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alsacedownunder
Description du blog :
L'Alsace au 36ème dessous : bienvenue sur le blog d'un étudiant strasbourgeois parti un an à Sydney.
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
22.07.2007
Dernière mise à jour :
24.07.2008
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C'est une autre culture...

C'est une autre culture...

Posté le 02.03.2008 par alsacedownunder
Suivant en cela plusieurs suggestions qui m'ont été faites (notamment par ma chère mère), je vais vous parler un peu de la culture politique et juridique de l'Australie, notamment pour vous montrer en quoi elle diffère fondamentalement de la France sur certains points (et non des moindres).
D'abord, vous le savez, ici le chef d'Etat n'est pas élu et n'a aucun pouvoir, puisqu'il s'agit de la reine d'Angleterre. Vous savez déjà ce que je pense de l'incongruité de cette situation ubuesque, mais elle a tout de même des avantages. Il n'y a en effet pas de conflits au sommet de l'exécutif, on sait clairement qui est détenteur du pouvoir (le premier ministre), tandis qu'en France, les conflits entre le premier ministre et le président sont permanents. Surtout, en France, comme le président est élu directement par le peuple, il en profite pour s'accaparer tout le pouvoir et se croire tout permis. On le voit bien actuellement chez nous, où la droite accuse l'opposition de remettre en cause la démocratie quand elle critique le président. Parce qu'il a été élu avec 53% des voix, on n'a plus le droit de rien dire sur lui pendant 5 ans : voilà ce qu'est la démocratie selon une partie de la classe politique française.
Ici, les Australiens ont beaucoup mieux compris ce qu'était la démocratie. La démocratie, c'est avant tout le débat, la confrontation des idées, la pluralité des opinions, la critique du pouvoir. Celle-ci n'est jamais considérée comme illégitime, elle fait partie intégrante de la vie politique, alors qu'elle est toujours vue comme suspecte en France. Chez nous, on accuse l'opposition de ne faire que critiquer, alors qu'ici, on s'étonne quand l'opposition ne s'oppose pas (car c'est là son premier rôle). Ici, on ne fait pas d'ouverture parce qu'on sait qu'une démocratie a besoin d'une majorité et d'une opposition clairement définies. Certes, il arrive que l'on fasse du bipartisanisme sur certains sujets fondamentaux (c'est-à-dire que le gouvernement associe l'opposition au règlement d'un problème donné) : par exemple, Rudd a proposé aux libéraux de participer à l'oeuvre de réconciliation avec les Aborigènes, mais ceci n'a rien d'étonnant puisque c'est un sujet qui concerne toute la nation. A l'inverse, pour les autres sujets, le gouvernement décide seul, avec sa majorité, et met en oeuvre ce qu'il a promis pendant la campagne. Il ne serait pas venu à l'idée de Rudd de débaucher individuellement des personnalités du Parti libéral après les avoir combattues avant les élections.
Autre différence fondamentale entre nos deux pays, le respect de l'Etat de droit ("rule of law" en anglais). En France, dans notre régime bonapartiste qui pue du slip, le président est au-dessus de tout et peut se permettre de dire publiquement qu'il veut contourner une décision du Conseil Constitutionnel sans être désavoué par la population. Le Conseil Constitutionnel est pourtant censé être l'organe de contrôle de notre texte fondamental, la Constitution de 1958, tandis que le président est censé en être le gardien. Je peux vous garantir qu'ici, si le premier ministre s'avisait de n'émettre ne serait-ce que l'idée de contourner une décision de la Haute Cour d'Australie (High Court of Australia, je vous ai mis la photo), il serait victime d'une motion de censure sur le champ, et la population descendrait en masse dans les rues pour dénoncer ce coup de force. Mais en France, non, les sondages donnent même raison au président, qui ne veut que protéger sa population des méchants juges gauchistes. Ce mépris des juges et de l'Etat de droit qui est très ancré en France, on ne le retrouve absolument pas en Australie (tout comme on ne le retrouve pas aux Etats-Unis, que nous nous plaisons pourtant tellement à critiquer). D'ailleurs, quand j'ai raconté l'histoire de notre mini-président qui faisait son caprice face au Conseil Constitutionnel, mes camarades Australiens ont eu du mal à me croire et m'ont demandé si on n'avait pas mis le président en prison pour ça ! Quand je leur ai répondu "non", ils m'ont regardé avec de gros yeux...
Je passe rapidement sur d'autres aspects de notre régime, comme le mépris du parlement ou l'article 16 de la Constitution, autant de choses qui sont inconcevables ici dans le régime parlementaire Australien. Notons également que l'Australie est un pays de "common law", c'est-à-dire que les juges et la jurisprudence jouent un rôle au moins aussi important que les lois. Très différent de la France, où le droit est essentiellement écrit (code civil, code pénal), et où les juges ne sont pas censés interpréter la loi de manière trop extensive. Autre différence, l'Australie est une fédération où les Etats gardent un pouvoir important, tandis que la France est un pays très centralisé. En France, quand il y a un problème, on considère qu'il faut voter une loi à Paris. En Australie, il faut d'abord faire la part des choses entre les différents échelons avant de déterminer qui a la compétence et qui est le mieux placé pour faire face à la situation. Ce n'est d'ailleurs pas toujours facile de savoir qui fait quoi, ça n'a donc pas que des avantages. Parfois, certains Etats ont même des législations très différentes sur un sujet donné, ce qui peut poser problème. Mais au moins, ce fédéralisme oblige à respecter les pouvoirs de chacun.
Les Australiens sont également plus pragmatiques que nous, même s'ils ont eux aussi des idéologues réactionnaires (John Howard par exemple, je vous ai déjà parlé de lui ?). Par exemple, comme le rappelait le commentaire d'un de mes condisciples de l'URS, plusieurs Etats Australiens ont testé il y a quelques années le principe des peines planchers, cher à notre mini-président. Après quelques années, ils ont constaté que ce principe, non content d'annihiler la marge de manoeuvre du juge, n'avait aucun effet sur la récidive et conduisait en fait à une surpopulation carcérale, amenant en prison des gens qui auraient plutôt dû être condamnés à une amende ou à un travail d'intérêt général. Et qu'est-ce qu'on fait en Australie quand quelque chose ne marche visiblement pas ? On supprime : il n'y aujourd'hui plus aucun Etat qui pratique les peines planchers en Australie. Il faudrait peut-être le dire à notre président, non ? Encore faudrait-il trouver quelqu'un qui en ait le courage...
Ceci dit, tout n'est évidemment pas rose en Australie. Même si le nouveau gouvernement semble vouloir changer les choses, la façon dont les Australiens traitent et ont traité les immigrés (camps de rétention dans le désert, enfermements sans procès) et les Aborigènes montre que ce pays n'est pas non plus une démocratie exemplaire. Après tout, les électeurs ont constamment réélu John Howard pendant 11 ans, malgré de nombreuses entorses aux droits de l'homme commises sous son règne (tout comme les Américains ont réélu Bush).
Malgré tout, all in all, la culture démocratique de l'Australie me semble beaucoup plus saine que dans notre monarchie républicaine où un seul homme peut se croire tout permis simplement parce qu'il a été élu par une majorité de votants, dont beaucoup regrettent déjà leur geste...



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