Aujourd'hui, je vais vous reparler un peu de moi et de ma vie sans intérêt. Parce qu'il se passe des choses dans ma vie sans intérêt, figurez-vous.
Déjà, j'ai profité du fait que je n'avais pas cours le matin pour faire la grasse mat'. En tout cas, c'est ce que j'avais prévu. Malheureusement, un grain de sable est venu enrayer la mécanique bien huilée de mon sommeil : à huit heures du matin, un grand bruit se fait entendre. Le bruit d'une machine à laver. Eh oui, la buanderie se trouve juste à côté de ma salle de bains, et comme la porte de la salle de bains était ouverte, j'ai entendu la proprio qui faisait sa lessive à huit heures du matin. En fait, ce n'était pas la proprio, mais sa mère venue de Chine, qui est là depuis quelques jours. Peut-être que c'est une coutume chinoise de laver son linge aux aurores (bon, je sais, j'exagère, mais huit heures, c'est tôt quand même), toujours est-il que cette c**** m'a réveillé. Et une fois réveillé, impossible de me rendormir : après avoir essayé vainement de retrouver le sommeil en me tortillant dans tous les sens pour trouver une position confortable dans mon lit, j'ai dû me rendre à l'évidence : pas de grasse mat' aujourd'hui ! Un premier couac dans ma journée, et ce n'était pas le dernier...
Mais n'anticipons pas. Une fois levé, je me suis dit, pourquoi ne pas regarder la télé australienne ? Ils ont peut-être des programmes intéressants le matin. J'ai donc allumé ma télé, pour me rendre très vite compte qu'en fait de programmes intéressants, y'a pas grand-chose. En fait, y'a plus de pubs que de programmes. Il faut s'imaginer un TF1 puissance 10. Par exemple, les infos, qui durent 20 minutes, sont coupées trois fois par des pubs. Idem pour les séries du genre South Park ou les Simpson : chaque épisode est coupé trois fois par des pubs sur la bière (pas de loi Evin en Australie) ou sur les vacances en Nouvelle-Zélande. Et c'est toujours les mêmes pubs : à la longue, ça devient fatigant.
Après un repas de midi où j'ai fait cramer ma viande faute de l'avoir suffisament surveillée (bizarrement, elle était cramée à l'extérieur et pas cuite à l'intérieur), j'ai passé l'après-midi à glander (vous n'avez pas idée de l'énergie que ça peut prendre), avant de prendre le train vers 4h et demi pour me rendre au centre-ville assister à une conférence. Eh oui, aujourd'hui nous n'avions pas cours, le prof nous avait organisé à la place une petite sortie pour aller voir une causerie du procureur général de la Cour Pénale Internationale, le docteur Luis Moreno-Ocampo. Rien que ça. Entre parenthèses, j'ai failli rater mon train parce que je passais mon temps à mettre des pièces de 5 cents dans la machine pour acheter les tickets. En effet, cette saleté n'arrêtait pas de me rendre les pièces que je lui offrais généreusement. En fait, elle ne prend pas les pièces de 5 centimes, mais il ne me restait rien d'autre. Heureusement, un gentil contrôleur qui passait par là a eu pitié de moi et m'a dépanné d'une pièce de 20 cents.
Mais revenons à la conférence. Elle se déroulait à 6 heures à la faculté de droit de l'Université de Sydney, la plus vieille université du pays (elle va en effet fêter ses 157 ans). Comme j'étais en avance, je me suis dit que j'allais acheter un journal local pour patienter. J'ai choisi, au hasard, le Daily Telegraph. Un gros machin d'une centaine de pages pour seulement 1 dollar : bonne affaire, me suis-je dit. J'ouvre donc le journal, et je déchante rapidement. Il y a bien des articles intéressants, mais les pages politiques et actualités mondiales ne font que 10 à 20 % du journal : l'essentiel est consacré aux people, au sport, et à des actualités locales inintéressantes, un peu comme les pages des DNA sur les activités du club des amis du timbre de Wingen-sur-Moder (je ne sais pas s'il y a vraiment un club des amis du timbre à Wingen-sur-Moder, je prends simplement un exemple parlant pour que vous compreniez).
Donc, le journal, pas cher, mais pas terrible. Et la conférence alors, comment c'était ? C'était pas mal du tout, en-dehors du fait que Luis Moreno-Ocampo parlait très vite et avec un fort accent argentin. Oui, il est argentin, et il était assistant procureur à l'époque du procès contre les dirigeants de la dictature militaire argentine des années 1970. Un CV impressionnant, non ? M. le procureur nous a parlé des quatre affaires pendantes devant la Cour Pénale Internationale : l'une concerne la RD Congo, l'autre l'Ouganda, une troisième la République centrafricaine, et la dernière le Darfour. Une heure de réjouissances pour passer en revue des viols, des massacres, des pillages, et last but not least, l'incorporation forcée d'enfants soldats (de 8 à 15 ans) dans les milices congolaises. Ragoûtant, n'est-ce pas ? Bon, il a aussi parlé un peu de droit, quand même, c'est pour ça qu'on était là. Mais bizarrement, il était plus volubile quand il s'agissait d'évoquer les tueries et autres joyeusetés mentionnées plus haut...
Bref, la conférence était très intéressante. Je suis ensuite tranquillement rentré dans ma banlieue, j'ai pris une pizza à emporter à la pizzeria du coin, et je me suis dirigé vers mon appartement. Il faut que je vous précise que l'appartement se trouve dans le jardin attenant à la maison de la proprio. Or, pour pénétrer dans ce jardin, et donc dans mon appartement, il faut soit passer par la maison de la proprio, soit passer par un portail. Ce portail, que vous voyez sur la photo, peut se fermer de l'intérieur par un verrou (que l'on ne peut ouvrir que de l'intérieur). Avec la proprio, on s'est mis d'accord pour qu'elle ne le ferme pas quand je sors, de manière à ce que je puisse rentrer sans la déranger. Mais depuis que sa mère est là, les choses ont changé : cette dernière craint en effet les voleurs et a l'habitude de fermer systématiquement le portail, comme je l'ai appris à mes dépens lundi et mardi. Heureusement, à chaque fois, la proprio était là et elle a pu m'ouvrir, tout en m'assurant qu'elle demanderait à sa mère de ne plus fermer. Il faut croire que sa mère est sourde ou sénile, car ce soir, le portail était à nouveau fermé ! Ca lui suffit pas de me réveiller le matin, il faut aussi qu'elle m'empêche de rentrer chez moi !
Pas de panique, me dis-je, je vais aller sonner chez la proprio, elle va m'ouvrir. Problème, pas de réponse : soit elle n'est pas là, soit elle dort (à 9 heures du soir, c'est tôt, mais bon, pourquoi pas). Toujours est-il que mes coups répétés à la porte d'entrée n'ont rien donné. Bordel de merde, me suis-je dit, comment je vais rentrer, je vais quand même pas dormir sur le trottoir ! Je suis donc retourné au portail pour examiner calmement (tu parles, je flippais à mort) les possibilités qui s'offraient à moi. Impossible d'ouvrir le verrou de l'extérieur. Il ne reste donc plus qu'une solution : grimper la clôture. Problème, elle fait environ deux mètres cinquante de haut. J'ai réfléchi (pendant que ma pizza refroidissait) et j'ai fini par trouver la solution : si je pose d'abord le pied sur le rebord de la fenêtre du mur situé à côté de la clôture, pour me hisser ensuite sur la poubelle qui se trouve devant le portail, je devrais pouvoir sauter au-dessus de la clôture une fois que je serais sur ladite poubelle. Ca paraît tordu comme ça, mais je n'avais pas le choix, et heureusement pour moi, ça a marché : j'ai réussi à sauter la clôture, non sans avoir failli me casser la gueule à cause des roulettes de cette fichue poubelle. Cool, je ne dormirai pas sur le trottoir cette nuit.
Sacrée aventure quand même. Je n'ai peut-être pas encore rencontré de requins ni de crocodiles, mais rentrer chez soi en grimpant sur une poubelle pour sauter au-dessus de la clôture, je suis sûr que vous ne l'avez jamais fait ! Il aura fallu que j'aille au bout du monde pour vivre cette expérience traumatisante. En tout cas, y'en a une qui va m'entendre demain, et ce n'est pas la proprio...
Sur ce, je vous laisse, je vais aller me reposer de cette journée pourrie, en espérant que celle de demain sera mieux.
...t'en as fait quoi? Parce que me dis pas que t'as fait de l'escalade avec une pizza entre les mains. A mins que tu l'aie mangé avant
J'ai tout simplement posé le carton de côté, et une fois que j'avais franchi la clôture, j'ai ouvert le portail pour récupérer mon précieux repas.
Ce qui est sympa, avec tes aventures du bout du monde, c'est qu'on pourrait vivre à peu-près les mêmes en Alsace. Je reviens un instant sur la bataille de Gallipoli que tu as évoquée dans ton précédent envoi. C'était une véritable boucherie qui a traumatisé les australiens pendant lontemps. Au point qu'un dénommé Eric Bogle en a fait une chanson appellée "and the band played waltzing Mathilda". Elle a été reprise par les Pogues en 1985, une version très émouvante. Je l'ai sous format MP3 (env 8 Mo) mais je ne sais pas comment faire pour joindre des fichiers sur ce blog. Ou alors donne moi ton adresse mail directe et je te l'enverrai.
Tu peux écouter la chanson par ici : http://youtube.com/watch?v=0lE-YjjZhwc
Salut Tony ! J'ai pas encore eut le temps de poster sur ton fucking blog (y a des gens qui travail pour gagner leur vie), mais après un rapide examen de ton périple, j'ai remarqué que tu n'évoque que très rarement la question des moeurs australiennes en matière de reproduction. Comment ça se passe dans l'hémisphère sud ? La saison des amours est en automne ? Les positions sont inversées (en missionnaire c'est la fille qui est au-dessus) ? Trêve de plaisanterie, il faut que tu poste des photos des étudiantes de Sydney, ça intéresserai plus tes lecteurs que les cigognes et les jardins. Quant à ta propriétaire dont tu parles si souvent, ne me dis pas que tu n'a pas encore essayé de « chinoiser » avec elle. Allez je doit déjà y aller, y a mon rédac' en chef qui va gueuler (je post depuis mon bureau de journaliste-rédacteur-super reporter à l'Alsace),
PS: Pour ta critique des DNA, t'as de la chance que je bosse pour la concurrence cet été !