Voilà quasiment un mois jour pour jour que j'ai quitté la belle Australie pour retrouver la France, tel un mari infidèle qui retourne piteusement au bercail après un an d'escapade. Le timing est donc parfait pour vous poster enfin ce billet de conclusion que je vous avais promis. Qu'est-ce que ça fait de vivre un an la tête en bas ? Comment les Australiens survivent-ils au milieu de la Vegemite et des Drop Bears ? Comment ressortir vivant d'un restaurant du quartier Chinois de Sydney ? Comment font les Australiennes pour ne pas se choper de cancers de la peau quand on voit le peu de vêtements qu'elles portent pour sortir ? Autant de questions hautement philosophiques qui vous brûlent certainement les lèvres et qui trouveront enfin leur réponse dans ce billet...ou pas. C'est parti.
1) Le saut vers l'inconnu.
Première question qu'on peut se poser : comment gérer l'arrivée dans un pays inconnu où l'on ne connaît absolument personne ? Première réponse : ne pas s'en faire une montagne, prendre les choses étape par étape, ne pas se prendre la tête. Si je m'étais dit dès le départ "putain, je vais partir au bout du monde, c'est énorme", je ne serais jamais parti. Deuxième réponse : choisir l'Australie comme destination ! Sérieusement, le seul moment où je me suis senti un peu perdu était la première heure après mon arrivée, quand je suis arrivé en avance à mon rendez-vous pour l'appart' et que personne ne répondait à mes coups de sonnette. Mais une fois que la proprio m'a ouvert et que j'ai eu un endroit pour dormir (un deal conclu en 2 minutes chrono), tout s'est passé comme dans du beurre non enduit de Vegemite : sans aucun problème. En grande partie parce que les autochtones vous rendent vraiment la vie facile. Je ne sais pas si c'est parce que je suis habitué à la morosité Française que j'ai trouvé les Australiens si charmants, mais je peux vous dire que de voir tout le monde vous sourire et vous dire "how are you" quand vous entrez dans un magasin, ça vous met tout de suite à l'aise. En quelques semaines, j'avais fait la connaissance de la plupart des commerçants du quartier et ils me traitaient déjà comme un habitué. Les Australiens aiment faire la conversation, ils sont curieux de savoir d'où vous venez, ce que vous êtes venus faire chez eux et si c'est vrai qu'en France, on a le plus petit président au monde. Bref, ce sont des gens qui aiment vous faire sentir que vous êtes bienvenu dans leur beau pays, des gens avec qui on a envie de boire une bonne bière, le meilleur des rafraîchissements face au chaud soleil Australien...
Mais bon, même en Australie, on ne peut pas passer son temps à boire ou à flâner, il faut bien travailler un peu aussi...
2) La fac.
Là encore, aucun problème d'adaptation. L'administration est nickel, rien à voir avec la France. Par exemple, lorsque les résultats sont annoncés pour le 16 juillet, ils ne sont pas diffusés l'après-midi du 16, ni même le matin à 7 heures : non, ils sont diffusés dès minuit pile sur Internet. Rien à redire à ce niveau là.
Quant aux cours, il y en a moins qu'en France, mais il faut les préparer sérieusement. Pas de cours magistraux comme chez nous avec un prof qui arrive en mode "pilote automatique" et qui déclame son cours tel un robot pendant une heure sans interruption, sans reprendre son souffle et sans un regard pour les étudiants massés devant lui qui se tuent à noter la moindre de ses paroles, à la virgule près. En Australie, les cours se déroulent plutôt en comité restreint, avec une vingtaine d'étudiants et un prof qui ne fait pas vraiment un cours mais qui tente plutôt d'engager un débat avec la salle. Et il faut se mettre au diapason des étudiants Australiens, lesquels participent tous avidement. Rien à voir avec la France où 95% des étudiants dorment pendant que deux ou trois étranges individus (qu'on ne peut qualifier que de marginaux) s'adonnent à une activité des plus incongrues : répondre aux questions du chargé de TD.
Bref, le système Australien, du moins dans les cours auxquels j'ai assistés, me semble beaucoup plus convivial. Les étudiants ne sont pas spectateurs du cours, on attend d'eux qu'ils soient acteurs. L'accent est donc largement mis sur l'oral : par exemple, j'ai fait 6 exposés en un an en Australie, alors que j'ai dû en faire deux en 4 ans à la fac de Strasbourg. Enfin, autre point positif, le fait de ne pas avoir d'examens écrits mais d'être évalué sur un travail à la maison portant sur un sujet que vous choisissez vous évite d'avoir à apprendre le cours par coeur : vous pouvez vous concentrer sur un sujet particulier et l'étudier bien à fond, ce qui évite d'avoir à prendre des notes sur tous les aspects du cours...qui s'en plaindra ?
3) La ville.
Non seulement j'ai eu la chance de vivre cette année dans un pays magnifique, mais en plus, j'ai atterri dans la ville la plus excitante et la plus chargée d'histoire dudit pays : Sydney. Alors, déjà, il y a le fameux Port Jackson, avec Harbour Bridge et l'Opéra, merveille d'architecture et symbole incontesté de la ville. Mais comme si ça ne suffisait pas, Sydney regorge de bâtiments anciens qui se mélangent plus ou moins harmonieusement avec les gratte-ciels modernes qui s'en vont piquer le cul du ciel. Le mix entre les deux peut paraître assez surprenant au début, d'autant qu'on voit que rien n'a vraiment été planifié, mais ça donne un résultat intéressant qu'on pourrait qualifier de "joyeux bordel".
Il est en tout cas impossible de s'ennuyer à Sydney. Une fois fait le tour de la baie, le visiteur peut s'égarer dans les magnifiques Jardins botaniques que l'on trouve près de l'Opéra, ou bien flâner dans le quartier des Rocks, le plus vieux quartier de Sydney. Et si ça ne lui suffit pas, il reste de nombreux endroits à explorer : la baie de Darling Harbour et ses bars, Hyde Park et la St. Mary's cathedral, Martin Place et le parlement, le Queen Victoria Building, le Town Hall, la National Gallery, l'aquarium, le zoo...les attractions ne manquent pas. Quant à ceux qui préfèrent le surf, il y a évidemment les plages de Sydney : Bondi, Bronte, Coogee, Manly. Et pour ceux qui comme moi sont allergiques à l'eau salée, il y a toujours de belles marches et des rencontres intéressantes à y faire.
4) Les filles.
Sujet épineux que voilà...les filles. Alors, qu'est-ce qui différencie une Australienne d'une Française, en-dehors du fait que les Aussie girls ne savent pas s'habiller ? Eh bien, à l'instar de leurs compatriotes masculins, les Australiennes sont très sympas, ouvertes et chau...pardon, chaleureuses. Par exemple, lors de ma visite de Newcastle, je me suis fait aborder par une charmante jeune fille qui avait remarqué mon air de touriste et qui s'est montrée très intéressée par mon parcours et la raison pour laquelle j'avais échoué ici. On a discuté pendant bien une heure alors que je ne la connaissais ni d'Eve ni d'Adam...
Au niveau de la garde-robe, comme je l'ai déjà laissé entendre, les Australiennes n'ont qu'une notion très vague de la mode et de l'élégance. Pour tout dire, même si elles mettent parfois des marques, elles s'habillent un peu n'importe comment (surtout quand elles sont d'origine asiatique). L'avantage, c'est que les tenues qu'elles portent sont souvent assez (voire très) légères, y compris en hiver. Ce qui fait que même si leurs habits sont moches, on peut toujours admirer leurs jolies jambes...
5) Le pays.
Il n'y a pas que Sydney en Australie, il y a tant d'endroits à voir et de choses à faire qu'une année est largement insuffisante pour en faire le tour (sauf si on n'a rien d'autre à foutre). Mais bon, un an m'a quand même suffi pour bien visiter les environs de Sydney, faire un tour en Tasmanie, voir la barrière de corail, crécher à Melbourne, me perdre dans Alice Springs et m'épuiser à Uluru. Dit comme ça, ça fait pas très impressionnant, mais je peux vous assurer que j'ai beaucoup apprécié les endroits visités. Hormis l'auberge de jeunesse d'Alice Springs et ses employés incompétents, il n'y a jamais eu aucun reproche à faire sur l'accueil et le service. Les gens sont sympas partout en Australie, pas seulement à Sydney.
Mais évidemment, je n'ai pas visité tous ces endroits uniquement pour apprécier le sourire des habitant(e)s. Le pays a beaucoup plus que cela à offrir : j'y ai trouvé une grande métropole à l'Européenne à Melbourne, du brouillard dans les Blue Mountains, une féérie de vie aquatique dans la barrière de corail, une île tranquille comme la Tasmanie où l'on ne crève pas de chaud comme sur le reste du continent, une nature superbe et des kangourous en liberté à Alice Springs, et des rochers à Uluru. Aucune destination n'aura été décevante, aucune partie du voyage n'aura été superflue et la seule chose que je regrette, c'est que mon budget ne m'ait pas permis d'en faire plus. Et puis c'est la faute de Sydney aussi : on y est tellement bien qu'on a du mal à s'en arracher, même si c'est pour voir une course de chameaux et une rivière desséchée à Alice Springs...
6) Les valeurs nationales.
Elles se résument assez rapidement : bière, no worries, fair go, Vegemite, sport. Mais une explication plus en détail s'impose :
-La bière, je vous en ai suffisamment parlé, et il faut avouer que les Australiens sont servis à ce niveau là : il existe de nombreuses variétés, et certaines vont vraiment me manquer (comme la Victoria Bitter, la Crown Lager ou la délicieuse Cascade).
-Le "no worries", même s'il faut le relativiser, c'est ce qui symbolise l'esprit relax des Aussies, lesquels sont capables d'aller faire un petit surf tranquille avant d'aller au boulot (qu'ils finissent généralement à 17h, ces fainéants).
-Le "fair go", c'est une autre expression qui est l'équivalent de l'égalité des chances chez nous : en Australie, on donne une chance à chacun, et si vous faites vos preuves, il n'y a pas de raison que vous ne réussissiez pas. Du moins, ça c'est la théorie, ça marche mieux si vous êtes blanc et que vous n'avez pas d'accent chinois ou indien...
-La Vegemite, vous avez beau la retourner dans tous les sens, c'est de la merde, de la merde et encore de la merde. Ceci dit, ça marche bien dans les sauces et pour repousser les Drop Bears, mais je n'y ai pas trouvé d'autre utilisation...
-Le sport, c'est une partie importante de la vie en Australie, plus que dans n'importe quel autre pays. Les soirs de match, la vie s'arrête. Football, foot Australien, basket, athlétisme, rugby à XIII, rugby à XV, cyclisme, course de chevaux, course de chameaux, rallye des ancêtres à roulettes...même le sport le plus naze va immanquablement intéresser un Australien, surtout s'il peut parier dessus (autre "sport" national). Ainsi, j'ai vu un stade surchauffé de 70000 personnes toutes vêtues de jaune pour aller voir un bête match de foot entre l'Australie et la Chine...c'est dire la passion des Aussies pour tout ce qui sue et transpire...
Pour le reste, il n'existe pas en Australie de religion de la politique comme en France : les Australiens n'ont pas autant l'habitude que les Français de disserter la politique du gouvernement à chaque repas. Mais ils ont quand même eu l'intelligence d'élire Kevin Rudd en 2007, alors qu'en France, l'horreur politique venait à peine de se produire (je parle bien sûr de la lecture de la lettre de Guy Môquet aux joueurs du XV de France par le futur secrétaire d'Etat aux sports de notre mini-président).
7) Le bilan.
Voilà, c'est à peu près tout pour ce billet de conclusion, qui vient clôturer une année formidable sur tous les plans. Élections législatives, coupe du Monde de rugby, spectacles à l'Opéra, initiation à la Vegemite, visites mal planifiées mais à l'issue heureuse, attaques de Drop Bears en rase-mottes, j'aurai vécu beaucoup de choses plus ou moins enrichissantes au bout du monde. Une chose est sûre, je ne regrette absolument pas l'expérience, partir là-bas est certainement la meilleure décision qu'il m'ait été donnée de prendre de toute ma vie (avec la décision de ne pas voter pour le mini-candidat de la droite en 2007, dont le nom m'échappe pour une raison inexplicable).
Bref, c'était une belle, une grande année, et comme le dit cette fameuse chanson Australienne, malgré mon départ, "I still call Australia home", même si je n'y étais que pendant un an...est-ce suffisant pour se sentir appartenir à un pays ? Quand ce pays s'appelle l'Australie et qu'on y a été accueilli comme un roi, je pense que oui...la France reste mon pays, mais l'Australie est un peu devenue ma seconde patrie.
Je vais en tout cas garder un oeil sur le Lucky Country et ce qui s'y passe : comme je l'avais dit dans le précédent billet, le blog va continuer. A défaut de ne plus pouvoir jouer les reporters sur place, je vais donc faire comme tout journaliste d'investigation moderne qui se respecte : poster des articles de chez moi en me servant d'Internet...
A bientôt donc pour des nouvelles en provenance de mon salon sur le pays des kangourous ! C'est au moins aussi alléchant qu'un pot de Vegemite, non ?