Aujourd'hui, journée pourrie, il a plu pendant toute l'après-midi. Je me suis donc dit que j'allais continuer avec vous l'exploration des méandres de l'histoire australienne. Mais on n'explore pas l'histoire d'un pays comme ça, sans angle d'attaque. La dernière fois, je vous avais parlé de l'histoire politique du pays (vous savez, avec la vieille dame au style vestimentaire douteux), aujourd'hui, nous allons aborder un sujet un peu moins prise de tête : les jours fériés. Vous savez, cette magnifique invention qui nous donne quelques jours de répit au milieu d'une année de travail (qui a dit que j'étais un fainéant ?).
Mais les jours fériés ne servent pas seulement à se reposer de cette horrible chose qu'on appelle "travail" (du latin "tripalium", qui veut dire "instrument de torture"). Ils peuvent également nous apprendre beaucoup sur l'histoire et la culture d'un pays. Si si, j'vous jure !
En Australie, c'est un peu le bordel, il y a des jours fériés au niveau national et d'autres spécifiques aux Etats fédérés. Difficile à comprendre pour un français habitué au centralisme jacobin de notre beau pays (sauf quand on est alsacien). Les jours fériés nationaux (qui s'appliquent dans tout le pays donc) sont au nombre de neuf. Le premier d'entre eux, c'est le premier janvier, le New Year's Day. Rien d'extraordinaire, on a le même. Le jour férié suivant est plus intéressant, il s'agit de la fête nationale : l'Australia Day, qui tombe le 26 janvier. En-dehors du fait qu'il soit un prétexte pour boire plus que de raison et faire d'autres choses que la morale catholique réprouve, ce jour sert à commémorer la fondation de la première colonie européenne du pays à Port Jackson le 26 janvier 1788 par le capitaine Arthur Phillip, lequel est arrivé en Australie accompagné d'une poignée d'hommes et de plusieurs dizaines de bagnards pour fonder, sur une terre hostile et dans des conditions chaotiques (le capitaine Phillip n'avait en effet pas pensé à embarquer des ingénieurs et des architectes, ce qui a pu poser problème au moment de construire des maisons) ce qui est aujourd'hui devenu la plus grande ville du pays, celle où je me trouve : Sydney. Quand on pense que ce qui est aujourd'hui l'une des plus grandes villes du monde était au départ un village de bric et de broc fondé par des bagnards, ça fait réfléchir...à quoi, je ne sais pas, mais ça fait réfléchir. Dernière chose à propos de cette journée, elle ne plaît pas particulièrement aux aborigènes, lesquels ont l'impression qu'elle n'est destinée qu'aux australiens d'origine européenne. Pour les abos, le 26 janvier 1788 n'est rien d'autre que le début d'un long cauchemar qui n'est pas tout à fait terminé aujourd'hui. Pour cette raison, il y a eu de nombreuses demandes pour changer la date de la fête nationale et trouver une date plus consensuelle. Mais aucune de ces demandes n'a abouti pour le moment...
Le troisième jour férié est une fête que l'on pourrait qualifier de militaire, mais il ne s'agit pas de commémorer la fin d'une guerre : pas de 8 mai, ni de 11 novembre en Australie. Au lieu de ça, ces givrés fêtent le début de la guerre ! Plus exactement, ils fêtent la première grande bataille jamais engagée par une armée australienne (australo-néo-zélandaise pour être plus précis). C'était lors de la première guerre mondiale, et cette bataille s'est soldée par une défaite des forces australiennes et néo-zélandaises, vaincues par les forces de l'empire ottoman alors qu'elles essayaient de s'emparer de la ville de Gallipoli. Ca s'appelle l'ANZAC Day (du nom de l'armée, Australian and New Zealand Army Corps) et ça a lieu le 25 avril. Donc, pour résumer, les australiens se souviennent avec émotion de la première branlée que leur armée s'est prise, et ils en ont fait une fête nationale ! Quel pays de losers...
Le quatrième jour férié national rappellera certainement quelque chose aux alsaciens, puisqu'il s'agit ni plus ni moins que du vendredi saint, le jour férié que toute la France de l'intérieur nous envie ! En Australie, c'est comme en Alsace : le vendredi saint est le point de départ d'un long week-end de quatre jours (du vendredi au lundi) pendant lesquels personne ne travaille, en signe de respect pour un type qui a eu la délicatesse de mourir pour nous sur une croix il y a 2000 ans (c'est dingue, les prétextes qu'on peut trouver pour refuser de travailler quand même). A ce niveau là, je ne serai pas dépaysé !
Le prochain jour férié nous ramène à l'histoire politique du pays, puisqu'il s'agit de l'anniversaire de la reine. Evidemment, ce jour varie selon la royale personne qui siège sur le trône. Alors, plutôt que de changer sans cesse de jour férié, les australiens ont décidé qu'ils fêteraient l'anniversaire de la reine le deuxième lundi de juin, quelle que soit la personne en place, même si l'anniversaire a en fait lieu un autre jour. Je ne sais pas si c'est une coutume australienne de fêter l'anniversaire de quelqu'un un autre jour que celui de sa naissance. Peut-être ont-ils été traumatisés par Alice au pays des merveilles. Je me demande d'ailleurs ce qu'Elizabeth en pense...
Mais laissons là cette chère Queen et passons au jour férié suivant. Il s'agit du 25 décembre, jour de la naissance du type mort sur la croix dont nous parlions plus haut (pour une raison étrange, son nom m'échappe). Le jour qui suit, le 26 décembre, est également férié (encore un point commun avec l'Alsace).
Vous me direz, mais où est passée la fête du travail ? Sont-ils libéraux au point de ne même pas fêter les travailleurs dans ce pays ? Non, je vous rassure, cependant, il n'y a pas de fête nationale du travail comme le 1er mai chez nous. Tout dépend en fait des Etats : ainsi, en Nouvelles-Galles-du-Sud (Etat dont Sydney est la capitale), le Labour Day se fête le 1er lundi d'octobre, tandis que dans l'Etat de Victoria, on le fête le second lundi de mars. Ne me demandez pas pourquoi cette différence, je n'en sais absolument rien ! Toujours est-il que la fête du travail se fête dans tous les Etats, mais pas le même jour.
Une fois ces jours fériés nationaux passés en revue, sachez qu'il existe encore des jours fériés spécifiques à chaque Etat, où chacun fête quelque chose que le voisin ne fête pas. Par exemple, Bob, habitant de la Tasmanie, pourra se foutre de la gueule de Steve, habitant des Nouvelles-Galles-du-Sud, qui est obligé de travailler le mardi de Pâques, alors que ce jour est férié en Tasmanie (pourquoi, mystère). Et Steve pourra se foutre de la gueule de Bob lorsque celui-ci devra se lever aux aurores le premier lundi d'Octobre, jour férié en Nouvelles-Galles-du-Sud, mais pas en Tasmanie. C'est bien foutu, chacun des deux se retrouve au moins une fois dans la position de celui qui peut faire la grasse matinée alors que l'autre doit pointer. Et je ne connais rien de plus réconfortant que de se dire que pendant que vous êtes en vacances, il y a des pauvres types que sont obligés de passer la journée au bureau...
Salut Antoine! Je suis quotidiennement ton périple australien et tout a l'air de très bien se passer donc j'suis content pour toi ;-) Par contre, je pense que t'as p'têtre un peu abusé de la Crown Lager en nous disant que le jour qui suit le 25 décembre est le 26 janvier ou alors tu écrivais l'article tout en donnant des cours particuliers de français à Zeljana lol.
et on ne parlera pas de ces types qui ont repris la fac, meme a 10000 km de chez eux, deux mois avant les autres...Remarque vu le temps pourri ici, ca joue comme circonstance atténuante