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alsacedownunder
Description du blog :
L'Alsace au 36ème dessous : bienvenue sur le blog d'un étudiant strasbourgeois parti un an à Sydney.
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
22.07.2007
Dernière mise à jour :
24.07.2008
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Advance Australia Fair ?

Posté le 22.03.2008 par alsacedownunder
"Advance Australia Fair" (qu'on peut traduire grossièrement par "Avance Australie vers la justice" ou "Avance, belle et juste Australie") est le titre de l'hymne national Australien, mais il ne correspond pas toujours à la réalité. "Fair" est en effet un mot qui ne peut en aucun cas désigner la politique d'immigration du pays dans la dernière décennie.
Dans un billet récent, je vous parlais des différences entre la culture politique Australienne et la culture Française, la première étant certainement plus libérale que la deuxième. Cependant, même une tradition libérale bien ancrée peut être ébranlée par un climat ponctuel délétère, comme le prouve l'exemple de la politique d'immigration en Australie. Notamment la fameuse pratique dite de la détention obligatoire ("mandatory detention"). Cette pratique consiste à enfermer de manière automatique et sans contrôle possible par un juge tout immigré illégal. Cela concerne notamment les demandeurs d'asile qui cherchent à entrer en Australie sans en avoir fait une demande préalable : ils seront mis automatiquement en détention en attendant que leur sort soit réglé. Violation claire de l'Habeas Corpus (non applicable cependant en Australie, mais qui reste une référence), texte qui impose que toute détention soit contrôlée par un tribunal pour être légale.
Cette pratique de la détention obligatoire a été introduite en 1992 par le gouvernement travailliste de Paul Keating (une tache dans son bilan par ailleurs très bon), avec cependant des limites strictes : la détention ne pouvait alors pas dépasser 273 jours et elle était limitée à des cas bien précis. Mais en 1994, débordé sur sa droite et à la suite d'une campagne médiatique sur une "déferlante" récente de réfugiés (notamment Vietnamiens et Chinois), Keating franchit le Rubicon et élargit les possibilités de détention automatique d'immigrés illégaux. La limitation de durée est notamment supprimée : la boîte de Pandore est ouverte, la détention infinie (ou au moins jusqu'à ce que la demande de visa soit traitée) devient possible. Cependant, la législation est alors présentée comme provisoire : une fois les flux d'immigration stabilisés, Keating promet de revenir au système antérieur, ou au moins de réévaluer le dispositif.
On ne saura jamais si Keating avait l'intention de respecter cette promesse, puisqu'il perdra les élections en 1996. Enters John Howard. Si Keating avait quelques scrupules avec la détention obligatoire (ce qui ne l'a cependant pas empêché de l'introduire), Howard, lui, n'en a aucun. Il trouve cela très bien pour protéger les frontières face aux invasions d'indésirables. Il résume son adhésion à cette politique par une phrase que ne renierait pas notre mini-président, à savoir : "Nous déciderons seuls de qui entre dans ce pays, et dans quelles circonstances ils le font". Sauf que ce n'est pas le problème : bien sûr que l'Australie a le droit de contrôler ses frontières, mais ça n'implique pas forcément de traiter les réfugiés comme de la merde.
Mais Howard n'en a cure. Il va renforcer un dispositif qui est de plus en plus critiqué par les juristes et les groupes de défense des droits de l'homme, mais qui reste populaire auprès de l'Australien de base. Notamment après le 11 septembre, dans le contexte que l'on connaît. Howard, qui se pose en "tough guy" partisan de la fermeté, va donc élargir encore les possibilités de détention obligatoire. Surtout, il crée la possibilité d'une détention infinie dans les cas où le réfugié est débouté de sa demande d'asile mais ne peut être renvoyé dans son pays : sous le système Keating, le réfugié était alors automatiquement régularisé pour raisons humanitaires. Sous le nouveau système Howard, le réfugié ne sera ni expulsé ni régularisé : il restera tout simplement indéfiniment en prison sur le territoire Australien. Un bien beau cadeau pour des gens qui fuient des régimes oppressifs : leur montrer que leur pays d'origine ne craint pas tant que ça, puisque les Australiens eux aussi peuvent les traiter comme des chiens. Ou alors, on les traite comme chez eux pour leur rappeler la maison et leur éviter le mal du pays...en fait, elle est humaniste cette politique ! Ou pas...
Enfin bref, tout ça c'est bien joli, mais ce n'est pas encore assez pour Howard. En 2001, un navire norvégien porte secours à un navire indonésien en détresse au large des côtes Australiennes. Or, il se trouve que les passagers de ce navire, recueillis par le bateau norvégien, sont pour la plupart des clandestins venus d'Irak ou d'Afghanistan et qui espèrent pouvoir trouver refuge en Australie. Le vaisseau norvégien demande alors à l'Australie la possibilité de poser l'ancre dans un port Australien, conformément au droit international qui impose à tout pays de recueillir quiconque fait naufrage près de ses côtes. Refus catégorique du gouvernement Howard, qui va même démarcher les gouvernements voisins pour leur proposer d'accueillir eux-mêmes les réfugiés, aux frais de l'Australie ! Ce n'était donc même pas une question d'argent, Howard voulait seulement éviter à tout prix de voir ces va-nu-pieds poser ne serait-ce qu'un orteil sur le sol de sa chère patrie. Le bateau norvégien sera donc arraisonné par la police Australienne et les réfugiés seront internés dans des camps sur l'île de Nauru. Pour justifier cette intervention musclée, Howard ira même jusqu'à prétendre que le naufrage du navire indonésien avait été simulé et que les passagers avaient jetés eux-mêmes leurs enfants à la mer pour obliger les gardes-côtes Australiens à les sauver et ainsi pouvoir entrer en Australie. Une enquête du parlement prouvera un peu tard (alors que l'opinion a oublié l'affaire) que les allégations d'Howard étaient fausses et qu'il le savait très bien.
Quoi qu'il en soit, Howard va se servir de cette affaire pour parachever le système : nous avons vu qu'il était primordial pour lui d'empêcher que les clandestins posent le moindre pied sur le sol Australien. Dans cet esprit, il va démarcher les gouvernements d'une dizaine d'îles du Pacifique pour y installer des centres de détention payés par le gouvernement Australien pour y enfermer les réfugiés. L'avantage de cette délocalisation est clair : endormir l'opinion publique en éloignant le problème. En effet, l'homme de la rue n'a que faire de s'occuper de gens qui sont entassés sur des îles isolées à des milliers de kilomètres de lui. Cachons donc ces réfugiés que le peuple ne saurait voir. Ce qui n'était qu'un cas d'espèce dans l'affaire du navire norvégien va donc devenir une politique globale que Howard va appeler "la solution du Pacifique" (The Pacific Solution). Avant même les prisons secrètes de la CIA en Europe, Howard inventait donc la délocalisation des pratiques gênantes et peu respectueuses des droits de l'homme...
Tout cela fait de l'Australie un pays aux pratiques douteuses en matière d'immigration, d'autant que la Haute Cour elle-même a validé le principe de la détention à durée indéterminée sans contrôle judiciare. Le pays a ainsi été régulièrement épinglé par Amnesty International et la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Malheureusement, vous l'avez vu, la gauche a elle aussi des responsabilités dans la mise en place d'un système qui n'a pas son équivalent dans le monde occidental (même en France...pour l'instant). Cependant, Kevin Rudd, lors du récent retour de la gauche au pouvoir, a immédiatement annoncé la fin de la "solution du Pacifique" : ainsi, en quelques semaines, tous les camps de détention situés dans les îles du Pacifique ont été fermés par le nouveau gouvernement et les réfugiés ont été rapatriés en Australie où ils attendent à présent la réponse de l'administration quant à leurs demandes d'asile. L'aspect le plus dégueulasse de la politique d'immigration Howardienne a donc été supprimé. Mais il reste maintenant à aller jusqu'au bout : abroger le principe même de la détention obligatoire sans contrôle judiciaire, ou au moins réinstaurer des limites strictes. Pour que l'Australie retrouve sa fierté morale...

Come on Mr. Rudd, one step further...can you do it ?



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C'est une autre culture...

Posté le 02.03.2008 par alsacedownunder
Suivant en cela plusieurs suggestions qui m'ont été faites (notamment par ma chère mère), je vais vous parler un peu de la culture politique et juridique de l'Australie, notamment pour vous montrer en quoi elle diffère fondamentalement de la France sur certains points (et non des moindres).
D'abord, vous le savez, ici le chef d'Etat n'est pas élu et n'a aucun pouvoir, puisqu'il s'agit de la reine d'Angleterre. Vous savez déjà ce que je pense de l'incongruité de cette situation ubuesque, mais elle a tout de même des avantages. Il n'y a en effet pas de conflits au sommet de l'exécutif, on sait clairement qui est détenteur du pouvoir (le premier ministre), tandis qu'en France, les conflits entre le premier ministre et le président sont permanents. Surtout, en France, comme le président est élu directement par le peuple, il en profite pour s'accaparer tout le pouvoir et se croire tout permis. On le voit bien actuellement chez nous, où la droite accuse l'opposition de remettre en cause la démocratie quand elle critique le président. Parce qu'il a été élu avec 53% des voix, on n'a plus le droit de rien dire sur lui pendant 5 ans : voilà ce qu'est la démocratie selon une partie de la classe politique française.
Ici, les Australiens ont beaucoup mieux compris ce qu'était la démocratie. La démocratie, c'est avant tout le débat, la confrontation des idées, la pluralité des opinions, la critique du pouvoir. Celle-ci n'est jamais considérée comme illégitime, elle fait partie intégrante de la vie politique, alors qu'elle est toujours vue comme suspecte en France. Chez nous, on accuse l'opposition de ne faire que critiquer, alors qu'ici, on s'étonne quand l'opposition ne s'oppose pas (car c'est là son premier rôle). Ici, on ne fait pas d'ouverture parce qu'on sait qu'une démocratie a besoin d'une majorité et d'une opposition clairement définies. Certes, il arrive que l'on fasse du bipartisanisme sur certains sujets fondamentaux (c'est-à-dire que le gouvernement associe l'opposition au règlement d'un problème donné) : par exemple, Rudd a proposé aux libéraux de participer à l'oeuvre de réconciliation avec les Aborigènes, mais ceci n'a rien d'étonnant puisque c'est un sujet qui concerne toute la nation. A l'inverse, pour les autres sujets, le gouvernement décide seul, avec sa majorité, et met en oeuvre ce qu'il a promis pendant la campagne. Il ne serait pas venu à l'idée de Rudd de débaucher individuellement des personnalités du Parti libéral après les avoir combattues avant les élections.
Autre différence fondamentale entre nos deux pays, le respect de l'Etat de droit ("rule of law" en anglais). En France, dans notre régime bonapartiste qui pue du slip, le président est au-dessus de tout et peut se permettre de dire publiquement qu'il veut contourner une décision du Conseil Constitutionnel sans être désavoué par la population. Le Conseil Constitutionnel est pourtant censé être l'organe de contrôle de notre texte fondamental, la Constitution de 1958, tandis que le président est censé en être le gardien. Je peux vous garantir qu'ici, si le premier ministre s'avisait de n'émettre ne serait-ce que l'idée de contourner une décision de la Haute Cour d'Australie (High Court of Australia, je vous ai mis la photo), il serait victime d'une motion de censure sur le champ, et la population descendrait en masse dans les rues pour dénoncer ce coup de force. Mais en France, non, les sondages donnent même raison au président, qui ne veut que protéger sa population des méchants juges gauchistes. Ce mépris des juges et de l'Etat de droit qui est très ancré en France, on ne le retrouve absolument pas en Australie (tout comme on ne le retrouve pas aux Etats-Unis, que nous nous plaisons pourtant tellement à critiquer). D'ailleurs, quand j'ai raconté l'histoire de notre mini-président qui faisait son caprice face au Conseil Constitutionnel, mes camarades Australiens ont eu du mal à me croire et m'ont demandé si on n'avait pas mis le président en prison pour ça ! Quand je leur ai répondu "non", ils m'ont regardé avec de gros yeux...
Je passe rapidement sur d'autres aspects de notre régime, comme le mépris du parlement ou l'article 16 de la Constitution, autant de choses qui sont inconcevables ici dans le régime parlementaire Australien. Notons également que l'Australie est un pays de "common law", c'est-à-dire que les juges et la jurisprudence jouent un rôle au moins aussi important que les lois. Très différent de la France, où le droit est essentiellement écrit (code civil, code pénal), et où les juges ne sont pas censés interpréter la loi de manière trop extensive. Autre différence, l'Australie est une fédération où les Etats gardent un pouvoir important, tandis que la France est un pays très centralisé. En France, quand il y a un problème, on considère qu'il faut voter une loi à Paris. En Australie, il faut d'abord faire la part des choses entre les différents échelons avant de déterminer qui a la compétence et qui est le mieux placé pour faire face à la situation. Ce n'est d'ailleurs pas toujours facile de savoir qui fait quoi, ça n'a donc pas que des avantages. Parfois, certains Etats ont même des législations très différentes sur un sujet donné, ce qui peut poser problème. Mais au moins, ce fédéralisme oblige à respecter les pouvoirs de chacun.
Les Australiens sont également plus pragmatiques que nous, même s'ils ont eux aussi des idéologues réactionnaires (John Howard par exemple, je vous ai déjà parlé de lui ?). Par exemple, comme le rappelait le commentaire d'un de mes condisciples de l'URS, plusieurs Etats Australiens ont testé il y a quelques années le principe des peines planchers, cher à notre mini-président. Après quelques années, ils ont constaté que ce principe, non content d'annihiler la marge de manoeuvre du juge, n'avait aucun effet sur la récidive et conduisait en fait à une surpopulation carcérale, amenant en prison des gens qui auraient plutôt dû être condamnés à une amende ou à un travail d'intérêt général. Et qu'est-ce qu'on fait en Australie quand quelque chose ne marche visiblement pas ? On supprime : il n'y aujourd'hui plus aucun Etat qui pratique les peines planchers en Australie. Il faudrait peut-être le dire à notre président, non ? Encore faudrait-il trouver quelqu'un qui en ait le courage...
Ceci dit, tout n'est évidemment pas rose en Australie. Même si le nouveau gouvernement semble vouloir changer les choses, la façon dont les Australiens traitent et ont traité les immigrés (camps de rétention dans le désert, enfermements sans procès) et les Aborigènes montre que ce pays n'est pas non plus une démocratie exemplaire. Après tout, les électeurs ont constamment réélu John Howard pendant 11 ans, malgré de nombreuses entorses aux droits de l'homme commises sous son règne (tout comme les Américains ont réélu Bush).
Malgré tout, all in all, la culture démocratique de l'Australie me semble beaucoup plus saine que dans notre monarchie républicaine où un seul homme peut se croire tout permis simplement parce qu'il a été élu par une majorité de votants, dont beaucoup regrettent déjà leur geste...

L'histoire en action

Posté le 14.02.2008 par alsacedownunder
Voici une vidéo du "Sorry speech", trouvée sur Youtube :

Image ou texte alternatif



Il parle bien, hein ?

Sorry Angel...

Posté le 14.02.2008 par alsacedownunder
Je ne suis pas en Australie actuellement (j'y retourne mardi prochain), mais il fallait tout de même que je vous parle de la journée d'hier. Une journée historique, au sens le plus noble du terme. Pourquoi était-ce une journée historique ? Parce que, pour la première fois depuis l'arrivée de la First Fleet d'Arthur Phillip sur le sol Australien, un gouvernement Australien a officiellement émis des excuses pour le traitement passé des premiers habitants de ce continent, les Aborigènes. Le fameux mot a été lâché par le nouveau premier ministre, Kevin Rudd : we are sorry. Sorry. Ce tout petit mot de cinq lettres que les anglo-saxons utilisent parfois à tort et à travers, ce tout petit mot qui n'a l'air de rien et que Howard n'a jamais voulu concéder en 11 ans de pouvoir. Eh bien, ce tout petit mot qui n'a l'air de rien va permettre de tourner une nouvelle page de l'histoire du pays. Ni plus, ni moins.
Car, pour de nombreux Aborigènes, on sort enfin du déni, on reconnaît enfin leurs souffrances passées, et cette reconnaissance du passé va permettre aux blessures de cicatriser et aux Australiens d'avancer ensemble, main dans la main pour la première fois de leur histoire. Le "sorry speech" de Rudd (qu'il a écrit lui-même) n'est qu'un premier pas (first step), mais c'était la condition sine qua non pour avancer. A partir de ce premier pas, on peut construire quelque chose. Ce n'est qu'en reconnaissant les erreurs du passé que l'on peut construire un futur harmonieux. Ce n'est pas là faire acte de contrition ni de repentance. Non, il s'agit plutôt de faire preuve de courage en se regardant en face.
Les Aborigènes ne se sont pas trompés sur l'importance cruciale de ce geste. Ils sont arrivés des quatre coins du pays pour assister à ce discours. En car, en voiture, en train, voire à pied pour certains. Pour nombre d'entre eux, il s'agissait même du premier voyage vers la capitale, coeur de la démocratie Australienne. Ils ont enfin eu le sentiment d'être partie intégrante de la nation Australienne, une nation qui jusqu'au début des années 1970, s'est construite sur la "race blanche" et refusait l'immigration non européenne. Une nation qui a pratiqué la discrimination légale, une nation qui a retiré des milliers d'enfants Aborigènes à leurs parents pour les placer dans des instituts où on les forçait à s'assimiler et à oublier d'où ils venaient. On appelle ces enfants la "Stolen Generation" (génération volée). C'est aussi et surtout pour eux qu'il fallait s'excuser. Pour enfin tourner la page et avancer ensemble vers un meilleur avenir.
Pour finir, je vous poste une partie du discours de Rudd. Vous verrez que les mots sont très bien choisis :

Today we honour the indigenous peoples of this land, the oldest continuing cultures in human history.
We reflect on their past mistreatment.
We reflect in particular on the mistreatment of those who were stolen generations - this blemished chapter in our nation's history.
The time has now come for the nation to turn a new page in Australia's history by righting the wrongs of the past and so moving forward with confidence to the future.
We apologise for the laws and policies of successive parliaments and governments that have inflicted profound grief, suffering and loss on these our fellow Australians.
We apologise especially for the removal of Aboriginal and Torres Strait Islander children from their families, their communities and their country.
For the pain, suffering and hurt of these stolen generations, their descendants and for their families left behind, we say sorry.
To the mothers and the fathers, the brothers and the sisters, for the breaking up of families and communities, we say sorry.
And for the indignity and degradation thus inflicted on a proud people and a proud culture, we say sorry.

Traduction :

Aujourd'hui, nous honorons les habitants indigènes de ce pays, dépositaires des plus vieilles cultures de l'histoire humaine.
Nous nous penchons sur les mauvais traitements passés.
Nous nous penchons en particulier sur les mauvais traitements de ceux qui furent les générations volées - ce chapitre particulièrement honteux de notre histoire.
Le temps est à présent venu pour cette nation de tourner une nouvelle page dans l'histoire de l'Australie, en corrigeant les erreurs du passé et en avançant avec confiance vers le futur.
Nous nous excusons pour les lois et politiques des différents parlements et gouvernements qui ont infligé de profondes peines, souffrances et pertes à certains de nos compatriotes Australiens.
Nous nous excusons en particulier pour le retrait d'enfants Aborigènes de leurs familles, de leurs communautés, de leur pays.
Pour la douleur, la souffrance, les blessures de ces générations volées, de leurs descendants et des familles restées sur le bord du chemin, nous sommes désolés.
Aux pères et aux mères, aux frères et aux soeurs, pour la destruction de familles et de communautés entières, nous sommes désolés.
Et pour l'indignité et l'avilissement ainsi infligés à un peuple fier et à une culture riche, nous sommes désolés.

Une chose à dire en conclusion : thank you, Mr. Rudd.

Au fait, pourquoi deux Parlements ?

Posté le 17.12.2007 par alsacedownunder
C'est vrai ça, après tout, pourquoi y a-t-il deux Parlements à Canberra ?
La raison en est en fait toute simple : le premier Parlement, dont vous voyez l'entrée sur cette photo (on voit la flèche du nouveau au fond), a été construit pour être un Parlement provisoire, car le gouvernement de l'époque n'avait aucune idée du nombre d'habitants que compterait l'Australie 50 ou 100 ans plus tard. On ne savait donc pas quelle était la taille qu'il fallait donner au Parlement. Le gouvernement a donc lancé la construction d'un premier bâtiment provisoire pour parer au plus pressé. Ce bâtiment était destiné à durer 50 ans, ce qui explique que l'on n'y ait pas attaché une attention particulière au niveau de l'architecture. Pour autant, il est loin d'être moche, il a un charme tout particulier grâce notamment à sa couleur d'un blanc éclatant et à ses dimensions humaines. Je trouve même qu'il est mieux que le nouveau. On y trouve également de très beaux jardins tout autour. Cependant, une fois à l'intérieur, on comprend très vite pourquoi il a fallu en construire un autre. En effet, il est vraiment très très petit, on en fait le tour en une demi-heure, et les deux chambres (Sénat et représentants) ne semblent avoir qu'une capacité de 50 places maximum. Cela n'a pas empêché le vieux Parlement d'être utilisé pendant 61 ans (peut-être grâce à l'absentéisme des parlementaires ?), avant que sa petitesse ne finisse par devenir un problème insurmontable, ce qui a conduit à la construction du nouveau Parlement. On a d'abord voulu détruire l'ancien Parlement, mais heureusement, cette solution n'a pas été adoptée. A la place, le bâtiment est devenu un très intéressant musée sur l'histoire politique du pays.
Bref, voilà qui explique pourquoi l'Australie a deux Parlements. Décidément, ils sont obligés de ne rien faire comme les autres...sans doute est-ce dû à leur héritage anglais..

Senate.

Posté le 17.12.2007 par alsacedownunder
Ici, c'est le Sénat, rouge comme la chambre des Lords anglaise, mais un rouge différent qui rappelle les terres de l'outback Australien. Le Sénat représente les Etats qui forment la fédération, tandis que la chambre des représentants représente le peuple Australien dans son entier.
Ceci me donne l'occasion de vous parler du système politique du pays. Il s'agit d'un système là encore tout à fait unique, une sorte de mix entre le système anglais et le système américain. C'est un régime parlementaire comme en Grande-Bretagne : le chef de la majorité parlementaire est aussi le chef du gouvernement. Mais c'est aussi un régime dans lequel le Sénat ressemble beaucoup à celui des Etats-Unis : il y a le même nombre de sénateurs par Etat, peu importe sa population, et le Sénat est également aussi puissant que la chambre des représentants. Cependant, la chambre garde la main puisque c'est elle qui détermine qui est le chef du gouvernement. Il arrive assez souvent que la majorité au Sénat ne soit pas la même que celle à la chambre. C'est par exemple le cas en ce moment : le Sénat est à droite (jusqu'en juillet 2008), tandis que la chambre est à gauche. Ceci peut parfois poser des problèmes de blocage, comme en 1975 lorsque le Sénat conservateur a refusé de voter le budget du gouvernement de gauche de Gough Whitlam. Tout dépend ensuite de la nature du conflit : s'il s'agit d'une simple loi ordinaire, on peut toujours trouver un arrangement. S'il s'agit du budget, c'est plus grave, et il faut parfois envisager la dissolution du parlement et l'organisation de nouvelles élections, voire le renvoi du Premier ministre en place par le gouverneur-général, représentant de la reine. Cette procédure a été utilisée en 1975 mais reste très contestée étant donné le pouvoir immense qu'elle donne à une personne non-élue. Mais bon, en principe, si vous offrez un bon brandy au gouverneur-général et si vous lui faites des compliments sur son swing au golf, vous n'avez pas à craindre le renvoi...

La démocratie en place.

Posté le 17.12.2007 par alsacedownunder
Voici la chambre des représentants. Les sièges sont verts pour rappeler la chambre des communes anglaise, mais le vert est plus clair pour rappeler la couleur des feuilles d'eucalyptus. C'est toute l'histoire de l'Australie qui est résumée dans ce simple choix de couleurs : un lien historique avec la Grande-Bretagne, mais également des caractéristiques spécifiques et tout à fait uniques.
Dans le hall qui mène à la chambre, on trouve les portraits des anciens Premiers ministres. John Howard fait maintenant partie de cette catégorie...quant au Premier ministre actuel, son portrait est un peu à part, pour bien montrer que c'est lui le chef maintenant. Il paraît d'ailleurs, je ne sais pas si on en parle aux infos françaises, que ce cher Kevin a sauvé le sommet de Bali sur l'environnement en jouant un grand rôle dans l'assouplissement de la position des Etats-Unis. Comme quoi, parfois ça paie un changement de gouvernement...

Ruddslide...

Posté le 25.11.2007 par alsacedownunder
C'était le titre de la une de la plupart des sites webs de journaux australiens lorsque la victoire des travaillistes est apparue de façon certaine (il s'agit d'un jeu de mot entre "Rudd" et "landslide", ou raz-de-marée électoral). En effet, après deux longues heures d'attente (car les bureaux de vote de l'ouest du pays n'ont fermé que deux heures après les autres, décalage horaire oblige), les premières estimations ont clairement donné le Labor en tête, avec environ 53% des voix, contre 47% à la coalition de John Howard. L'humiliation s'ajoutant à la défaite, Howard semblait même en passe d'être le deuxième premier ministre sortant à perdre son propre siège (Bennelong), qui lui serait ravi par une ancienne journaliste, Maxine McKew, alors qu'il le détenait depuis 33 ans. En effet, les deux candidats étaient encore au coude-à-coude après dépouillement de 80% des bulletins, mais les préférences plaçaient le Labor en tête. Mais vous ne savez même pas ce que sont les préférences. Sachez qu'ici en Australie, on ne met pas simplement un bulletin avec le nom de son candidat dans l'urne. Non, on remplit un formulaire, en classant par ordre de préférence tous les candidats. Ensuite, si aucun candidat n'obtient la majorité absolue de 50%, on désigne le vainqueur en fonction des préférences. Ainsi, si un candidat a obtenu 48% et un autre 44%, celui qui a obtenu 44% peut très bien emporter le siège s'il a été désigné plus souvent deuxième que son adversaire. C'est ce qui explique que de nombreux sièges ont été remportés par le Labor même quand les libéraux avaient la majorité relative de voix. Configuration typique : prenons une circonscription dans laquelle le candidat libéral obtient 40%, le candidat travailliste 38%, et le candidat des verts 15%. Comme le deuxième choix d'un électeur vert est très souvent le candidat travailliste, le candidat du Labor a toutes les chances d'emporter le siège, même s'il a moins de voix que le candidat libéral. La configuration inverse peut également s'observer : certains sièges ont été remportés par les libéraux grâce à la présence de candidats du parti national en troisième position.
Bref, un système un poil complexe, mais la victoire du Labor reste indiscutable, son avance au niveau national étant de 6%. Les estimations lui donnent un gain de 20 à 25 sièges, ce qui représente la plus large défaite d'un gouvernement sortant depuis belle lurette. Comment expliquer cette défaite malgré un bilan du gouvernement sortant plébiscité par beaucoup d'électeurs, et un taux d'approbation de 50% pour le premier ministre ? La plupart des journaux australiens avançaient plusieurs explications ce matin : l'arrogance du premier ministre sortant, qui n'a eu de cesse de rappeler son bilan "exceptionnel" et de dire à qui voulait bien l'entendre que l'Australie n'avait jamais été aussi forte. Deuxième explication, l'incapacité de ce même Howard à esquisser une vision pour l'avenir de l'Australie : à force de ressasser son bilan, il en a oublié d'expliquer ce qu'il comptait faire pour le futur. Troisième explication : les "Workchoices", ou la réforme des relations de travail par Howard, qui a supprimé beaucoup de protections contre les licenciements injustifiés. La promesse faite par Howard en 2004 de garder les taux d'intérêt à des taux historiquement bas n'est pas non plus pour rien dans sa défaite, quand on sait qu'ils ont monté 6 fois depuis cette promesse. Le changement climatique a également beaucoup pesé dans la campagne, et tout le monde sait que Howard n'en a jamais rien eu à foutre. Il a eu 11 ans pour s'en occuper, et il n'a fait mine de découvrir le problème que maintenant, pour des raisons électoralistes. Dernière explication, l'usure du pouvoir : John Howard était là depuis trop longtemps et il n'a pas su s'arrêter à temps. Au lieu de se retirer avant ces élections, il a continué coûte que coûte tout en promettant de se retirer peu après avoir été élu, sans préciser quand. En gros, le message était : élisez-moi une dernière fois que je puisse profiter d'une retraite paisible, mais vous ne saurez pas quand je compte partir. Bref, c'est assez mal passé dans l'électorat. L'animal politique qu'est Howard a donc commis une incontestable erreur tactique, et plus la campagne avançait, plus il a semblé perdre le contact avec le pays. D'autant qu'il s'est épuisé à faire campagne dans son propre siège en danger, au lieu d'aller batailler dans les circonscriptions indécises.
Howard a concédé sa défaite aux environs de 22 heures, insistant encore une fois sur son bilan, estimant qu'il laissait à Rudd une Australie plus prospère et plus fière que jamais. Encore faut-il savoir à quoi est dûe cette prospérité : des réformes libérales de l'économie ? Elles sont essentiellement dûes aux gouvernements travaillistes des années 1980, Howard s'étant contenté de gérer les affaires courantes. Le boom minier ? Voilà une meilleure explication : avoir comme voisin la Chine, qui est en pleine croissance et qui vous achète des tonnes de charbon, ça aide pour avoir une économie prospère. Dans tous les cas, Howard ne me semble pas le principal artisan de cette prospérité "exceptionnelle", dont beaucoup d'australiens restent exclus.
Howard a terminé son discours en remerciant les australiens, qui lui avaient fait l'immense honneur d'être à la tête de ce "pays magnifique" pendant 11 ans. Un truc qui m'a frappé d'ailleurs dans les différents speechs que j'ai entendus hier soir, c'est le temps passé par les différents politiciens (surtout les conservateurs) à insister sur la place particulière et privilégiée de l'Australie : combien de fois ai-je entendu des phrases du style "this is the best country in the world", "this is the best place in the world", "we are so lucky to live here". Jusqu'à présent, je pensais que ce n'était qu'en France et aux Etats-Unis qu'on se croyait à ce point exceptionnel (le rôle de la France dans le monde, blablabla). Apparemment, en Australie aussi, du moins chez les libéraux. Sans doute n'est-ce destiné qu'à flatter l'électorat, mais bon...
Dans son speech de victoire, Kevin Rudd est resté assez consensuel. Magnanime, il a rendu hommage à son adversaire sans l'enfoncer, puis a déclaré qu'il était temps d'écrire une nouvelle page de l'histoire du pays. Il a insisté sur l'abrogation des lois sur les relations de travail de Howard, la ratification du protocole de Kyoto, et la réconciliation avec les aborigènes, autant d'issues que Howard n'a traité qu'avec le plus grand mépris pendant ses 11 années à la tête du pays. Bref, même si Rudd devra encore batailler avec un Sénat conservateur jusqu'en juillet 2008, l'Australie semble enfin repartir du bon pied. C'est une bonne nouvelle.
De quoi s'ouvrir une bonne bière pour fêter ça (ben oui, on fête pas les victoires au champagne ici).

Par contre, un truc bizarre, Rudd n'a pas dévoilé son programme en matière de soutien aux strip clubs. On sait pourtant qu'il a récemment reconnu l'importance particulière de ces endroits dans l'économie du pays...sans doute un oubli passager...

Dernière ligne droite...

Posté le 23.11.2007 par alsacedownunder
Un petit message rapide pour vous rappeler que demain, ce sont les élections fédérales en Australie, et que les protagonistes sont John Howard, représentant le camp des connards...euh, je veux dire des conservateurs, et Kevin Rudd, représentant le camp des travaillistes.
La campagne est donc terminée. Elle a été marquée par des annonces de dépenses en fanfare (60 milliards de dollars au total pour Howard, 55 pour Rudd) et de véritables campagnes de peur (fear campaigns), les libéraux dépeignant les travaillistes comme étant soumis à d'affreux syndicalistes qui ne veulent que foutre en l'air l'économie, tandis que les travaillistes accusaient les libéraux de vouloir aller encore plus loin dans la dérégulation du marché du travail et l'affaiblissement des droits des travailleurs. Deux mots fleuris, que je ne connaissais pas, auront marqué cette campagne : le premier est "pork-barreling", une expression que l'on pourrait traduire par "la tirelire est pleine", et qui sert à dénoncer l'inflation des dépenses annoncées au cours de la campagne. Le deuxième mot est "me-tooism", un mot que l'ont peut traduire par "moi-aussisme" et qui a pour but de singer le copiage des idées de l'autre camp par chacun des deux leaders, que ce soit Rudd en matière économique, ou Howard en matière de climat. Les derniers sondages prédisent une victoire écrasante pour les travaillistes, leur avance sur les conservateurs allant de 5 à 12 points selon les sondages. Autant dire que Howard est mal barré, d'autant qu'un scandale vient d'éclater dans quelques circonscriptions indécises, où les maris de deux candidates du Parti libéral ont été accusés d'avoir participé à une campagne haineuse de tracts anti-musulmans. Howard a bien sûr désavoué cette campagne, mais il n'a pas exclu les candidates, estimant qu'elles n'étaient sans doute pas au courant de ces manoeuvres. Peut-être, mais le malaise reste...
Ce qu'il faut savoir, c'est que ces élections fonctionnent selon les règles du scrutin majoritaire, et qu'il ne suffit donc pas d'avoir une majorité de voix au niveau national pour l'emporter. Exemple simple : si vous gagnez un siège avec 80% des voix et que vous avez 49% des voix dans une autre circonscription contre 51% pour l'autre camp, vous ne gagnerez qu'un seul siège sur deux, même si le total cumulé de voix vous met largement devant votre adversaire sur les deux circonscriptions cumulées. Si vous n'avez pas suivi, ce n'est pas grave, rappelez-vous le fameux théorème Shadok : "s'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème".
S'il n'y a pas de problème pour les Shadoks, il y en a toutefois un pour les travaillistes, et ils doivent y trouver une solution pour l'emporter. Ils ont besoin de gagner 16 sièges par rapport à 2004. Pour cela, ils devront avoir une avance d'au moins 4,8% sur les libéraux au niveau national (ne me demandez pas d'où sort ce chiffre, je n'en sais rien). Les libéraux l'ont d'ailleurs compris, en concentrant leurs efforts sur quelques circonscriptions indécises : ils savent qu'ils auront moins de voix au niveau national, mais ils espèrent conserver la majorité des sièges en arrachant le maximum de circonscriptions indécises (les "marginal seats" comme on dit ici). On arriverait alors à une situation comparable aux élections américaines de 2000, avec comme vainqueur celui qui a le moins de voix (paradoxal dans une démocratie).
Mais encore une fois, cela est peu probable, les sondages prédisant tous une victoire écrasante pour le Labor de Kevin Rudd, et ce depuis plusieurs mois : aucun renversement de tendance ne s'est produit pendant la campagne. Kevin Rudd a d'ailleurs profité de la dernière semaine de campagne pour renforcer son image de "good bloke" (un type avec qui on a envie de boire une bière, et vous savez combien c'est important en Australie) en acceptant une invitation à l'émission "Rove", le talk show le plus populaire du pays, tandis que Howard refusait de s'y rendre. Pour enfoncer un peu le clou, sachez que le "Sydney Morning Herald", et surtout le "Daily Telegraph" (équivalent local du Sun), journaux réputés pour leurs tendances conservatrices, se sont clairement prononcés en faveur de Kevin Rudd. Idem pour le mensuel "Monthly". C'est d'ailleurs la première fois que le "Morning Herald" se prononce pour les travaillistes aux élections générales, même s'il avait déjà soutenu des gouvernements travaillistes au niveau local. Même le quotidien national "The Australian", propriété de Rupert Murdoch et souvent qualifié de "gazette officielle du gouvernement Howard" a tourné le dos aux libéraux et soutient Kevin Rudd. C'est la première fois depuis 1972 que ce journal soutient un candidat travailliste.
Bref, reste plus qu'à attendre demain pour le verdict, et espérons que les Australiens diront enfin "So long, John" après 11 longues années...

John Howard, un Sarkozy Australien

Posté le 04.11.2007 par alsacedownunder
AVERTISSEMENT USUEL : Ceci est un post politique, donc un post chiant. Une fois encore, vous n'êtes pas obligé de lire si ça vous gonfle...

Alors que les élections du 24 novembre se rapprochent, je me suis dit qu’il pourrait être "intéressant" de vous parler un peu plus en détail du premier ministre actuel, John Howard. Ceux qui lisent régulièrement mon modeste blog ont sans doute deviné que je ne portais pas Mr. Howard dans mon coeur. En effet, sa simple apparition à la télé me donne des boutons. Sa voix, son accent, sa façon de parler, ses arguments de "bon sens" et son ton condescendant m'horripilent (regardez une vidéo de lui sur youtube et vous comprendrez). Mais surtout, il incarne tout ce que je déteste dans la politique. Comme Notre-Bien-Aimé-Président actuel Nicolas 1er, il a bâti sa carrière sur un seul mot : le cynisme, qu'il préfère appeler lui-même "pragmatisme". Evidemment, Sarkozy et Howard ne sont pas interchangeables, mais ils se ressemblent beaucoup, et c'est ce que je vais essayer de vous montrer dans cet article.
Je vous préviens tout de suite, je ne prétends pas faire un portrait objectif, je suis là en tant que spectateur, mais pas en tant que spectateur neutre, je regarde les élections australiennes avec mes sensibilités et mes idées. Je revendique donc une analyse subjective de la carrière politique du Premier ministre Australien actuel.
John Howard, donc. John Howard est né en 1939 à Sydney, il s'est inscrit au Parti libéral dès 1957 et en a rapidement gravi les échelons, jusqu'à devenir ministre de l'économie (Treasurer) dans le gouvernement Fraser à la fin des années 1970, en pleine crise de l'économie Australienne (crise qu'il n'a pas contribué à résoudre, loin s'en faut).
Mais je ne vais pas vous bassiner avec des trucs que vous pourrez trouver facilement sur wikipédia. Je préfère me cantonner à une analyse politique et me concentrer sur son bilan de Premier ministre. La devise de John Howard pourrait être celle du film de Fifty Cent : "Get rich or die tryin'", équivalent moderne de la vieille formule de François Guizot, "Enrichissez-vous" (mettre Fifty Cent et Guizot dans la même phrase, fallait le faire). En effet, comme il l'a dit lui-même encore récemment, il croit qu'une économie forte (a strong economy) est à la base de tout. Ce qu'il entend par économie forte, c'est avant tout un taux de croissance soutenu, peu importe le prix à payer. Comme Margaret Thatcher et Ronald Reagan, tout ce qui l'intéresse est de faire de l'argent, à n'importe quel prix, et les autres sujets n'occupent qu'une place secondaire. C'est là qu'on peut parler de cynisme : du moment que la croissance est là, tout baigne pour Howard. Peu importe à qui cette croissance bénéficie, peu importe que les travailleurs pauvres (les "working families") et les aborigènes voient leur sort s'améliorer ou non, peu importe que les inégalités se creusent : si les chiffres sont là, tout va. Travailler plus pour gagner plus ? Un slogan que Nicolas Sarkozy pourrait bien avoir piqué à John Howard, lui qui justifie également ses baisses d'impôt par le fameux "les travailleurs ne doivent pas être privés du revenu de leurs efforts". Sauf que ses baisses d'impôt, comme celles de Sarkozy, profitent avant tout aux riches. Ainsi, malgré la bonne santé apparente de l'économie, nombre d'Australiens moyens se plaignent de la stagnation de leur pouvoir d'achat et de l'endettement qui les frappe : loin de voir leurs revenus augmenter, les Australiens vivent de plus en plus à crédit. Flambée de l'immobilier et du crédit indiquent que l'économie est en surchauffe malsaine. Mais les chiffres officiels restent bons, donc pourquoi s'en préoccuper ?
Ce focus exagéré sur l'économie explique également le peu de considération de John Howard pour l'environnement (refus de signer le protocole de Kyoto), ainsi que pour les programmes sociaux et éducatifs laissés par les précédents gouvernements (qu'il s'est acharné à démanteler dès son arrivée). C'est vrai quoi, l'environnement et l'éducation, c'est coûteux, ça ne rapporte rien, ça ne se mesure pas avec des chiffres. Donc, on oublie.
Cynisme économique donc, mais aussi cynisme en matière de politique étrangère : peu importe qu'il n'y ait aucune raison valable pour faire la guerre en Irak, peu importe que les armes de destruction massives n'existent pas, peu importe que l'opinion publique n'approuve pas la guerre, il ne faut surtout pas contrarier l'allié Américain.
Par contre, lorsqu'il s'agit des bas instincts de cette même opinion publique, le principe est de ne jamais s'y opposer frontalement : c'est hasardeux et ça n'apporte rien en termes de résultats électoraus. Cynisme, encore et toujours. Ainsi, peu après sa première victoire électorale, lorsque Pauline Hanson (une Le Pen locale qui était alors en pleine ascension) provoquait un scandale en s'en prenant aux immigrés asiatiques, John Howard sera le seul leader politique d'envergure à ne pas condamner ses propos. Il se réjouira même qu'on en ait fini avec le "politiquement correct" et dira que ce qu'elle a dit reflétait simplement les sentiments d'une partie de la population. De même, pour justifier l'arrêt du processus de réconciliation avec les aborigènes, Howard le qualifiera d'élitiste, éloigné des problèmes des gens (ou plus exactement de ses électeurs) et n'intéressant pas l'électeur moyen. Idem pour ce qui est de transformer l'Australie en République : là encore, il joue le bon sens du peuple contre les technocrates républicains élitistes. Ce mépris pour l'intellectualisme et les débats théoriques est au coeur de la politique de John Howard. On le voit encore après le 11 septembre, où il justifie les lois anti-terroristes par le sentiment du public : si l'opinion le veut, on peut fragiliser les droits de l'homme, quoi qu'en pensent les professeurs d'université tatillons et autres esprits chagrins. Et l'ONU n'a rien à dire : à chaque fois que l'Australie se fait épingler par la commission des droits de l'homme de l'ONU, Howard répond qu'il s'agit là d'une ingérence étrangère inacceptable dans les affaires Australiennes. Un peu comme quand Sarkozy reproche au Conseil de l'Europe de brocarder les prisons françaises. Contester la légitimité d'une critique parce qu'elle vient d'un organisme extérieur, voilà un bon moyen de balayer cette critique sans avoir à répondre sur le fond.
Howard est également un expert dans l'art de dire tout et son contraire pour gagner une élection. En 1993, alors que la victoire semble promise aux libéraux, le Parti travailliste gagne les élections grâce au rejet par l'électorat d'une proposition phare du camp conservateur : la GST (goods and services tax), une sorte de TVA sur les biens et services. En 1996, Howard en tire les leçons et déclare que l'idée est abandonnée et qu'il n'introduira pas la GST s'il est élu, insistant qu'il ne le ferait "jamais de la vie" (never ever). Pourtant, il la fera voter quelques années plus tard, ce retournement de veste spectaculaire manquant d'ailleurs de lui coûter les élections de 1998, qu'il ne gagne que d'un cheveu. Un scénario qui ne manque pas de renforcer le parallèle avec ce cher Sarkozy, lequel déclarait il y a quelques années que l'Etat garderait 70% de Gaz de France, avant d'approuver la privatisation lancée par le gouvernement Villepin auquel il appartenait.
Au cours de ses 11 années passées à la tête du pays, Howard a écrasé la politique Australienne et phagocyté les débats comme peu d'hommes politiques avant lui. Comme Sarkozy, on l'adore ou on le déteste, mais il ne laisse personne indifférent. Tout passe par lui, tout se fait par rapport à lui. S'il est fort probable qu'il succombe aux prochaines élections, le howardisme ne disparaîtra pas pour autant de la politique Australienne. Il est encore bien ancré dans les têtes des Australiens. Même le leader de l'opposition, Kevin Rudd, n'ose pas remettre fondamentalement en cause son bilan économique et promet une continuité en la matière. Sans doute est-il tétanisé par les sondages qui plébiscitent le bilan économique du gouvernement. De plus, il a sans doute retenu la leçon des dernières élections, au cours desquelles le Parti travailliste était perçu comme trop radical et trop à gauche en matière économique, ce qui a assuré une victoire facile à Howard malgré l'impopularité de la guerre en Irak.
Que conclure de tout cela ? Que Howard va laisser derrière lui un pays apparemment en bonne santé mais anesthésié, où le cynisme, l'égoïsme et la culture du résultat ont été érigées en valeurs suprêmes, au détriment du vivre ensemble et de valeurs que l'on pourrait qualifier d'humanistes (droits de l'homme, réconciliation avec les aborigènes, environnement, éducation, santé). Même s'il perd les prochaines élections, John Howard hantera encore longtemps le paysage politique Australien...
Et ça me fait mal au cul de penser que la même chose est en train d'arriver, avec dix ans de retard en France. On dit souvent, de manière très simpliste, que les Anglo-saxons et les Français sont culturellement très différents, que les Français n'aiment pas l'argent ni les riches, alors que les Anglo-saxons n'ont eux aucun scrupule à s'enrichir. Pourtant, ce sont les Anglais qui ont inventé le "welfare-State" (Etat-providence moderne) avec Beveridge (même si Thatcher s'est chargée de le démanteler ensuite). Et en France, c'est le candidat du "travailler plus pour gagner plus", le candidat de Johnny et des vacances à Malte qui a été élu. La vérité, c'est que la droite est revenue en force depuis les années 1980 et qu'elle a gagné la bataille idéologique, en France comme en Australie.
Et comme en France, on fait tout avec 10 ans de retard, on vient d'élire Sarkozy alors que Bush aux Etats-Unis et Howard en Australie seront bientôt de l'histoire ancienne.
Espérons au moins que Sarkozy ne restera pas aussi longtemps que Howard au pouvoir...
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