Posté le 27.11.2007 par alsacedownunder
Je ne sais pas si vous vous en rappelez, mais il y a quelques mois, j'ai effectué ma première visite en-dehors de Sydney dans la ville de Wollongong, que j'avais trouvé assez peu remarquable dans l'ensemble. Il faut dire que j'avais loupé le monument le plus connu de la ville : le Nan Tien Temple, ou "Paradis du Sud" en français, le plus grand temple bouddhiste de l'hémisphère Sud (rien que ça). Eh oui, comme vous le savez déjà, il y a une importante population asiatique en Australie, le bouddhisme est donc une religion bien établie dans le pays.
Le fait que j'ai loupé le Nan Tien Temple la dernière fois n'est en fait pas si étonnant. En effet, non seulement le temple est situé dans une banlieue au nom improbable d'Uranderra, mais en plus, il est situé dans un endroit des plus cocasses : au beau milieu d'une zone industrielle ! C'est bien simple, sans les panneaux et la pagode (que l'on voit d'assez loin), il est impossible d'imaginer qu'il puisse y avoir un temple bouddhiste à un endroit pareil. Mais je commence à m'y habituer : en Australie, l'organisation des villes ne semble pas répondre aux règles habituelles...mais quand même, un temple bouddhiste au milieu des usines et des ateliers, fallait le faire !
Cependant, une fois franchi le seuil du temple, on oublie son emplacement étrange et on se sent comme perdu au milieu de nulle part, enfermé dans un sanctuaire. Je ne sais pas si c'est l'atmosphère zen du temple ou si c'est l'esprit de Bouddha. Ou peut-être est-ce tout simplement le fait que le temple est entouré d'une végétation assez dense qui vous fait oublier les usines qui l'entourent.
En tout cas, c'était une visite fort intéressante, dans la mesure où je n'avais jamais visité de temple bouddhiste de ma vie. Si on m'avait dit que c'était en Australie que je visiterai pour la première fois ce genre d'endroits, je ne sais pas si je l'aurais cru...une preuve de plus que ce pays n'est décidément pas comme les autres.
Quoi qu'il en soit, je vous laisse admirer mes magnifiques photos, en commençant par l'entrée principale. Eh oui, aujourd'hui, il n'y aura pas de photos d'église (je suis sûr que vous êtes déçus) mais des photos d'un temple bouddhiste. Pas de raison de faire de discriminations...
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Posté le 25.11.2007 par alsacedownunder

C'était le titre de la une de la plupart des sites webs de journaux australiens lorsque la victoire des travaillistes est apparue de façon certaine (il s'agit d'un jeu de mot entre "Rudd" et "landslide", ou raz-de-marée électoral). En effet, après deux longues heures d'attente (car les bureaux de vote de l'ouest du pays n'ont fermé que deux heures après les autres, décalage horaire oblige), les premières estimations ont clairement donné le Labor en tête, avec environ 53% des voix, contre 47% à la coalition de John Howard. L'humiliation s'ajoutant à la défaite, Howard semblait même en passe d'être le deuxième premier ministre sortant à perdre son propre siège (Bennelong), qui lui serait ravi par une ancienne journaliste, Maxine McKew, alors qu'il le détenait depuis 33 ans. En effet, les deux candidats étaient encore au coude-à-coude après dépouillement de 80% des bulletins, mais les préférences plaçaient le Labor en tête. Mais vous ne savez même pas ce que sont les préférences. Sachez qu'ici en Australie, on ne met pas simplement un bulletin avec le nom de son candidat dans l'urne. Non, on remplit un formulaire, en classant par ordre de préférence tous les candidats. Ensuite, si aucun candidat n'obtient la majorité absolue de 50%, on désigne le vainqueur en fonction des préférences. Ainsi, si un candidat a obtenu 48% et un autre 44%, celui qui a obtenu 44% peut très bien emporter le siège s'il a été désigné plus souvent deuxième que son adversaire. C'est ce qui explique que de nombreux sièges ont été remportés par le Labor même quand les libéraux avaient la majorité relative de voix. Configuration typique : prenons une circonscription dans laquelle le candidat libéral obtient 40%, le candidat travailliste 38%, et le candidat des verts 15%. Comme le deuxième choix d'un électeur vert est très souvent le candidat travailliste, le candidat du Labor a toutes les chances d'emporter le siège, même s'il a moins de voix que le candidat libéral. La configuration inverse peut également s'observer : certains sièges ont été remportés par les libéraux grâce à la présence de candidats du parti national en troisième position.
Bref, un système un poil complexe, mais la victoire du Labor reste indiscutable, son avance au niveau national étant de 6%. Les estimations lui donnent un gain de 20 à 25 sièges, ce qui représente la plus large défaite d'un gouvernement sortant depuis belle lurette. Comment expliquer cette défaite malgré un bilan du gouvernement sortant plébiscité par beaucoup d'électeurs, et un taux d'approbation de 50% pour le premier ministre ? La plupart des journaux australiens avançaient plusieurs explications ce matin : l'arrogance du premier ministre sortant, qui n'a eu de cesse de rappeler son bilan "exceptionnel" et de dire à qui voulait bien l'entendre que l'Australie n'avait jamais été aussi forte. Deuxième explication, l'incapacité de ce même Howard à esquisser une vision pour l'avenir de l'Australie : à force de ressasser son bilan, il en a oublié d'expliquer ce qu'il comptait faire pour le futur. Troisième explication : les "Workchoices", ou la réforme des relations de travail par Howard, qui a supprimé beaucoup de protections contre les licenciements injustifiés. La promesse faite par Howard en 2004 de garder les taux d'intérêt à des taux historiquement bas n'est pas non plus pour rien dans sa défaite, quand on sait qu'ils ont monté 6 fois depuis cette promesse. Le changement climatique a également beaucoup pesé dans la campagne, et tout le monde sait que Howard n'en a jamais rien eu à foutre. Il a eu 11 ans pour s'en occuper, et il n'a fait mine de découvrir le problème que maintenant, pour des raisons électoralistes. Dernière explication, l'usure du pouvoir : John Howard était là depuis trop longtemps et il n'a pas su s'arrêter à temps. Au lieu de se retirer avant ces élections, il a continué coûte que coûte tout en promettant de se retirer peu après avoir été élu, sans préciser quand. En gros, le message était : élisez-moi une dernière fois que je puisse profiter d'une retraite paisible, mais vous ne saurez pas quand je compte partir. Bref, c'est assez mal passé dans l'électorat. L'animal politique qu'est Howard a donc commis une incontestable erreur tactique, et plus la campagne avançait, plus il a semblé perdre le contact avec le pays. D'autant qu'il s'est épuisé à faire campagne dans son propre siège en danger, au lieu d'aller batailler dans les circonscriptions indécises.
Howard a concédé sa défaite aux environs de 22 heures, insistant encore une fois sur son bilan, estimant qu'il laissait à Rudd une Australie plus prospère et plus fière que jamais. Encore faut-il savoir à quoi est dûe cette prospérité : des réformes libérales de l'économie ? Elles sont essentiellement dûes aux gouvernements travaillistes des années 1980, Howard s'étant contenté de gérer les affaires courantes. Le boom minier ? Voilà une meilleure explication : avoir comme voisin la Chine, qui est en pleine croissance et qui vous achète des tonnes de charbon, ça aide pour avoir une économie prospère. Dans tous les cas, Howard ne me semble pas le principal artisan de cette prospérité "exceptionnelle", dont beaucoup d'australiens restent exclus.
Howard a terminé son discours en remerciant les australiens, qui lui avaient fait l'immense honneur d'être à la tête de ce "pays magnifique" pendant 11 ans. Un truc qui m'a frappé d'ailleurs dans les différents speechs que j'ai entendus hier soir, c'est le temps passé par les différents politiciens (surtout les conservateurs) à insister sur la place particulière et privilégiée de l'Australie : combien de fois ai-je entendu des phrases du style "this is the best country in the world", "this is the best place in the world", "we are so lucky to live here". Jusqu'à présent, je pensais que ce n'était qu'en France et aux Etats-Unis qu'on se croyait à ce point exceptionnel (le rôle de la France dans le monde, blablabla). Apparemment, en Australie aussi, du moins chez les libéraux. Sans doute n'est-ce destiné qu'à flatter l'électorat, mais bon...
Dans son speech de victoire, Kevin Rudd est resté assez consensuel. Magnanime, il a rendu hommage à son adversaire sans l'enfoncer, puis a déclaré qu'il était temps d'écrire une nouvelle page de l'histoire du pays. Il a insisté sur l'abrogation des lois sur les relations de travail de Howard, la ratification du protocole de Kyoto, et la réconciliation avec les aborigènes, autant d'issues que Howard n'a traité qu'avec le plus grand mépris pendant ses 11 années à la tête du pays. Bref, même si Rudd devra encore batailler avec un Sénat conservateur jusqu'en juillet 2008, l'Australie semble enfin repartir du bon pied. C'est une bonne nouvelle.
De quoi s'ouvrir une bonne bière pour fêter ça (ben oui, on fête pas les victoires au champagne ici).
Par contre, un truc bizarre, Rudd n'a pas dévoilé son programme en matière de soutien aux strip clubs. On sait pourtant qu'il a récemment reconnu l'importance particulière de ces endroits dans l'économie du pays...sans doute un oubli passager...
Posté le 23.11.2007 par alsacedownunder
Un petit message rapide pour vous rappeler que demain, ce sont les élections fédérales en Australie, et que les protagonistes sont John Howard, représentant le camp des connards...euh, je veux dire des conservateurs, et Kevin Rudd, représentant le camp des travaillistes.
La campagne est donc terminée. Elle a été marquée par des annonces de dépenses en fanfare (60 milliards de dollars au total pour Howard, 55 pour Rudd) et de véritables campagnes de peur (fear campaigns), les libéraux dépeignant les travaillistes comme étant soumis à d'affreux syndicalistes qui ne veulent que foutre en l'air l'économie, tandis que les travaillistes accusaient les libéraux de vouloir aller encore plus loin dans la dérégulation du marché du travail et l'affaiblissement des droits des travailleurs. Deux mots fleuris, que je ne connaissais pas, auront marqué cette campagne : le premier est "pork-barreling", une expression que l'on pourrait traduire par "la tirelire est pleine", et qui sert à dénoncer l'inflation des dépenses annoncées au cours de la campagne. Le deuxième mot est "me-tooism", un mot que l'ont peut traduire par "moi-aussisme" et qui a pour but de singer le copiage des idées de l'autre camp par chacun des deux leaders, que ce soit Rudd en matière économique, ou Howard en matière de climat. Les derniers sondages prédisent une victoire écrasante pour les travaillistes, leur avance sur les conservateurs allant de 5 à 12 points selon les sondages. Autant dire que Howard est mal barré, d'autant qu'un scandale vient d'éclater dans quelques circonscriptions indécises, où les maris de deux candidates du Parti libéral ont été accusés d'avoir participé à une campagne haineuse de tracts anti-musulmans. Howard a bien sûr désavoué cette campagne, mais il n'a pas exclu les candidates, estimant qu'elles n'étaient sans doute pas au courant de ces manoeuvres. Peut-être, mais le malaise reste...
Ce qu'il faut savoir, c'est que ces élections fonctionnent selon les règles du scrutin majoritaire, et qu'il ne suffit donc pas d'avoir une majorité de voix au niveau national pour l'emporter. Exemple simple : si vous gagnez un siège avec 80% des voix et que vous avez 49% des voix dans une autre circonscription contre 51% pour l'autre camp, vous ne gagnerez qu'un seul siège sur deux, même si le total cumulé de voix vous met largement devant votre adversaire sur les deux circonscriptions cumulées. Si vous n'avez pas suivi, ce n'est pas grave, rappelez-vous le fameux théorème Shadok : "s'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème".
S'il n'y a pas de problème pour les Shadoks, il y en a toutefois un pour les travaillistes, et ils doivent y trouver une solution pour l'emporter. Ils ont besoin de gagner 16 sièges par rapport à 2004. Pour cela, ils devront avoir une avance d'au moins 4,8% sur les libéraux au niveau national (ne me demandez pas d'où sort ce chiffre, je n'en sais rien). Les libéraux l'ont d'ailleurs compris, en concentrant leurs efforts sur quelques circonscriptions indécises : ils savent qu'ils auront moins de voix au niveau national, mais ils espèrent conserver la majorité des sièges en arrachant le maximum de circonscriptions indécises (les "marginal seats" comme on dit ici). On arriverait alors à une situation comparable aux élections américaines de 2000, avec comme vainqueur celui qui a le moins de voix (paradoxal dans une démocratie).
Mais encore une fois, cela est peu probable, les sondages prédisant tous une victoire écrasante pour le Labor de Kevin Rudd, et ce depuis plusieurs mois : aucun renversement de tendance ne s'est produit pendant la campagne. Kevin Rudd a d'ailleurs profité de la dernière semaine de campagne pour renforcer son image de "good bloke" (un type avec qui on a envie de boire une bière, et vous savez combien c'est important en Australie) en acceptant une invitation à l'émission "Rove", le talk show le plus populaire du pays, tandis que Howard refusait de s'y rendre. Pour enfoncer un peu le clou, sachez que le "Sydney Morning Herald", et surtout le "Daily Telegraph" (équivalent local du Sun), journaux réputés pour leurs tendances conservatrices, se sont clairement prononcés en faveur de Kevin Rudd. Idem pour le mensuel "Monthly". C'est d'ailleurs la première fois que le "Morning Herald" se prononce pour les travaillistes aux élections générales, même s'il avait déjà soutenu des gouvernements travaillistes au niveau local. Même le quotidien national "The Australian", propriété de Rupert Murdoch et souvent qualifié de "gazette officielle du gouvernement Howard" a tourné le dos aux libéraux et soutient Kevin Rudd. C'est la première fois depuis 1972 que ce journal soutient un candidat travailliste.
Bref, reste plus qu'à attendre demain pour le verdict, et espérons que les Australiens diront enfin "So long, John" après 11 longues années...
Posté le 11.11.2007 par alsacedownunder
Après vous avoir gonflé avec de la politique, passons à un sujet plus léger (et plus pétillant), et plongeons dans une part importante, capitale même, de la culture australienne : la bière.
La bière en Australie, c'est plus qu'une institution, c'est un art de vivre. Tout comme il est difficile d'imaginer un Français qui n'aime pas le vin et les baguettes, il n'existe pas d'Australien qui n'aime pas la bière, ce n'est pas pensable, ce n'est pas envisageable. Avec les kangourous et la Vegemite, la bière est une part essentielle de l'identité nationale. Cependant, ils ne sont pas allés jusqu'à en faire un ministère. Mais s'il y avait un tel ministère, nul doute qu'il évaluerait les performances des immigrés en la matière : si vous arrivez à boire un jug (une cruche) sans vous écrouler, vous entrez, sinon, vous dégagez.
Avouons-le tout de suite, cette partie-là de l'identité nationale me plaît beaucoup plus que la Vegemite. Depuis que je suis ici, j'ai eu l'occasion, au cours de mes pérégrinations, de découvrir différentes marques, plus ou moins bonnes, de bières locales. A défaut de pouvoir vous les faire goûter (vous n'avez qu'à vous prendre un billet d'avion à 1500 euros si vous y tenez), je vais essayer de vous retranscrire fidèlement mes impressions pour chacune d'entre elles. Tour d'horizon :
-La Foster's : sans doute la seule bière australienne vraiment connue en-dehors des frontières Aussies, et manque de pot, c'est sans doute la moins bonne. Je ne m'étendrais pas dessus puisque vous pouvez en commander facilement dans la plupart des bars de France et de Navarre. Sachez simplement que si la Foster's s'exporte bien, elle est très peu consommée en Australie. Nul n'est prophète en son pays, paraît-il...
-La Victoria Bitter : sans doute l'une des bières les plus populaires du pays, elle vient, comme son nom l'indique, de l'Etat du Victoria. Comme la plupart des bières locales, c'est une lager (vu la chaleur qu'il fait ici, les gens consomment essentiellement des bières légères). Subtilement fruitée et légèrement amère, elle n'en reste pas moins très rafraîchissante. De la bonne came.
-La Toohey's : ça, c'est la bière locale de Sydney. Le cerf en est l'emblème (ne me demandez pas pourquoi, je ne sais même pas s'il y a des cerfs en Australie). C'est également une lager légèrement amère, mais ce n'est en fait qu'une sous-Victoria Bitter : elle lui ressemble, mais elle est clairement moins bonne. En tout cas, je n'ai pas accroché.
-Pure Blonde : là, c'est plus de la simple lager, c'est presque de la limonade. La Pure Blonde n'a qu'une teneur en alcool minimale, et elle est uniquement destinée à rafraîchir (ce qu'elle parvient à faire tout à fait honorablement). Pas mauvaise, mais on ne peut pas dire que ce soit une bière de caractère. A boire uniquement en cas de grande chaleur.
-Crown Lager : le nec plus ultra, c'est une Victoria Bitter en mieux. C'est la premium beer (bière haut de gamme) la plus populaire en Australie. Elle ne fut distribuée au grand public qu'à partir de 1954 (pour fêter la première visite de la reine en Australie). Avant cela, elle était réservée aux diplomates et aux dignitaires. Une bière élitiste, mais on comprend pourquoi en la goûtant.
-James Boags premium : encore une lager haut de gamme, qui vient cette fois-ci de Tasmanie. Elle est plus légère, moins maltée et sans doute plus rafraîchissante que la Crown Lager. Je ne saurais dire laquelle des deux est la meilleure. Tout dépend de votre humeur. Si vous voulez goûter une bière de caractère, optez pour la Crown Lager, si vous voulez avant tout vous rafraîchir, prenez une James Boags, vous m'en direz des nouvelles.
-Carlton Black : pour une fois, ce n'est pas une lager, mais une "full strength ale" (bière brune). La Carlton Black, comme son nom l'indique, est noire, et ressemble en cela à la fameuse Guinness. La ressemblance s'arrête là, cependant. La Carlton Black est moins onctueuse, plus forte que la Guinness et n'a quasiment pas de mousse. Fruitée, elle a un goût de café moka. Pas désagréable du tout, et puis ça change des lager...
-XXXX : on revient à de la lager avec la XXXX (non, ce n'est pas le titre d'un film porno local), bière du Queensland, décrite comme étant "as good as gold" (aussi bonne que de l'or). Je n'irais pas jusque là, mais elle n'est pas mauvaise du tout. Une fois encore, c'est une bière essentiellement destinée à rafraîchir, qui ressemble pas mal à la Pure Blonde, mais elle est légèrement sucrée et a indéniablement plus de goût. Idéale pour se rafraîchir.
Voilà ce que je peux vous dire pour l'instant sur la bière Aussie. Rassurez-vous, je vous tiendrais au courant des avancements futurs de mon enquête. Et en attendant, santé ! Ou plutôt, "cheers"...
Posté le 04.11.2007 par alsacedownunder
AVERTISSEMENT USUEL : Ceci est un post politique, donc un post chiant. Une fois encore, vous n'êtes pas obligé de lire si ça vous gonfle...
Alors que les élections du 24 novembre se rapprochent, je me suis dit qu’il pourrait être "intéressant" de vous parler un peu plus en détail du premier ministre actuel, John Howard. Ceux qui lisent régulièrement mon modeste blog ont sans doute deviné que je ne portais pas Mr. Howard dans mon coeur. En effet, sa simple apparition à la télé me donne des boutons. Sa voix, son accent, sa façon de parler, ses arguments de "bon sens" et son ton condescendant m'horripilent (regardez une vidéo de lui sur youtube et vous comprendrez). Mais surtout, il incarne tout ce que je déteste dans la politique. Comme Notre-Bien-Aimé-Président actuel Nicolas 1er, il a bâti sa carrière sur un seul mot : le cynisme, qu'il préfère appeler lui-même "pragmatisme". Evidemment, Sarkozy et Howard ne sont pas interchangeables, mais ils se ressemblent beaucoup, et c'est ce que je vais essayer de vous montrer dans cet article.
Je vous préviens tout de suite, je ne prétends pas faire un portrait objectif, je suis là en tant que spectateur, mais pas en tant que spectateur neutre, je regarde les élections australiennes avec mes sensibilités et mes idées. Je revendique donc une analyse subjective de la carrière politique du Premier ministre Australien actuel.
John Howard, donc. John Howard est né en 1939 à Sydney, il s'est inscrit au Parti libéral dès 1957 et en a rapidement gravi les échelons, jusqu'à devenir ministre de l'économie (Treasurer) dans le gouvernement Fraser à la fin des années 1970, en pleine crise de l'économie Australienne (crise qu'il n'a pas contribué à résoudre, loin s'en faut).
Mais je ne vais pas vous bassiner avec des trucs que vous pourrez trouver facilement sur wikipédia. Je préfère me cantonner à une analyse politique et me concentrer sur son bilan de Premier ministre. La devise de John Howard pourrait être celle du film de Fifty Cent : "Get rich or die tryin'", équivalent moderne de la vieille formule de François Guizot, "Enrichissez-vous" (mettre Fifty Cent et Guizot dans la même phrase, fallait le faire). En effet, comme il l'a dit lui-même encore récemment, il croit qu'une économie forte (a strong economy) est à la base de tout. Ce qu'il entend par économie forte, c'est avant tout un taux de croissance soutenu, peu importe le prix à payer. Comme Margaret Thatcher et Ronald Reagan, tout ce qui l'intéresse est de faire de l'argent, à n'importe quel prix, et les autres sujets n'occupent qu'une place secondaire. C'est là qu'on peut parler de cynisme : du moment que la croissance est là, tout baigne pour Howard. Peu importe à qui cette croissance bénéficie, peu importe que les travailleurs pauvres (les "working families") et les aborigènes voient leur sort s'améliorer ou non, peu importe que les inégalités se creusent : si les chiffres sont là, tout va. Travailler plus pour gagner plus ? Un slogan que Nicolas Sarkozy pourrait bien avoir piqué à John Howard, lui qui justifie également ses baisses d'impôt par le fameux "les travailleurs ne doivent pas être privés du revenu de leurs efforts". Sauf que ses baisses d'impôt, comme celles de Sarkozy, profitent avant tout aux riches. Ainsi, malgré la bonne santé apparente de l'économie, nombre d'Australiens moyens se plaignent de la stagnation de leur pouvoir d'achat et de l'endettement qui les frappe : loin de voir leurs revenus augmenter, les Australiens vivent de plus en plus à crédit. Flambée de l'immobilier et du crédit indiquent que l'économie est en surchauffe malsaine. Mais les chiffres officiels restent bons, donc pourquoi s'en préoccuper ?
Ce focus exagéré sur l'économie explique également le peu de considération de John Howard pour l'environnement (refus de signer le protocole de Kyoto), ainsi que pour les programmes sociaux et éducatifs laissés par les précédents gouvernements (qu'il s'est acharné à démanteler dès son arrivée). C'est vrai quoi, l'environnement et l'éducation, c'est coûteux, ça ne rapporte rien, ça ne se mesure pas avec des chiffres. Donc, on oublie.
Cynisme économique donc, mais aussi cynisme en matière de politique étrangère : peu importe qu'il n'y ait aucune raison valable pour faire la guerre en Irak, peu importe que les armes de destruction massives n'existent pas, peu importe que l'opinion publique n'approuve pas la guerre, il ne faut surtout pas contrarier l'allié Américain.
Par contre, lorsqu'il s'agit des bas instincts de cette même opinion publique, le principe est de ne jamais s'y opposer frontalement : c'est hasardeux et ça n'apporte rien en termes de résultats électoraus. Cynisme, encore et toujours. Ainsi, peu après sa première victoire électorale, lorsque Pauline Hanson (une Le Pen locale qui était alors en pleine ascension) provoquait un scandale en s'en prenant aux immigrés asiatiques, John Howard sera le seul leader politique d'envergure à ne pas condamner ses propos. Il se réjouira même qu'on en ait fini avec le "politiquement correct" et dira que ce qu'elle a dit reflétait simplement les sentiments d'une partie de la population. De même, pour justifier l'arrêt du processus de réconciliation avec les aborigènes, Howard le qualifiera d'élitiste, éloigné des problèmes des gens (ou plus exactement de ses électeurs) et n'intéressant pas l'électeur moyen. Idem pour ce qui est de transformer l'Australie en République : là encore, il joue le bon sens du peuple contre les technocrates républicains élitistes. Ce mépris pour l'intellectualisme et les débats théoriques est au coeur de la politique de John Howard. On le voit encore après le 11 septembre, où il justifie les lois anti-terroristes par le sentiment du public : si l'opinion le veut, on peut fragiliser les droits de l'homme, quoi qu'en pensent les professeurs d'université tatillons et autres esprits chagrins. Et l'ONU n'a rien à dire : à chaque fois que l'Australie se fait épingler par la commission des droits de l'homme de l'ONU, Howard répond qu'il s'agit là d'une ingérence étrangère inacceptable dans les affaires Australiennes. Un peu comme quand Sarkozy reproche au Conseil de l'Europe de brocarder les prisons françaises. Contester la légitimité d'une critique parce qu'elle vient d'un organisme extérieur, voilà un bon moyen de balayer cette critique sans avoir à répondre sur le fond.
Howard est également un expert dans l'art de dire tout et son contraire pour gagner une élection. En 1993, alors que la victoire semble promise aux libéraux, le Parti travailliste gagne les élections grâce au rejet par l'électorat d'une proposition phare du camp conservateur : la GST (goods and services tax), une sorte de TVA sur les biens et services. En 1996, Howard en tire les leçons et déclare que l'idée est abandonnée et qu'il n'introduira pas la GST s'il est élu, insistant qu'il ne le ferait "jamais de la vie" (never ever). Pourtant, il la fera voter quelques années plus tard, ce retournement de veste spectaculaire manquant d'ailleurs de lui coûter les élections de 1998, qu'il ne gagne que d'un cheveu. Un scénario qui ne manque pas de renforcer le parallèle avec ce cher Sarkozy, lequel déclarait il y a quelques années que l'Etat garderait 70% de Gaz de France, avant d'approuver la privatisation lancée par le gouvernement Villepin auquel il appartenait.
Au cours de ses 11 années passées à la tête du pays, Howard a écrasé la politique Australienne et phagocyté les débats comme peu d'hommes politiques avant lui. Comme Sarkozy, on l'adore ou on le déteste, mais il ne laisse personne indifférent. Tout passe par lui, tout se fait par rapport à lui. S'il est fort probable qu'il succombe aux prochaines élections, le howardisme ne disparaîtra pas pour autant de la politique Australienne. Il est encore bien ancré dans les têtes des Australiens. Même le leader de l'opposition, Kevin Rudd, n'ose pas remettre fondamentalement en cause son bilan économique et promet une continuité en la matière. Sans doute est-il tétanisé par les sondages qui plébiscitent le bilan économique du gouvernement. De plus, il a sans doute retenu la leçon des dernières élections, au cours desquelles le Parti travailliste était perçu comme trop radical et trop à gauche en matière économique, ce qui a assuré une victoire facile à Howard malgré l'impopularité de la guerre en Irak.
Que conclure de tout cela ? Que Howard va laisser derrière lui un pays apparemment en bonne santé mais anesthésié, où le cynisme, l'égoïsme et la culture du résultat ont été érigées en valeurs suprêmes, au détriment du vivre ensemble et de valeurs que l'on pourrait qualifier d'humanistes (droits de l'homme, réconciliation avec les aborigènes, environnement, éducation, santé). Même s'il perd les prochaines élections, John Howard hantera encore longtemps le paysage politique Australien...
Et ça me fait mal au cul de penser que la même chose est en train d'arriver, avec dix ans de retard en France. On dit souvent, de manière très simpliste, que les Anglo-saxons et les Français sont culturellement très différents, que les Français n'aiment pas l'argent ni les riches, alors que les Anglo-saxons n'ont eux aucun scrupule à s'enrichir. Pourtant, ce sont les Anglais qui ont inventé le "welfare-State" (Etat-providence moderne) avec Beveridge (même si Thatcher s'est chargée de le démanteler ensuite). Et en France, c'est le candidat du "travailler plus pour gagner plus", le candidat de Johnny et des vacances à Malte qui a été élu. La vérité, c'est que la droite est revenue en force depuis les années 1980 et qu'elle a gagné la bataille idéologique, en France comme en Australie.
Et comme en France, on fait tout avec 10 ans de retard, on vient d'élire Sarkozy alors que Bush aux Etats-Unis et Howard en Australie seront bientôt de l'histoire ancienne.
Espérons au moins que Sarkozy ne restera pas aussi longtemps que Howard au pouvoir...
Posté le 28.10.2007 par alsacedownunder
Une dernière photo pour la route, on y voit l'une des Three Sisters, vue de près.
Posté le 28.10.2007 par alsacedownunder
Retour aux Three Sisters, vues d'un angle un peu différent.
Posté le 28.10.2007 par alsacedownunder
Ca, c'est le mont Victoria (oui, quand un truc ne s'appelle pas "Macquarie" en Australie, il s'appelle "Victoria"). C'est moins classe que les Three Sisters, mais il fallait bien que je vous montre autre chose...
Posté le 28.10.2007 par alsacedownunder
Ayé, y'a plus de brouillard, vous pouvez admirer les Three Sisters dans toute leur splendeur. Plusieurs légendes aborigènes circulent à leur sujet. L'une d'elles raconte que les soeurs étaient les filles d'un magicien qui les changeait en pierre quand il voulait avoir la paix. Mais un jour, le magicien a perdu sa baguette magique alors que ses filles étaient transformées. Ce qui fait qu'elles resteront en pierre jusqu'à ce qu'il retrouve sa baguette. Aux dernière nouvelles, il ne l'a pas encore récupérée. L'a-t-il seulement cherchée, ou est-il au contraire très heureux que ses filles soient dans cet état pour l'éternité ? Là est la question...
Posté le 28.10.2007 par alsacedownunder
Toujours le même endroit, avec encore moins de brouillard...les "Three Sisters" sont quasiment à poil...