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alsacedownunder
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L'Alsace au 36ème dessous : bienvenue sur le blog d'un étudiant strasbourgeois parti un an à Sydney.
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Blog Journal intime
Date de création :
22.07.2007
Dernière mise à jour :
24.07.2008
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La politique c est fun et l histoire aussi

The great debate

Posté le 23.10.2007 par alsacedownunder
Dimanche soir, évènement de l'année à la télé australienne : non, je ne parle pas de la finale de la coupe du monde de rugby (le match était diffusé dimanche matin, et tout le monde s'en foutait de toutes façons), mais du grand débat entre Kevin Rudd et John Howard, les deux candidats au poste de premier ministre. Sur la forme, le débat s'est fait à l'américaine : les deux candidats étaient derrière un pupitre, n'avaient pas le droit de s'interrompre, et n'étaient pas face à face. Rien à voir avec le débat Sarkozy-Royal auquel nous avons eu la "chance" d'assister en mai dernier...
Sur le fond, les deux participants ont dit moins de conneries que lors du débat français d'entre-deux-tours. Dans l'ensemble, j'ai trouvé que Rudd avait été meilleur, mais en même temps, je ne suis pas très objectif, je déteste Howard. Rien que sa voix et sa façon de parler (condescendante au plus haut point) me hérissent le poil. Il a passé son temps à dire que l'économie s'écroulerait si le Labor arrivait au pouvoir, en comparant sans cesse les chiffres économiques de son gouvernment avec ceux des précédents gouvernements travaillistes. Ce à quoi Rudd a répliqué que lorsque Howard était ministre des finances dans les années 1970, l'inflation et les taux d'intérêts étaient à plus de 15% et le déficit se creusait d'année en année.
Autre sujet de discorde, la présence d'anciens syndicalistes dans l'équipe de Rudd. Howard estime que cela prouve que le Labor est "anti-business", tandis que Rudd estime que cela n'a rien de problématique si les gens qui l'entourent sont talentueux et compétents. Pour ce qui concerne les baisses d'impôts, les deux partis proposent à peu près la même chose, sauf que Rudd ne baissera pas les impôts des très riches, pour pouvoir investir dans l'éducation et dans un meilleur réseau internet pour le pays (ce qui m'arrangerait bien vu la lenteur de ma connection).
Sur un sujet comme le réchauffement planétaire, Howard a surpris tout le monde en annonçant sa volonté de signer un nouveau traité du genre Kyoto. La question est : pourquoi ne veut-il pas signer le protocole de Kyoto dans ce cas ? Il n'a pas su répondre. Peut-être veut-il un nouveau traité moins contraignant ?
Quant à la guerre en Irak, Howard pense que se retirer maintenant signifierait une défaite face aux terroristes, mais il n'a pas su répondre à la question "la guerre en Irak a-t-elle réduit le risque terroriste dans le monde ?". Rudd, de son côté, pense qu'il faudra bien laisser un jour le gouvernement irakien s'occuper de la sécurité dans son propre pays.
Enfin, pour ce qui est des aborigènes, Rudd a annoncé qu'il émettrait des excuses officielles pour leur traitement passé et qu'il créerait de nouveaux programmes pour améliorer leur sort (dans un pays à l'économie florissante, la plupart des aborigènes ont un niveau de vie digne d'un pays du tiers-monde). Howard, de son côté, refuse toujours de s'excuser, considérant que les australiens d'aujourd'hui ne sont pas responsables. Sans doute pas, mais émettre des excuses officielles ne veut pas dire qu'on se considère soi-même responsable...
Ce qui était marrant, c'est que pendant le débat, il y avait un espèce d'indicateur d'approbation (vous le voyez sur la photo). En effet, plusieurs dizaines d'électeurs indécis avaient été sélectionnés et devaient réagir en temps réel aux propos de chaque candidat, en disant s'ils étaient d'accord ou non. Quand Rudd parlait, l'indicateur montait très haut, indiquant une forte approbation. Mais quand Howard prenait la parole, l'indicateur descendait inévitablement en flèche ! Le procédé a été critiqué après coup par le camp de Howard, d'autant qu'il semble que les deux candidats n'avaient pas été mis au courant. Personnellement, je ne vois pas trop le problème : s'ils n'étaient pas au courant, cela veut dire que l'indicateur n'a absolument pas affecté leur performance lors du débat.
Quoi qu'il en soit, les sondages publiés après le débat ont désigné Rudd comme le vainqueur incontestable : 65%, contre 29% pour Howard. Reste maintenant à gagner les élections...



--

And so it begins...

Posté le 16.10.2007 par alsacedownunder
(ATTENTION, ceci est un post politique, donc un post chiant, dans lequel on va parler de messieurs en cravate avec une tronche de premier communiant. Si vous vous attendiez à d'autres photos de mannequins en bikini, désolé de vous décevoir, mais vous devrez passer votre chemin. Ce sera pour une autre fois, d'autant qu'il n'y a que deux personnes qui ont commenté mon post sur le concours de filles en bikini sur la plage de Bondi)

Ca y est, c'est officiel, une date a été fixée pour le plus important combat de l'année, celui dont l'issue désignera le prochain premier ministre de l'Australie. En effet, le premier ministre, après avoir tergiversé pendant des semaines en attendant que les sondages s'améliorent pour son parti (ce qui ne s'est pas produit), a finalement fixé la date au 24 novembre. Voici un bref résumé des forces en présence :

-à droite (très à droite), John Howard, premier ministre conservateur, en poste depuis 1996, leader de la coalition Liberal Party-National Party (équivalents locaux de l'UMP et du MPF de De Villiers). Ses atouts : la bonne santé apparente de l'économie, son expérience et sa réputation de maître tacticien. Ses faiblesses : l'usure dûe à 11 ans de pouvoir, sa réputation de menteur prêt à tout pour gagner une élection, la montée récente des taux d'intérêt, son refus de sortir de la guerre en Irak, ses positions très à droite sur certains sujets (problème aborigène, refus de signer le protocole de Kyoto, lois anti-immigration). Sa stratégie : faire passer le Labor (les travaillistes) pour un parti noyauté par les méchants syndicats qui veulent empêcher les gentils entrepreneurs australiens de faire leur business. Il prédit également la fin du monde si le Labor arrivait au pouvoir (montée du chômage et des taux d'intérêt, augmentation des impôts, déficit, invasion de sauterelles, vous voyez le tableau). Enfin, pour atténuer son image de type ultra-droitier, il vient de décider (juste avant les élections, comme par hasard) de modifier le préambule de la Constitution pour accorder aux aborigènes une reconnaissance symbolique, alors qu'il avait refusé de le faire depuis des années. Il a cependant refusé catégoriquement d'émettre des excuses officielles pour le traitement passé des abos. Pour l'instant, Howard est à la traîne dans les sondages, une dizaine de points derrière le Labor. Il pourrait même être le deuxième premier ministre de l'histoire australienne à perdre son siège de député, dans la division de Bennelong, où il est opposé à une ancienne présentatrice télé qui est bien plus sexy que lui (ce qui n'est pas difficile). Bref, les choses s'annoncent mal pour John Howard.

-à gauche, Kevin Rudd, leader de l'opposition travailliste (Australian Labor Party). Attention, le Labor Party n'est pas l'équivalent local du PS. Le seul point commun, c'est que c'est le principal parti de gauche du pays. En dehors de ça, le Labor est beaucoup moins divisé que le PS, et beaucoup plus proche du New Labour de Tony Blair, bien qu'il soit sans doute plus à gauche en matière de sécurité et d'immigration. Cependant, pour ce qui est de l'économie, le Labor a promis de ne pas bouleverser fondamentalement la donne, Rudd promettant d'être "économiquement conservateur" (financially conservative). Rudd a cependant annoncé qu'il abolirait une des réformes les plus controversées de Howard, les "Workchoices agreements". Il s'agit d'une loi modifiant profondément les relations sociales en Australie, supprimant un certain nombre de protections contre les licenciements abusifs et mettant fin au principe du "mieux-disant" (à savoir, si la loi est en conflit avec un accord syndical, c'est la disposition la plus protectrice du travailleur qui s'applique). Howard a prévenu qu'en supprimant cette disposition, Rudd réintroduirait des protections "injustes" contre le licenciement (unfair dismissal protections). Je ne savais pas que protéger les travailleurs contre des licenciements abusifs était injuste, mais bon...
Les atouts de Kevin Rudd sont son image de leader jeune et dynamique, le souffle de nouveauté qu'il incarne, son opposition à la guerre en Irak, son soutien du protocole de Kyoto dans un pays qui se préoccupe de plus en plus du réchauffement planétaire. Sans oublier ses positions modérées en matière économique, qui lui ont valu le soutien implicite du patronat (assez rare dans ce pays). Et surtout, son plus gros point fort est sans conteste son goût pour les danses érotiques (voir un de mes vieux articles). Ses faiblesses sont principalement son manque d'expérience et la bonne santé actuelle de l'économie (Howard est devant lui dans les sondages quand on demande qui est le meilleur pour gérer l'économie). Mais il semble que pour une fois, l'économie ne sera pas déterminante, contredisant en cela la célèbre maxime de Clinton : "it's the economy, stupid !" (tout ce qui m'intéresse, c'est l'économie, imbécile). En effet, Rudd est en tête de tous les sondages depuis plusieurs mois maintenant, et jamais personne n'est parvenu à renverser une situation aussi compromise. J'espère en tout cas que les sondages se confirmeront...

Bon, je me rends compte que j'en ai écrit des tonnes et que personne ne lira ça jusqu'au bout, mais c'est pas grave, je vous avais promis de vous tenir au courant de la campagne. Ceci pour vous dire que l'Australie, ce n'est pas seulement du surf et des kangourous, c'est aussi (un peu) de la politique.

Petit jeu : d'après mon message, quel est mon candidat préféré ? L'ignoble Howard ou le gentil Kevin ? Dur de savoir, n'est-ce pas ? Celui qui répondra correctement à cette question recevra l'équivalent de 1000 dollars australiens en Vegemite...


(et puis quoi encore, je vais pas dépenser 1000 dollars pour acheter de la merde, faut pas déconner non plus)

Guerrier aborigène

Posté le 25.08.2007 par alsacedownunder
Voici le portrait d'un guerrier aborigène peint par un artiste local.
C'est l'occasion de parler un peu de l'histoire de ce peuple (ou plutôt "ces peuples" puisqu'ils ne forment pas un tout homogène). Les aborigènes sont arrivés en Australie il y a environ 40000 ans, ils sont donc des vieux de la vieille. A l'époque, l'Asie, l'Afrique et l'Océanie étaient encore rattachées. On ne sait pas exactement comment ils ont débarqués en Australie : sont-ils arrivés par le Nord via le Timor ? Sont-ils arrivés par la Nouvelle-Guinée ? Ont-ils été aidés par des extra-terrestres ? Après tout, peu importe, ils sont arrivés il y a 40000 ans et ont commencé à coloniser l'île.
Comme vous pouvez vous l'imaginer, on ne sait pas grand chose de l'histoire des Aborigènes avant l'arrivée des européens. On estime qu'ils étaient au moins 750000 à ce moment là, répartis dans une centaine de tribus. Après que les européens se soient occupés de leur cas (pillages, maladies, déplacements de population, bref, ce qu'on appelle un traitement de choc), ce nombre a rapidement décliné (ils ne sont plus que 2% de la population). C'est un euphémisme que de dire que les européens considéraient les Aborigènes comme des "sauvages", et cette vision a longtemps perduré. Voyez par exemple la description qu'on trouve dans un manuel de 5e de la fin des années 1940 :

C’est que l’Australie, séparée depuis bien longtemps des autres continents, est une terre isolée où n’avaient jamais pu aborder les animaux des autres parties du monde. Cet isolement explique aussi que les indigènes, des « Papous » se rattachant à la race noire, en fussent encore, à l’arrivée des Européens, à l’âge de la pierre taillée. Ils n’ont fait depuis, d’ailleurs, aucun progrès.

Ou encore :

Le langage est très pauvre. Chaque tribu a sa langue, et son vocabulaire s’appauvrit sans cesse, parce que, après chaque décès, on supprime quelques mots en signe de deuil. Les plus savants des australiens peuvent compter jusqu’à 4, les autres ne savent compter que jusqu’à 2. Les blancs n’ont pu civiliser ces malheureux. Ils les capturent pour se faire guider par eux, car, à défaut d’intelligence, un merveilleux instinct leur fait découvrir les nappes d’eau souterraines.

Et le meilleur pour la fin :

L’indigène d’Australie qui a capturé une grosse proie est d’une voracité inouïe. S’il n’a rien attrapé, il accepte de manger les nourritures les plus répugnantes : serpents, rats, lézards, limaces, vers, œufs pourris, entrailles d’animaux. Bon mari il ne mange sa femme qu’a la dernière extrémité et toujours après avoir préalablement mangé ses enfants.

De vrais barbares, pas vrai ? Bref, ces gens ont été tenus pour quantité négligeable. Pour se donner bonne conscience et assurer qu'ils ne faisaient rien de mal en virant ces gens de chez eux, les européens ont construit la théorie de la "terra nullius", théorie visant à justifier l'appropriation des terres aborigènes. La "terra nullius" estime que lorsqu'une terre n'est pas cultivée, elle n'appartient à personne et peut donc être appropriée par le premier qui voudra la mettre en valeur (si la personne est blanche, c'est encore mieux). Les Aborigènes vivant de chasse et de cuillette, ils ne cultivaient pas, ou peu, la terre. Par conséquent, leurs terres étaient considérées comme n'appartenant à personne, et les européens pouvaient donc s'en emparer. Il aura fallu attendre 1992 pour que cette théorie soit enfin reconnue comme nulle par la Cour suprême lors d'une affaire Mabo vs Queensland. Il aura donc fallu plus de 200 ans pour que les européens reconnaissent qu'ils s'étaient comportés comme des ordures.
Les aborigènes ont obtenu le droit de vote au niveau national (ils pouvaient déjà voter dans certains Etats) dans les années 1960, mais ce n'est qu'à partir du gouvernement Whitlam (vous savez, celui qui a été viré par le gouverneur général parce qu'il avait critiqué son swing) dans les années 1970 que l'on va commencer à prendre en compte leur situation. On commence alors à leur restituer des terres. Mais le tournant se situe sans conteste en 1992 avec la décision Mabo, qui donne des arguments aux Aborigènes pour recouvrer la propriété d'une partie au moins de leurs terres. Le 10 décembre 1992, le premier ministre travailliste de l'époque, Paul Keating, prononce un discours historique à Redfern, dans lequel il reconnaît les torts immenses causés aux peuples aborigènes (on peut le voir sur youtube). Ce discours a été récemment élu le discours le plus important jamais prononcé par un homme politique australien. Une ère de réconciliation allait s'ouvrir, marqué par plusieurs initiatives au niveau local et fédéral visant par exemple à mieux faire connaître la culture aborigène aux Australiens d'origine européenne.
Cependant, l'arrivée du gouvernement Howard allait marquer un coup d'arrêt à cette réconciliation. Non pas que Howard soit ouvertement anti-aborigène, simplement, il n'en a rien à foutre, et il ne parle d'eux que pour souligner leur propension à l'alcoolisme et à la délinquance (confortant en cela les préjugés de l'Australien moyen, qui voit les abos un peu comme on voit les gitans chez nous). La situation a donc stagné, jusqu'à aujourd'hui. Les Aborigènes ont environ 5 fois plus de chances de se retrouver au chômage et 10 fois plus de chances de se retrouver en prison que le reste de la population. Récemment, ils ont fait l'actualité avec une grave histoire d'abus sexuels d'enfants dans les réserves aborigènes (le premier ministre a même décidé d'envoyer l'armée, sans doute pour renouer le dialogue). Alcoolisme, chômage, délinquance, abus sexuels : le moins qu'on puisse dire, c'est que les abos ne sont pas sortis de l'auberge...
Mais Sarkozy nous expliquerait certainement que tout cela vient de leurs gènes...

Rudd met la pression, mais pas sur le gouvernement

Posté le 21.08.2007 par alsacedownunder
Vous voyez ce monsieur avec sa tête de premier communiant ? On lui donnerait le bon dieu sans confession, non ? Vous savez qui c'est ? C'est Kevin Rudd, le leader du parti travailliste australien et peut-être le futur premier ministre si les sondages sont confirmés lors des prochaines élections.
Et là, vous vous dites "oh non, il va encore nous gonfler avec de la politique, nous on veut du cul bordel". Eh bien, soyez rassurés, aujourd'hui vous allez avoir les deux ! Regardez bien Kevin Rudd. Quel est le mot qui vous vient à l'esprit ? Pouvez-vous vous imaginez ce monsieur en train de s'adonner à des activités un tant soit peu "échevelées" ? Comme par exemple, se rendre dans un strip club après avoir bu plus que de raison ? Non ? Eh bien, vous avez tort. Alors que la campagne électorale fait rage (à trois mois des élections quand même), il semble que le parti libéral au pouvoir ait adopté la fameuse méthode américaine du "coup sous la ceinture" pour discréditer le leader de la gauche, en tête dans tous les sondages. En effet, cette semaine, une source "anonyme" ("anonyme" veut dire "ayant sa carte au parti libéral") a ressorti une histoire datant de 2003 impliquant Kevin Rudd, lequel aurait, un soir à New York, un peu exagéré au niveau de la boisson et fini la soirée dans un strip club en train de faire des choses que la morale catholique réprouve. Oui oui, vous avez bien lu, ce type avec sa tête de premier de la classe qu'on a du mal à imaginer avec un panaché dans la main a un jour franchi les portes d'un de ces lieux de débauche et de perdition dans lesquels des créatures du diable envoûtent les voyageurs innocents à l'aide de sortilèges démoniaques impliquant une totale nudité de leur part (de la part des créatures, pas des voyageurs). Shame on you, M. Rudd ! Comment osez-vous prétendre diriger le pays après cela ?
Penaud, le pauvre Kevin Rudd a été obligé de s'excuser comme un gamin qu'on aurait pris les doigts dans la confiture, arguant du fait qu'il était trop bourré pour savoir où il était et ce qu'il faisait (c'est du joli). Alors, triomphe pour les conservateurs ? Hélas pour eux, il faut croire que les australiens sont plus ouverts que les américains à ce sujet : la plupart des gens interrogés sur ce qu'ils pensent de cette histoire ont donné la seule réponse qui y convienne : on n'en a rien à battre, ce n'est pas là-dessus que Kevin Rudd sera jugé, ça n'a rien à voir avec ses capacités à diriger le pays, et ça le rend même sympathique. Incroyables, ces australiens, non ? Là où tout américain normal serait outragé, eux se contentent de hausser les épaules et de dire "c'est sa vie privée". Ils vont même jusqu'à le trouver plus sympathique parce que ça montre qu'il est un type comme les autres ! Quand je vous disais qu'ils étaient bizarres...ou peut-être que l'expression que je cherche est "pleins de bon sens" ?

Pour finir, je ne résiste pas à l'envie de vous poster la réaction d'un lecteur du journal "The Australian" que j'ai acheté ce matin, d'abord en anglais, puis en version française pour ceux qui ont du mal avec la langue de Shakespeare.

"Kevin Rudd should be congratulated for visiting a New York strip club and the revelation should increase his vote with the Christian community. There is no greater of God's creations than the female body and it's nice to know that the Opposition Leader has visited a venue that celebrates its awesome beauty"

En français, cela donne :

"Kevin Rudd devrait être félicité pour sa visite d'un strip club à New York, et cette révélation devrait augmenter son potentiel de voix auprès de la communauté chrétienne. En effet, il n'y a pas de plus belle création de Dieu que le corps féminin, et il est agréable de savoir que le leader de l'opposition s'est rendu dans un lieu où l'on célèbre sa remarquable beauté"


Amen.

De l'intérêt de savoir nager à contre-courant

Posté le 14.08.2007 par alsacedownunder
Comme il ne se passe pas grand-chose d'exaltant dans ma vie super intéressante (non, je ne vous parlerai pas du kamasutra australien, désolé), j'ai décidé de continuer avec vous l'exploration de l'histoire de l'Australie. Aujourd'hui, nous allons aborder l'histoire d'un personnage singulier, qui occupe une place à part dans l'histoire australienne, non pas pour ses actes, mais pour la façon dont il a quitté cette vallée de larmes qu'on appelle la terre. Il s'agit de Harold Holt, 17e premier ministre de l'Australie.
ATTENTION, lisez cet article jusqu'au bout, même s'il vous paraît chiant au début. Vous verrez, ça vaut le coup, faites-moi confiance.
Harold Holt est né le 5 août 1908 dans la banlieue de Sydney. Après une enfance difficile ponctuée par le divorce de ses parents (oui, je sais on s'en fout), Holt réussit des études de droit brillantes à l'Université de Melbourne. Dès la fin de ses études, le virus de la politique s'accroche à lui : il s'inscrit à l'UAP, United Australia Party, successeur du Nationalist Party of Australia (qui, comme son nom l'indique, est un parti nationaliste, incroyable non ?). L'UAP allait devenir plus tard le Liberal Party, celui du premier ministre actuel, c'est-à-dire l'UMP locale. Holt est donc de droite.
A l'âge de 27 ans, Holt décroche un siège de député grâce à ses relations tissées à l'Université de Melbourne (je pensais que la droite croyait au mérite et à l'effort, mais bon) et devient l'un des plus jeunes membres du parlement australien. Il décroche son premier poste de ministre en 1939 (à 31 ans) dans le gouvernement de Robert Menzies, le premier ministre australien qui détient le record actuel de longévité, 17 années consécutives à la tête du gouvernement (de 1949 à 1966), et 19 années en tout. Lorsque la guerre éclate, Holt s'engage dans un régiment de parachutistes, mais Menzies lui demande de s'en retirer au lendemain d'un crash au cours duquel plusieurs haut gradés de l'Etat-major australien, ainsi que des ministres engagés dans l'armée, trouvèrent la mort. Sans doute par peur qu'il arrive la même chose à son protégé. C'est vrai quoi, vaut mieux éviter que l'élite périsse au cours d'une guerre, non ? La guerre, c'est fait pour tuer la piétaille, la populace.
Mais revenons à notre mouton. En 1941, il fait partie d'une rébellion qui réussit à renverser le gouvernement Menzies (qui était pourtant son mentor) et qui installe au pouvoir le leader du Country Party, qui comme son nom l'indique, est un parti de paysans (ne voyez là aucune connotation péjorative, ce serait mal me connaître voyons !). On ne sait pas pourquoi Holt a lâché Menzies, toujours est-il que s'il espérait une promotion, la manoeuvre a échoué, puisque quelques mois plus tard, la gauche était de retour au pouvoir avec John Curtin, autre grande figure de l'histoire australienne, une sorte de Winston Churchill local, celui qui allait conduire l'Australie lors de la guerre.
En 1945, l'UAP sait qu'il n'a guère de chances de revenir au pouvoir sans se réformer profondément. Un nouveau parti fut donc fondé sur les cendres de l'UAP, le Liberal Party of Australia (ça fait plus moderne), avec Menzies comme leader et Holt promu dans sa garde rapprochée (pas rancunier, le Menzies). Ce parti retourne très vite au pouvoir, la gauche étant désorganisée suite au décès impromptu de John Curtin. Holt se voit confier le ministère du Travail, poste auquel il excelle grâce à ses talents de négociateur, comme le prouve sa décision d'envoyer l'armée pour mater les grévistes du port de Bowen dans le Queensland en 1953 (c'est sans doute ce qu'on appelle une négociation musclée). Il cumule le poste avec celui de l'immigration, position qui lui permet de continuer la "White Australia Policy", une politique encourageant l'immigration blanche en Australie et décourageant l'immigration d'asiatiques, d'africains et autres indésirables. Bravo M. Holt, c'est du grand art. Pour être juste, signalons que cette politique, aujourd'hui fort justement reléguée dans la page "honte nationale", a également été soutenue par la gauche de l'époque.
Après cette carrière ministérielle bien remplie, il ne manquait plus à Holt que le poste suprême, celui de premier ministre. Il va l'obtenir en 1966, lorsque Menzies prendra enfin sa retraite après 17 longues années au pouvoir (pire que Chirac, le gars). Son principal fait d'armes à ce poste ? La décision de continuer coûte que coûte la guerre du Viet-Nam aux côtés des Etats-Unis, alors que la contestation gronde de plus en plus. C'est vrai quoi, pourquoi se contenter de les empêcher d'immigrer chez nous quand on peut en plus leur balancer des bombes sur la gueule ? A ce sujet, Holt aura une phrase célèbre, "All the way with LBJ". Qu'est-ce que ça veut dire, me direz-vous (et vous aurez raison) ? Cela peut être traduit par "jusqu'au bout avec LBJ", LBJ étant Lyndon B. Johnson, le président américain de l'époque, grand promoteur de la guerre du Viet-Nam. Par cette phrase, Holt marquait son attachement indéfectible aux Etats-Unis, quelles que soient les décisions, même mauvaises, prises par leur président. Ca ne vous rappelle personne ? Moi, ça me rappelle un loyal sujet de sa majesté aux grandes oreilles (non, je ne parle pas du prince Charles), ami indéfectible d'un ancien alcoolique qui a réussi à se faire élire deux fois à la maison blanche alors qu'il a du mal à aligner trois phrases complètes. Holt et LBJ, Tony et W, deux belles histoires d'amitié.
Et à part le Viet-Nam, me direz-vous, quelles sont les autres raisons qui font qu'on se souvient de Harold Holt ? Parce que c'est bien joli tout ça, mais pour l'instant, sa biographie est loin d'être intéressante, c'est juste un politicard de seconde zone dont tout le monde se fout. Eh bien, pas tout à fait. Si jusque-là, la vie de Harold Holt ressemble en effet à celle de n'importe quel politicard, la façon dont sa carrière s'est terminée est plutôt cocasse. Et le mot est faible. Jugez vous-mêmes.
Le matin du dimanche 17 décembre 1967, Holt et quelques-uns de ses amis décident de faire une petite virée à Cheviot Beach, une petite plage proche de Melbourne. Holt, connu comme un excellent nageur, décide d'impressionner ses amis en nageant plus loin qu'eux. A un moment donné, on ne sait trop pourquoi, Holt plonge dans les profondeurs, malgré les courants, connus comme relativement dangereux. Ne le voyant pas remonter, ses amis alertent les sauveteurs et la police locale. Malgré de longues recherches, aucune trace du premier ministre ne fut trouvée. Deux jours après le drame, le gouvernement annonce la mort de Harold Holt, disparu en mer au large de Cheviot Beach le 17 décembre 1967. Un premier ministre qui disparaît en mer au cours d'une banale baignade, voilà le genre de truc qui n'arrive qu'en Australie ! Dans les pays normaux, les premiers ministres et les présidents qui ne finissent pas leur mandat se font assassiner ou meurent de maladie. En Australie, ils disparaissent corps et biens.
On n'a jamais retrouvé le corps de l'honorable Harold Holt, ce qui a conduit aux plus folles des spéculations sur sa disparition. Certains ne croient en effet pas à la version officielle de la noyade. Ainsi, on a pu dire qu'il s'était suicidé, ou qu'il avait mis en scène une fausse mort pour échapper au fisc et à ses maîtresses. Un journaliste anglais du nom de Anthony Grey a même prétendu que Harold Holt était en fait un agent secret travaillant pour la République Populaire de Chine, et qu'un sous-marin chinois l'avait récupéré après son plongeon (ceci expliquerait pourquoi il a plongé sans aucune raison apparente). D'autres prétendent qu'il aurait été enlevé par des extra-terrestres (je savais pas que les OVNI pouvaient aller sous l'eau, ils sont forts ces extra-terrestres !).
Pour ma part, je n'y vois que la loi cruelle mais inévitable du marché. En effet, Holt, bien qu'excellent nageur, voyait sa santé décliner au cours des dernières années de sa vie. Il est donc tout à fait normal que la Sainte compétition et la Sainte concurrence aient entraîné son élimination au profit des plus forts. C'est la loi du marché, quand vous n'êtes plus au top, vous disparaissez, et c'est bien fait pour vous, vous n'aviez qu'à pas être un loser. Après tout, Holt était un libéral, je suis sûr qu'il serait d'accord avec moi...
Pour finir, une question sur laquelle je vous laisse méditer : Nicolas Sarkozy sait-il nager à contre-courant ? Bon, c'est vrai, les eaux du Maine sont moins agitées que celles de l'Australie, mais on sait jamais...
Non, je n'ai pas souhaité que Notre Président Bien-Aimé disparaisse au large des côtes du Maine, qu'allez-vous penser là ? Pitié, ne me dénoncez pas à Brice Hortefeux...

Vous reprendrez bien une tasse de thé ?

Posté le 28.07.2007 par alsacedownunder
Désolé de vous l'apprendre, mais il ne m'est pas arrivé grand-chose d'exaltant ces derniers jours. Pas d'attaque de crocodile, pas de morsure d'araignée, ni de scorpion, pas de bataille épique avec un requin.
Je me suis donc dit qu'au lieu de vous parler de mes trépidations inintéressantes dans les supermarchés de mon quartier, j'allais vous parler du drôle de pays où je me trouve en ce moment, l'Australie.
L'Australie est un pays grand comme 15 fois la France, mais avec seulement 20 millions d'habitants, essentiellement répartis dans une dizaine de grandes villes. C'est le contraire du Japon : beaucoup d'espace, pas de gens. L'environnement du pays est assez unique, on y trouve des espèces d'animaux qui n'existent nulle part ailleurs (y compris des dizaines de trucs qui piquent, qui brûlent et qui mordent, comme par exemple l'araignée à dos rouge, que je n'ai pas eu la chance de rencontrer jusqu'à présent). Les premiers habitants, comme on a coutume de le dire, vivaient en harmonie avec toutes ces bestioles, avant que les européens ne viennent nettoyer tout ça au kärcher (vous savez bien, pillages, massacres, maladies, les trucs habituels). Aujourd'hui, les aborigènes ne sont plus que 2% des australiens, et ils concentrent 10 fois plus de problèmes que le reste de la population : chômage, délinquance, alcool, etc...
Politiquement, l'Australie est tout aussi atypique. Le chef de l'Etat n'est pas un président comme chez nous, il n'est même pas australien. Il s'agit d'une vieille dame âgée de 81 ans au style vestimentaire douteux (notamment au niveau des couvre-chefs). Elle habite à des milliers de kilomètres de l'Australie et n'a visité le pays que 5 ou 6 fois depuis son accession au trône. Si je vous dis que cette dame adore le thé et habite dans un super appart' en plein centre de Londres, vous aurez deviné qu'il s'agit ni plus ni moins que de Sa très gracieuse majesté, Elizabeth II, reine d'Angleterre, et également reine d'Australie donc (ainsi que d'une quinzaine d'autres pays). Eh oui, l'Australie n'a pas encore rompu tous ses liens avec l'ancienne puissance coloniale (le drapeau du pays en est un autre exemple, on y voit l'Union Jack en haut à gauche). Contrairement aux Etats-Unis, les Australiens n'ont pas fait de guerre d'indépendance pour se libérer des griffes de la perfide Albion. Ils sont devenus indépendants petit à petit, presque malgré eux, le temps et la distance ayant fait leur oeuvre. Il est d'ailleurs difficile de dater avec précision l'indépendance de l'Australie. Formellement, le pays a commencé à s'autogérer dès les années 1900. La fédération a été formée en 1901, mais l'Australie restait juridiquement un dominion britannique, au même titre que l'Inde par exemple. En 1931, le parlement de Londres vote le statut de Westminster, ratifié en 1942 par le parlement australien : ce statut consacre enfin l'indépendance juridique de l'Australie. Il faudra cependant attendre l'Australia Act de 1986 pour que les derniers liens juridiques avec le Royaume-Uni soient supprimés : en effet, jusqu'à cette loi, le parlement anglais pouvait encore (théoriquement) modifier la Constitution australienne, et un certain nombre d'affaires juridiques australiennes pouvaient remonter jusqu'à la plus haute Cour d'appel du Royaume-Uni. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, Elizabeth II reste donc le dernier lien unissant l'Australie à la Grande-Bretagne.
Lorsque vous interrogez les australiens à ce sujet, la plupart sont d'accord pour dire qu'il est stupide d'avoir à la tête de l'Etat une femme (ou un homme avec de grandes oreilles lorsqu'elle sera morte) qui habite à l'autre bout de la planète, et qui est anglaise de surcroît (good gracious !). La plupart des australiens sont donc en faveur de l'instauration d'une république. Problème, ils ne savent pas ce qu'ils veulent comme république : une république présidentielle ou parlementaire ? Un président élu par le peuple, ou choisi par le parlement ? Cette incertitude quant à la forme du nouveau régime a conduit à l'échec d'un référendum sur l'instauration d'une république il y a quelques années, le non l'ayant emporté de peu alors que selon un sondage, seuls 10% des australiens souhaitaient le maintien de la monarchie. Jusqu'à nouvel ordre, l'Australie doit donc continuer à se coltiner cette chère Elizabeth à la tête de l'Etat.
La reine est représentée en Australie par une espèce de gouverneur général qu'elle nomme elle-même (en concertation avec le Premier ministre). On a toujours pensé que ce gouverneur général n'avait aucun véritable pouvoir, jusqu'à ce que l'un d'entre eux (John Kerr) se permette de renvoyer un premier ministre travailliste (Gough Whitlam), pourtant soutenu par le Parlement. Raison invoquée : des difficultés à faire voter le budget en raison de l'opposition du Sénat conservateur. Ce coup de pouce du gouverneur général a alors permis aux conservateurs de revenir au pouvoir. L'une des conséquences en a été l'abandon du projet de sécurité sociale auquel le Sénat était farouchement opposé. Cet évènement, plus de 30 ans après, reste encore aujourd'hui l'un des plus controversés de l'histoire politique australienne. Un peu comme si la reine d'Angleterre décidait du jour au lendemain que Gordon Brown ne lui plaît pas et que le pays se porterait mieux si un conservateur était à sa tête. Depuis, les premiers ministres y réfléchissent à deux fois avant d'irriter le gouverneur général (il est conseillé d'éviter les remarques déplacées sur son swing lors d'une partie de golf).
Parlons justement du premier ministre actuel. Il s'appelle John Howard, et il appartient au camp conservateur (coalition entre le parti libéral, équivalent de l'UMP, et le parti national d'Australie, équivalent du MPF de De Villiers). John Howard est un individu douteux (en tout cas de mon point de vue). Il est de droite. Ce n'est pas une tare en soi, mais lui, il est vraiment très très à droite. Il a refusé de signer le protocole de Kyoto, il a saboté le référendum sur la République dont nous parlions plus haut, il a suivi Bush en Irak, il a durci les lois sur l'immigration, et il a foutu en l'air les efforts de réconciliation avec les aborigènes entamés par le précédent gouvernement travailliste. Il ne rate pas une occasion de brocarder les aborigènes en les traitant d'alcooliques et de délinquants au prétexte de lutter contre le politiquement correct. Evidemment, il se défend d'être anti-aborigène, mais le fait est que depuis qu'il est au pouvoir, leur situation ne s'est pas améliorée. De toutes façons, l'électeur moyen n'en a rien à cirer des aborigènes, et donc, Howard non plus.
Les partisans d'Howard soulignent la bonne santé de l'économie (peu de chômage, forte croissance). Mais là encore, si on gratte un peu, on se rend compte que la situation est moins rose qu'il n'y paraît : la pauvreté augmente, et la situation des plus pauvres a empiré, notamment en raison de la hausse des prix de l'immobilier. Ainsi, devenir propriétaire est aujourd'hui un rêve inaccessible pour de plus en plus d'australiens. De même, l'accès aux soins pose problème, en l'absence d'un système de sécu digne de ce nom. Par exemple, les frais dentaires ne sont pas remboursés par le système public.
Pourtant, malgré tout, Howard s'accroche au pouvoir, il est là depuis 1996, ce qui fait 11 ans maintenant. Plus que Tony Blair, et presque autant que Chirac. Mais avec un peu de chance, il succombera aux prochaines élections, qui auront lieu dans quelques mois. Même dans le parti libéral, on commence à grincer des dents, on pense qu'il aurait déjà dû laisser sa place et que cette élection risque d'être celle de trop. Je vous parlerai évidemment de la campagne quand elle aura commencé.
En attendant, je vais aller prendre une tasse de thé et boire à la santé de cette chère Elizabeth...
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