Court of Australia, je vous ai mis la photo), il serait victime d'une motion de censure sur le champ, et la population descendrait en masse dans les rues pour dénoncer ce coup de force. Mais en France, non, les sondages donnent même raison au président, qui ne veut que protéger sa population des méchants juges gauchistes. Ce mépris des juges et de l'Etat de droit qui est très ancré en France, on ne le retrouve absolument pas en Australie (tout comme on ne le retrouve pas aux Etats-Unis, que nous nous plaisons pourtant tellement à critiquer). D'ailleurs, quand j'ai raconté l'histoire de notre mini-président qui faisait son caprice face au Conseil Constitutionnel, mes camarades Australiens ont eu du mal à me croire et m'ont demandé si on n'avait pas mis le président en prison pour ça ! Quand je leur ai répondu "non", ils m'ont regardé avec de gros yeux...
Je passe rapidement sur d'autres aspects de notre régime, comme le mépris du parlement ou l'article 16 de la Constitution, autant de choses qui sont inconcevables ici dans le régime parlementaire Australien. Notons également que l'Australie est un pays de "common law", c'est-à-dire que les juges et la jurisprudence jouent un rôle au moins aussi important que les lois. Très différent de la France, où le droit est essentiellement écrit (code civil, code pénal), et où les juges ne sont pas censés interpréter la loi de manière trop extensive. Autre différence, l'Australie est une fédération où les Etats gardent un pouvoir important, tandis que la France est un pays très centralisé. En France, quand il y a un problème, on considère qu'il faut voter une loi à Paris. En Australie, il faut d'abord faire la part des choses entre les différents échelons avant de déterminer qui a la compétence et qui est le mieux placé pour faire face à la situation. Ce n'est d'ailleurs pas toujours facile de savoir qui fait quoi, ça n'a donc pas que des avantages. Parfois, certains Etats ont même des législations très différentes sur un sujet donné, ce qui peut poser problème. Mais au moins, ce fédéralisme oblige à respecter les pouvoirs de chacun.
Les Australiens sont également plus pragmatiques que nous, même s'ils ont eux aussi des idéologues réactionnaires (John Howard par exemple, je vous ai déjà parlé de lui ?). Par exemple, comme le rappelait le commentaire d'un de mes condisciples de l'URS, plusieurs Etats Australiens ont testé il y a quelques années le principe des peines planchers, cher à notre mini-président. Après quelques années, ils ont constaté que ce principe, non content d'annihiler la marge de manoeuvre du juge, n'avait aucun effet sur la récidive et conduisait en fait à une surpopulation carcérale, amenant en prison des gens qui auraient plutôt dû être condamnés à une amende ou à un travail d'intérêt général. Et qu'est-ce qu'on fait en Australie quand quelque chose ne marche visiblement pas ? On supprime : il n'y aujourd'hui plus aucun Etat qui pratique les peines planchers en Australie. Il faudrait peut-être le dire à notre président, non ? Encore faudrait-il trouver quelqu'un qui en ait le courage...
Ceci dit, tout n'est évidemment pas rose en Australie. Même si le nouveau gouvernement semble vouloir changer les choses, la façon dont les Australiens traitent et ont traité les immigrés (camps de rétention dans le désert, enfermements sans procès) et les Aborigènes montre que ce pays n'est pas non plus une démocratie exemplaire. Après tout, les électeurs ont constamment réélu John Howard pendant 11 ans, malgré de nombreuses entorses aux droits de l'homme commises sous son règne (tout comme les Américains ont réélu Bush).
Malgré tout, all in all, la culture démocratique de l'Australie me semble beaucoup plus saine que dans notre monarchie républicaine où un seul homme peut se croire tout permis simplement parce qu'il a été élu par une majorité de votants, dont beaucoup regrettent déjà leur geste...
Je ne suis pas en Australie actuellement (j'y retourne mardi prochain), mais il fallait tout de même que je vous parle de la journée d'hier. Une journée historique, au sens le plus noble du terme. Pourquoi était-ce une journée historique ? Parce que, pour la première fois depuis l'arrivée de la First Fleet d'Arthur Phillip sur le sol Australien, un gouvernement Australien a officiellement émis des excuses pour le traitement passé des premiers habitants de ce continent, les Aborigènes. Le fameux mot a été lâché par le nouveau premier ministre, Kevin Rudd : we are sorry. Sorry. Ce tout petit mot de cinq lettres que les anglo-saxons utilisent parfois à tort et à travers, ce tout petit mot qui n'a l'air de rien et que Howard n'a jamais voulu concéder en 11 ans de pouvoir. Eh bien, ce tout petit mot qui n'a l'air de rien va permettre de tourner une nouvelle page de l'histoire du pays. Ni plus, ni moins.
Car, pour de nombreux Aborigènes, on sort enfin du déni, on reconnaît enfin leurs souffrances passées, et cette reconnaissance du passé va permettre aux blessures de cicatriser et aux Australiens d'avancer ensemble, main dans la main pour la première fois de leur histoire. Le "sorry speech" de Rudd (qu'il a écrit lui-même) n'est qu'un premier pas (first step), mais c'était la condition sine qua non pour avancer. A partir de ce premier pas, on peut construire quelque chose. Ce n'est qu'en reconnaissant les erreurs du passé que l'on peut construire un futur harmonieux. Ce n'est pas là faire acte de contrition ni de repentance. Non, il s'agit plutôt de faire preuve de courage en se regardant en face.
Les Aborigènes ne se sont pas trompés sur l'importance cruciale de ce geste. Ils sont arrivés des quatre coins du pays pour assister à ce discours. En car, en voiture, en train, voire à pied pour certains. Pour nombre d'entre eux, il s'agissait même du premier voyage vers la capitale, coeur de la démocratie Australienne. Ils ont enfin eu le sentiment d'être partie intégrante de la nation Australienne, une nation qui jusqu'au début des années 1970, s'est construite sur la "race blanche" et refusait l'immigration non européenne. Une nation qui a pratiqué la discrimination légale, une nation qui a retiré des milliers d'enfants Aborigènes à leurs parents pour les placer dans des instituts où on les forçait à s'assimiler et à oublier d'où ils venaient. On appelle ces enfants la "Stolen Generation" (génération volée). C'est aussi et surtout pour eux qu'il fallait s'excuser. Pour enfin tourner la page et avancer ensemble vers un meilleur avenir.
Pour finir, je vous poste une partie du discours de Rudd. Vous verrez que les mots sont très bien choisis :
Today we honour the indigenous peoples of this land, the oldest continuing cultures in human history.
We reflect on their past mistreatment.
We reflect in particular on the mistreatment of those who were stolen generations - this blemished chapter in our nation's history.
The time has now come for the nation to turn a new page in Australia's history by righting the wrongs of the past and so moving forward with confidence to the future.
We apologise for the laws and policies of successive parliaments and governments that have inflicted profound grief, suffering and loss on these our fellow Australians.
We apologise especially for the removal of Aboriginal and Torres Strait Islander children from their families, their communities and their country.
For the pain, suffering and hurt of these stolen generations, their descendants and for their families left behind, we say sorry.
To the mothers and the fathers, the brothers and the sisters, for the breaking up of families and communities, we say sorry.
And for the indignity and degradation thus inflicted on a proud people and a proud culture, we say sorry.
Traduction :
Aujourd'hui, nous honorons les habitants indigènes de ce pays, dépositaires des plus vieilles cultures de l'histoire humaine.
Nous nous penchons sur les mauvais traitements passés.
Nous nous penchons en particulier sur les mauvais traitements de ceux qui furent les générations volées - ce chapitre particulièrement honteux de notre histoire.
Le temps est à présent venu pour cette nation de tourner une nouvelle page dans l'histoire de l'Australie, en corrigeant les erreurs du passé et en avançant avec confiance vers le futur.
Nous nous excusons pour les lois et politiques des différents parlements et gouvernements qui ont infligé de profondes peines, souffrances et pertes à certains de nos compatriotes Australiens.
Nous nous excusons en particulier pour le retrait d'enfants Aborigènes de leurs familles, de leurs communautés, de leur pays.
Pour la douleur, la souffrance, les blessures de ces générations volées, de leurs descendants et des familles restées sur le bord du chemin, nous sommes désolés.
Aux pères et aux mères, aux frères et aux soeurs, pour la destruction de familles et de communautés entières, nous sommes désolés.
Et pour l'indignité et l'avilissement ainsi infligés à un peuple fier et à une culture riche, nous sommes désolés.
Une chose à dire en conclusion : thank you, Mr. Rudd.
C'est vrai ça, après tout, pourquoi y a-t-il deux Parlements à Canberra ?
La raison en est en fait toute simple : le premier Parlement, dont vous voyez l'entrée sur cette photo (on voit la flèche du nouveau au fond), a été construit pour être un Parlement provisoire, car le gouvernement de l'époque n'avait aucune idée du nombre d'habitants que compterait l'Australie 50 ou 100 ans plus tard. On ne savait donc pas quelle était la taille qu'il fallait donner au Parlement. Le gouvernement a donc lancé la construction d'un premier bâtiment provisoire pour parer au plus pressé. Ce bâtiment était destiné à durer 50 ans, ce qui explique que l'on n'y ait pas attaché une attention particulière au niveau de l'architecture. Pour autant, il est loin d'être moche, il a un charme tout particulier grâce notamment à sa couleur d'un blanc éclatant et à ses dimensions humaines. Je trouve même qu'il est mieux que le nouveau. On y trouve également de très beaux jardins tout autour. Cependant, une fois à l'intérieur, on comprend très vite pourquoi il a fallu en construire un autre. En effet, il est vraiment très très petit, on en fait le tour en une demi-heure, et les deux chambres (Sénat et représentants) ne semblent avoir qu'une capacité de 50 places maximum. Cela n'a pas empêché le vieux Parlement d'être utilisé pendant 61 ans (peut-être grâce à l'absentéisme des parlementaires ?), avant que sa petitesse ne finisse par devenir un problème insurmontable, ce qui a conduit à la construction du nouveau Parlement. On a d'abord voulu détruire l'ancien Parlement, mais heureusement, cette solution n'a pas été adoptée. A la place, le bâtiment est devenu un très intéressant musée sur l'histoire politique du pays.
Bref, voilà qui explique pourquoi l'Australie a deux Parlements. Décidément, ils sont obligés de ne rien faire comme les autres...sans doute est-ce dû à leur héritage anglais..