(ATTENTION, ceci est un post politique, donc un post chiant, dans lequel on va parler de messieurs en cravate avec une tronche de premier communiant. Si vous vous attendiez à d'autres photos de mannequins en bikini, désolé de vous décevoir, mais vous devrez passer votre chemin. Ce sera pour une autre fois, d'autant qu'il n'y a que deux personnes qui ont commenté mon post sur le concours de filles en bikini sur la plage de Bondi)
Ca y est, c'est officiel, une date a été fixée pour le plus important combat de l'année, celui dont l'issue désignera le prochain premier ministre de l'Australie. En effet, le premier ministre, après avoir tergiversé pendant des semaines en attendant que les sondages s'améliorent pour son parti (ce qui ne s'est pas produit), a finalement fixé la date au 24 novembre. Voici un bref résumé des forces en présence :
-à droite (très à droite), John Howard, premier ministre conservateur, en poste depuis 1996, leader de la coalition Liberal Party-National Party (équivalents locaux de l'UMP et du MPF de De Villiers). Ses atouts : la bonne santé apparente de l'économie, son expérience et sa réputation de maître tacticien. Ses faiblesses : l'usure dûe à 11 ans de pouvoir, sa réputation de menteur prêt à tout pour gagner une élection, la montée récente des taux d'intérêt, son refus de sortir de la guerre en Irak, ses positions très à droite sur certains sujets (problème aborigène, refus de signer le protocole de Kyoto, lois anti-immigration). Sa stratégie : faire passer le Labor (les travaillistes) pour un parti noyauté par les méchants syndicats qui veulent empêcher les gentils entrepreneurs australiens de faire leur business. Il prédit également la fin du monde si le Labor arrivait au pouvoir (montée du chômage et des taux d'intérêt, augmentation des impôts, déficit, invasion de sauterelles, vous voyez le tableau). Enfin, pour atténuer son image de type ultra-droitier, il vient de décider (juste avant les élections, comme par hasard) de modifier le préambule de la Constitution pour accorder aux aborigènes une reconnaissance symbolique, alors qu'il avait refusé de le faire depuis des années. Il a cependant refusé catégoriquement d'émettre des excuses officielles pour le traitement passé des abos. Pour l'instant, Howard est à la traîne dans les sondages, une dizaine de points derrière le Labor. Il pourrait même être le deuxième premier ministre de l'histoire australienne à perdre son siège de député, dans la division de Bennelong, où il est opposé à une ancienne présentatrice télé qui est bien plus sexy que lui (ce qui n'est pas difficile). Bref, les choses s'annoncent mal pour John Howard.
-à gauche, Kevin Rudd, leader de l'opposition travailliste (Australian Labor Party). Attention, le Labor Party n'est pas l'équivalent local du PS. Le seul point commun, c'est que c'est le principal parti de gauche du pays. En dehors de ça, le Labor est beaucoup moins divisé que le PS, et beaucoup plus proche du New Labour de Tony Blair, bien qu'il soit sans doute plus à gauche en matière de sécurité et d'immigration. Cependant, pour ce qui est de l'économie, le Labor a promis de ne pas bouleverser fondamentalement la donne, Rudd promettant d'être "économiquement conservateur" (financially conservative). Rudd a cependant annoncé qu'il abolirait une des réformes les plus controversées de Howard, les "Workchoices agreements". Il s'agit d'une loi modifiant profondément les relations sociales en Australie, supprimant un certain nombre de protections contre les licenciements abusifs et mettant fin au principe du "mieux-disant" (à savoir, si la loi est en conflit avec un accord syndical, c'est la disposition la plus protectrice du travailleur qui s'applique). Howard a prévenu qu'en supprimant cette disposition, Rudd réintroduirait des protections "injustes" contre le licenciement (unfair dismissal protections). Je ne savais pas que protéger les travailleurs contre des licenciements abusifs était injuste, mais bon...
Les atouts de Kevin Rudd sont son image de leader jeune et dynamique, le souffle de nouveauté qu'il incarne, son opposition à la guerre en Irak, son soutien du protocole de Kyoto dans un pays qui se préoccupe de plus en plus du réchauffement planétaire. Sans oublier ses positions modérées en matière économique, qui lui ont valu le soutien implicite du patronat (assez rare dans ce pays). Et surtout, son plus gros point fort est sans conteste son goût pour les danses érotiques (voir un de mes vieux articles). Ses faiblesses sont principalement son manque d'expérience et la bonne santé actuelle de l'économie (Howard est devant lui dans les sondages quand on demande qui est le meilleur pour gérer l'économie). Mais il semble que pour une fois, l'économie ne sera pas déterminante, contredisant en cela la célèbre maxime de Clinton : "it's the economy, stupid !" (tout ce qui m'intéresse, c'est l'économie, imbécile). En effet, Rudd est en tête de tous les sondages depuis plusieurs mois maintenant, et jamais personne n'est parvenu à renverser une situation aussi compromise. J'espère en tout cas que les sondages se confirmeront...
Bon, je me rends compte que j'en ai écrit des tonnes et que personne ne lira ça jusqu'au bout, mais c'est pas grave, je vous avais promis de vous tenir au courant de la campagne. Ceci pour vous dire que l'Australie, ce n'est pas seulement du surf et des kangourous, c'est aussi (un peu) de la politique.
Petit jeu : d'après mon message, quel est mon candidat préféré ? L'ignoble Howard ou le gentil Kevin ? Dur de savoir, n'est-ce pas ? Celui qui répondra correctement à cette question recevra l'équivalent de 1000 dollars australiens en Vegemite...
(et puis quoi encore, je vais pas dépenser 1000 dollars pour acheter de la merde, faut pas déconner non plus)
je comprends maintenant qui s'affrontent dans cette bataille qui fait rage ! perso je prefere celui de gauche, il a un petit air Jean Luc Delarue assez rigolo.