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Nom du blog :
alsacedownunder
Description du blog :
L'Alsace au 36ème dessous : bienvenue sur le blog d'un étudiant strasbourgeois parti un an à Sydney.
Catégorie :
Blog Journal intime
Date de création :
22.07.2007
Dernière mise à jour :
23.10.2008

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John Howard, un Sarkozy Australien

John Howard, un Sarkozy Australien

Publié le 04/11/2007 à 12:00 par alsacedownunder
John Howard, un Sarkozy Australien
AVERTISSEMENT USUEL : Ceci est un post politique, donc un post chiant. Une fois encore, vous n'êtes pas obligé de lire si ça vous gonfle...

Alors que les élections du 24 novembre se rapprochent, je me suis dit qu’il pourrait être "intéressant" de vous parler un peu plus en détail du premier ministre actuel, John Howard. Ceux qui lisent régulièrement mon modeste blog ont sans doute deviné que je ne portais pas Mr. Howard dans mon coeur. En effet, sa simple apparition à la télé me donne des boutons. Sa voix, son accent, sa façon de parler, ses arguments de "bon sens" et son ton condescendant m'horripilent (regardez une vidéo de lui sur youtube et vous comprendrez). Mais surtout, il incarne tout ce que je déteste dans la politique. Comme Notre-Bien-Aimé-Président actuel Nicolas 1er, il a bâti sa carrière sur un seul mot : le cynisme, qu'il préfère appeler lui-même "pragmatisme". Evidemment, Sarkozy et Howard ne sont pas interchangeables, mais ils se ressemblent beaucoup, et c'est ce que je vais essayer de vous montrer dans cet article.
Je vous préviens tout de suite, je ne prétends pas faire un portrait objectif, je suis là en tant que spectateur, mais pas en tant que spectateur neutre, je regarde les élections australiennes avec mes sensibilités et mes idées. Je revendique donc une analyse subjective de la carrière politique du Premier ministre Australien actuel.
John Howard, donc. John Howard est né en 1939 à Sydney, il s'est inscrit au Parti libéral dès 1957 et en a rapidement gravi les échelons, jusqu'à devenir ministre de l'économie (Treasurer) dans le gouvernement Fraser à la fin des années 1970, en pleine crise de l'économie Australienne (crise qu'il n'a pas contribué à résoudre, loin s'en faut).
Mais je ne vais pas vous bassiner avec des trucs que vous pourrez trouver facilement sur wikipédia. Je préfère me cantonner à une analyse politique et me concentrer sur son bilan de Premier ministre. La devise de John Howard pourrait être celle du film de Fifty Cent : "Get rich or die tryin'", équivalent moderne de la vieille formule de François Guizot, "Enrichissez-vous" (mettre Fifty Cent et Guizot dans la même phrase, fallait le faire). En effet, comme il l'a dit lui-même encore récemment, il croit qu'une économie forte (a strong economy) est à la base de tout. Ce qu'il entend par économie forte, c'est avant tout un taux de croissance soutenu, peu importe le prix à payer. Comme Margaret Thatcher et Ronald Reagan, tout ce qui l'intéresse est de faire de l'argent, à n'importe quel prix, et les autres sujets n'occupent qu'une place secondaire. C'est là qu'on peut parler de cynisme : du moment que la croissance est là, tout baigne pour Howard. Peu importe à qui cette croissance bénéficie, peu importe que les travailleurs pauvres (les "working families") et les aborigènes voient leur sort s'améliorer ou non, peu importe que les inégalités se creusent : si les chiffres sont là, tout va. Travailler plus pour gagner plus ? Un slogan que Nicolas Sarkozy pourrait bien avoir piqué à John Howard, lui qui justifie également ses baisses d'impôt par le fameux "les travailleurs ne doivent pas être privés du revenu de leurs efforts". Sauf que ses baisses d'impôt, comme celles de Sarkozy, profitent avant tout aux riches. Ainsi, malgré la bonne santé apparente de l'économie, nombre d'Australiens moyens se plaignent de la stagnation de leur pouvoir d'achat et de l'endettement qui les frappe : loin de voir leurs revenus augmenter, les Australiens vivent de plus en plus à crédit. Flambée de l'immobilier et du crédit indiquent que l'économie est en surchauffe malsaine. Mais les chiffres officiels restent bons, donc pourquoi s'en préoccuper ?
Ce focus exagéré sur l'économie explique également le peu de considération de John Howard pour l'environnement (refus de signer le protocole de Kyoto), ainsi que pour les programmes sociaux et éducatifs laissés par les précédents gouvernements (qu'il s'est acharné à démanteler dès son arrivée). C'est vrai quoi, l'environnement et l'éducation, c'est coûteux, ça ne rapporte rien, ça ne se mesure pas avec des chiffres. Donc, on oublie.
Cynisme économique donc, mais aussi cynisme en matière de politique étrangère : peu importe qu'il n'y ait aucune raison valable pour faire la guerre en Irak, peu importe que les armes de destruction massives n'existent pas, peu importe que l'opinion publique n'approuve pas la guerre, il ne faut surtout pas contrarier l'allié Américain.
Par contre, lorsqu'il s'agit des bas instincts de cette même opinion publique, le principe est de ne jamais s'y opposer frontalement : c'est hasardeux et ça n'apporte rien en termes de résultats électoraus. Cynisme, encore et toujours. Ainsi, peu après sa première victoire électorale, lorsque Pauline Hanson (une Le Pen locale qui était alors en pleine ascension) provoquait un scandale en s'en prenant aux immigrés asiatiques, John Howard sera le seul leader politique d'envergure à ne pas condamner ses propos. Il se réjouira même qu'on en ait fini avec le "politiquement correct" et dira que ce qu'elle a dit reflétait simplement les sentiments d'une partie de la population. De même, pour justifier l'arrêt du processus de réconciliation avec les aborigènes, Howard le qualifiera d'élitiste, éloigné des problèmes des gens (ou plus exactement de ses électeurs) et n'intéressant pas l'électeur moyen. Idem pour ce qui est de transformer l'Australie en République : là encore, il joue le bon sens du peuple contre les technocrates républicains élitistes. Ce mépris pour l'intellectualisme et les débats théoriques est au coeur de la politique de John Howard. On le voit encore après le 11 septembre, où il justifie les lois anti-terroristes par le sentiment du public : si l'opinion le veut, on peut fragiliser les droits de l'homme, quoi qu'en pensent les professeurs d'université tatillons et autres esprits chagrins. Et l'ONU n'a rien à dire : à chaque fois que l'Australie se fait épingler par la commission des droits de l'homme de l'ONU, Howard répond qu'il s'agit là d'une ingérence étrangère inacceptable dans les affaires Australiennes. Un peu comme quand Sarkozy reproche au Conseil de l'Europe de brocarder les prisons françaises. Contester la légitimité d'une critique parce qu'elle vient d'un organisme extérieur, voilà un bon moyen de balayer cette critique sans avoir à répondre sur le fond.
Howard est également un expert dans l'art de dire tout et son contraire pour gagner une élection. En 1993, alors que la victoire semble promise aux libéraux, le Parti travailliste gagne les élections grâce au rejet par l'électorat d'une proposition phare du camp conservateur : la GST (goods and services tax), une sorte de TVA sur les biens et services. En 1996, Howard en tire les leçons et déclare que l'idée est abandonnée et qu'il n'introduira pas la GST s'il est élu, insistant qu'il ne le ferait "jamais de la vie" (never ever). Pourtant, il la fera voter quelques années plus tard, ce retournement de veste spectaculaire manquant d'ailleurs de lui coûter les élections de 1998, qu'il ne gagne que d'un cheveu. Un scénario qui ne manque pas de renforcer le parallèle avec ce cher Sarkozy, lequel déclarait il y a quelques années que l'Etat garderait 70% de Gaz de France, avant d'approuver la privatisation lancée par le gouvernement Villepin auquel il appartenait.
Au cours de ses 11 années passées à la tête du pays, Howard a écrasé la politique Australienne et phagocyté les débats comme peu d'hommes politiques avant lui. Comme Sarkozy, on l'adore ou on le déteste, mais il ne laisse personne indifférent. Tout passe par lui, tout se fait par rapport à lui. S'il est fort probable qu'il succombe aux prochaines élections, le howardisme ne disparaîtra pas pour autant de la politique Australienne. Il est encore bien ancré dans les têtes des Australiens. Même le leader de l'opposition, Kevin Rudd, n'ose pas remettre fondamentalement en cause son bilan économique et promet une continuité en la matière. Sans doute est-il tétanisé par les sondages qui plébiscitent le bilan économique du gouvernement. De plus, il a sans doute retenu la leçon des dernières élections, au cours desquelles le Parti travailliste était perçu comme trop radical et trop à gauche en matière économique, ce qui a assuré une victoire facile à Howard malgré l'impopularité de la guerre en Irak.
Que conclure de tout cela ? Que Howard va laisser derrière lui un pays apparemment en bonne santé mais anesthésié, où le cynisme, l'égoïsme et la culture du résultat ont été érigées en valeurs suprêmes, au détriment du vivre ensemble et de valeurs que l'on pourrait qualifier d'humanistes (droits de l'homme, réconciliation avec les aborigènes, environnement, éducation, santé). Même s'il perd les prochaines élections, John Howard hantera encore longtemps le paysage politique Australien...
Et ça me fait mal au cul de penser que la même chose est en train d'arriver, avec dix ans de retard en France. On dit souvent, de manière très simpliste, que les Anglo-saxons et les Français sont culturellement très différents, que les Français n'aiment pas l'argent ni les riches, alors que les Anglo-saxons n'ont eux aucun scrupule à s'enrichir. Pourtant, ce sont les Anglais qui ont inventé le "welfare-State" (Etat-providence moderne) avec Beveridge (même si Thatcher s'est chargée de le démanteler ensuite). Et en France, c'est le candidat du "travailler plus pour gagner plus", le candidat de Johnny et des vacances à Malte qui a été élu. La vérité, c'est que la droite est revenue en force depuis les années 1980 et qu'elle a gagné la bataille idéologique, en France comme en Australie.
Et comme en France, on fait tout avec 10 ans de retard, on vient d'élire Sarkozy alors que Bush aux Etats-Unis et Howard en Australie seront bientôt de l'histoire ancienne.
Espérons au moins que Sarkozy ne restera pas aussi longtemps que Howard au pouvoir...



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